Une équipe internationale de chercheurs a mis au jour, dans les profondeurs de l’océan Indien, le plus vaste et le plus ancien cimetière de baleines jamais identifié. Selon Futura Sciences, cette nécropole sous-marine, située dans la zone de Diamantina, s’étend sur près de 1 200 kilomètres et abrite quelque 485 sites fossilisés ainsi que cinq carcasses récentes.

Ce qu'il faut retenir

  • Une zone de Diamantina, dans l’océan Indien, abrite 485 sites de fossiles de baleines et cinq carcasses récentes, répartis sur 1 200 kilomètres.
  • Les plongeons ont été réalisés entre 4 200 et 7 000 mètres de profondeur, pulvérisant le précédent record connu dans l’Atlantique Sud.
  • Les ossements, dont certains remontent à 5,26 millions d’années, révèlent une diversité inattendue : baleines à bec actuelles et disparues, comme la nouvelle espèce Pterocetus diamantinae.
  • Ce cimetière abrite un écosystème unique, où prolifèrent bactéries, éponges, anémones et vers marins, nourris par les carcasses.
  • Les chercheurs suggèrent que la topographie de Diamantina favorise l’accumulation des carcasses, créant un « corridor de vie » entre les écosystèmes abyssaux.

Les scientifiques chinois, italiens et néo-zélandais à l’origine de cette découverte expliquent que la géographie particulière de Diamantina joue un rôle central. Les fosses étroites et profondes de cette zone constituent des terrains de chasse privilégiés pour les baleines à bec, spécialisées dans la capture de calmars et de poissons des grandes profondeurs. Pourtant, ces plongées extrêmes exposent les cétacés à un stress physiologique considérable, augmentant les risques d’épuisement ou d’accidents liés à la décompression. « Descendre au-delà de 3 000 mètres soumet ces mammifères à un stress important », précise l’un des chercheurs impliqués dans l’expédition.

Les courants et la topographie sous-marine de Diamantina favorisent ensuite l’accumulation des carcasses dans cette région. Les sédiments s’y déposant lentement, les ossements restent exposés suffisamment longtemps pour se fossiliser. Les analyses réalisées sur les os récupérés par le submersible Fendouzhe — capable de plonger jusqu’à 7 000 mètres — ont révélé une diversité inattendue. Des espèces actuelles de baleines à bec ont été identifiées, mais aussi des espèces disparues, dont une nouvelle baptisée Pterocetus diamantinae. Plus surprenant encore, certains restes appartiennent à des baleines fréquentant habituellement des eaux moins profondes, comme le petit rorqual.

Le plus ancien fossile retrouvé dans ce cimetière remonte à 5,26 millions d’années, preuve que ce site se forme continuellement depuis des millions d’années. Jusqu’ici, le site de chute de baleines le plus profond connu se trouvait à un peu plus de 4 200 mètres dans l’Atlantique Sud. Cette nouvelle découverte pulvérise donc tous les records connus, offrant une fenêtre unique sur l’évolution des cétacés et le fonctionnement des écosystèmes abyssaux.

Un écosystème inédit né des carcasses de baleines

Malgré son apparence funèbre, ce cimetière regorge de vie. Les carcasses de baleines constituent une source exceptionnelle de nourriture dans les profondeurs océaniques, où les ressources sont rares. Autour des os prolifèrent vers marins, ophiures, escargots, méduses et colonies bactériennes, dont certaines espèces pourraient être totalement inconnues. « Lorsqu’une baleine meurt et coule au fond de l’océan, son corps peut nourrir les organismes abyssaux pendant des décennies », explique un paléontologue de l’équipe.

Les chercheurs estiment même que la zone de Diamantina pourrait former un véritable « corridor de vie » reliant plusieurs écosystèmes profonds de l’océan Indien grâce à ces chutes de baleines successives. Ce phénomène rappelle certaines des grandes révolutions de l’exploration marine, comme celle des sources hydrothermales ou du cœlacanthe vivant. « Cette découverte pourrait profondément modifier notre compréhension des écosystèmes marins profonds », souligne un membre de l’expédition.

Les ossements de baleines ont été colonisés par des organismes des profondeurs, comme des anémones pédonculées, des éponges et des étoiles de mer. Ces espèces, souvent spécialisées, trouvent dans les carcasses un habitat et une source de nourriture inégalés. Les scientifiques ont également observé des escargots, des méduses et des vers marins prospérer autour de ces squelettes fossilisés, créant un écosystème complexe et interconnecté.

Une zone formée lors de la séparation de l’Australie et de l’Antarctique

L’équipe explorait la zone de Diamantina, un relief sous-marin isolé formé lors de la séparation de l’Australie et de l’Antarctique, il y a des dizaines de millions d’années. À bord du submersible Fendouzhe, les chercheurs ont réalisé 32 plongées entre 4 200 et 7 000 mètres de profondeur. Le bras robotisé du submersible a récupéré des ossements fossilisés, confirmant l’importance scientifique de ce site.

La topographie particulière de Diamantina, avec ses fosses étroites et profondes, joue un rôle clé dans l’accumulation des carcasses. Les courants marins y sont également plus lents, favorisant la sédimentation et la fossilisation des os. « La combinaison de ces facteurs géologiques et océanographiques fait de Diamantina un lieu unique pour étudier l’évolution des baleines et leur adaptation aux profondeurs », précise un géologue marin.

Les sédiments de la zone, riches en minéraux, offrent également un enregistrement précis des changements climatiques et océanographiques sur des millions d’années. Les chercheurs prévoient d’analyser ces dépôts pour reconstituer l’histoire environnementale de l’océan Indien et son impact sur les populations de cétacés.

Et maintenant ?

Les scientifiques prévoient de poursuivre l’exploration de la zone de Diamantina dans les prochains mois, avec de nouvelles plongées prévues pour l’automne 2026. L’objectif est de cartographier plus précisément le site et de récupérer davantage d’échantillons pour des analyses génétiques et isotopiques. Ces données pourraient révéler de nouvelles espèces de baleines disparues ou des adaptations uniques à la vie abyssale. Par ailleurs, une collaboration internationale est en discussion pour étudier les écosystèmes associés aux carcasses, avec une attention particulière portée aux espèces encore inconnues.

Cette découverte ouvre également des perspectives pour la protection des grands fonds marins. Les chercheurs soulignent l’importance de préserver des zones comme Diamantina, où la biodiversité abyssale dépend en grande partie des carcasses de baleines. « Ces écosystèmes sont fragiles et mal compris. Protéger ces sites revient à protéger une partie essentielle du cycle de vie des océans », rappelle un biologiste marin.

Pour les spécialistes, cette nécropole sous-marine rappelle que les abysses recèlent encore des trésors scientifiques insoupçonnés. Comme le souligne Futura Sciences, « cette découverte pourrait bien s’inscrire parmi les grandes avancées de l’exploration marine, à l’instar des sources hydrothermales ou du cœlacanthe vivant ».

Les scientifiques ont utilisé le submersible Fendouzhe, capable de plonger jusqu’à 7 000 mètres, pour explorer la zone de Diamantina. Lors de 32 plongées réalisées entre 2025 et 2026, ils ont cartographié les sites et récupéré des ossements fossilisés à l’aide d’un bras robotisé. Les fossiles ont ensuite été analysés en laboratoire pour déterminer leur âge et leur origine.

Plusieurs facteurs expliquent cette accumulation. La topographie de Diamantina, avec ses fosses étroites et profondes, en fait un terrain de chasse pour les baleines à bec. Cependant, les plongées extrêmes exposent ces cétacés à un stress physiologique important, augmentant les risques d’accidents. Les courants et la sédimentation lente favorisent ensuite l’accumulation et la fossilisation des carcasses.