BFM - Politique révèle que des perquisitions sont actuellement menées en France et dans plusieurs pays européens dans le cadre d’une enquête ouverte par le parquet européen. Ces investigations visent l’ancien groupe d’eurodéputés Identité et démocratie (ID), auquel appartenait le Rassemblement national (RN), soupçonné d’avoir indûment dépensé plus de 4,3 millions d’euros entre 2019 et 2024. Une affaire qui s’ajoute à la pression judiciaire déjà exercée sur le parti d’extrême droite, alors que Marine Le Pen doit connaître le sort de son inéligibilité ce 7 juillet.
Ce qu'il faut retenir
- Le parquet européen enquête sur l’usage de fonds européens par l’ancien groupe Identité et démocratie (ID) entre 2019 et 2024, avec un montant suspecté de 4,3 millions d’euros détournés.
- Des perquisitions sont en cours en France, en Espagne, en Italie et en Belgique, confirmées le 30 juin 2026.
- Ces investigations surviennent alors que le RN est déjà sous le coup d’autres procédures judiciaires, dont une décision attendue sur l’inéligibilité de Marine Le Pen.
- Jordan Bardella, président du RN, dénonce une « procédure judiciaire » calquée sur le « calendrier électoral » et affirme que son parti « n’a rien à se reprocher ».
- Une nouvelle information judiciaire pourrait être ouverte contre Bardella pour un emploi de quelques mois au Parlement européen en 2015.
Une enquête ouverte en juillet 2025 et des perquisitions étendues
L’enquête du parquet européen, organe indépendant de l’Union européenne chargé de lutter contre la fraude aux fonds européens, a été lancée en juillet 2025. Elle porte spécifiquement sur l’usage des fonds alloués au groupe ID, où siégeait le RN, entre 2019 et 2024. Selon les informations du Monde, qui a révélé l’ouverture des perquisitions, ces dernières se déroulent actuellement en France, mais aussi en Espagne, en Italie et en Belgique. « Nous menons actuellement des mesures d’enquête en France et dans d’autres pays européens dans le cadre d’une enquête en cours portant sur l’usage de fonds européens par un ancien groupe politique du Parlement européen entre 2019 et 2024 », a précisé le parquet européen auprès de BFM - Politique.
Le RN sous pression judiciaire avec deux fronts simultanés
Cette procédure s’ajoute à une autre actualité judiciaire pesante pour le Rassemblement national. La cour d’appel de Paris doit rendre sa décision ce 7 juillet 2026 concernant l’inéligibilité de Marine Le Pen dans l’affaire des assistants parlementaires européens. Une condamnation possible pourrait avoir des répercussions majeures sur la vie politique française, alors que les élections législatives anticipées se profilent.
Côté personnel, Jordan Bardella, président du RN, fait également face à une potentielle nouvelle procédure. Une association militante a porté plainte contre lui pour un emploi de quelques mois occupé au Parlement européen en 2015. Anticor, l’association anticorruption à l’origine de la plainte, demande qu’un magistrat instructeur enquête pour « faux sur les documents produits par Jordan Bardella et ses proches pour attester de son travail ». Selon cette plainte, Bardella aurait été l’assistant parlementaire de l’eurodéputé Jean-François Jalkh pendant quatre mois et demi en 2015.
« Depuis tôt ce matin, des perquisitions sont en cours aux sièges et aux domiciles personnels de prestataires de communication ayant travaillé avec nous »,
a déclaré Jordan Bardella sur la plateforme X, avant d’ajouter : « Dans le même temps, Le Canard enchaîné nous apprend également l’ouverture prochaine d’une information judiciaire me concernant, à la suite d’une plainte d’une association militante, à propos d’un emploi de quelques mois occupé au Parlement européen (...) il y a bientôt douze ans. »
Des déclarations politiques face à une « tourmente judiciaire »
Face à cette accumulation de procédures, Jordan Bardella adopte un ton défiant. « Comme à chaque fois, les procédures judiciaires annoncent le calendrier électoral », a-t-il critiqué, avant d’assurer que « Nous n’avons rien à nous reprocher, et nous le montrerons ». Ces propos interviennent alors que le RN tente de maintenir sa crédibilité politique malgré les mises en cause répétées de ses cadres. La direction du parti nie toute malversation et présente ces enquêtes comme une instrumentalisation politique à l’approche des scrutins.
Cette affaire intervient dans un contexte où les partis eurosceptiques, comme ceux regroupés au sein du groupe ID, ont souvent été pointés du doigt pour leur gestion des fonds européens. Leur ligne politique, opposée à une intégration européenne renforcée, contraste avec les règles strictes encadrant l’utilisation des fonds publics. Les enquêtes en cours pourraient donc avoir des répercussions bien au-delà du RN, et interroger plus largement la transparence des groupes politiques au Parlement européen.
Si les investigations confirment des détournements de fonds, cela pourrait entraîner des sanctions financières à l’encontre des responsables et une remise en cause de la légitimité du groupe ID, dont les membres pourraient être exclus de certaines instances européennes. Pour l’heure, le parquet européen n’a pas communiqué de calendrier précis pour la suite des opérations.
Contexte : le parquet européen et la lutte contre la fraude aux fonds européens
Institué en 2021, le parquet européen est une institution indépendante de l’Union européenne, spécialement créée pour lutter contre la fraude portant atteinte aux intérêts financiers de l’UE. Il dispose de pouvoirs élargis, incluant la possibilité d’ordonner des perquisitions et des saisies dans les États membres. Cette affaire marque l’une des premières fois où le parquet européen intervient aussi massivement contre un groupe politique au Parlement européen, ce qui en fait un dossier particulièrement scruté.
Cette enquête s’inscrit dans une série de contrôles renforcés sur l’utilisation des fonds européens par les partis politiques, notamment après plusieurs scandales ayant ébranlé la confiance des citoyens dans les institutions. Les résultats de cette procédure pourraient donc servir de précédent pour d’autres enquêtes similaires à l’avenir.
Le groupe Identité et démocratie (ID), auquel appartenait le RN, est soupçonné par le parquet européen d’avoir indûment dépensé plus de 4,3 millions d’euros entre 2019 et 2024. Ces fonds européens auraient été détournés de leur usage initial, ce qui constitue une fraude aux intérêts financiers de l’UE.
Si une information judiciaire est ouverte contre lui pour l’emploi qu’il a occupé en 2015, Jordan Bardella pourrait être mis en cause pour « faux sur les documents » produits pour justifier son activité. Une condamnation pourrait avoir des conséquences politiques, notamment en termes de crédibilité, mais aussi juridiques, selon l’issue de la procédure.