Une équipe internationale de chercheurs a mis en lumière l’ampleur insoupçonnée du réseau de champignons qui s’étend sous nos pieds. Selon Franceinfo - Sciences, cette toile souterraine, composée de mycéliums, atteint une longueur vertigineuse de 100 quadrillions de kilomètres, soit près de 10 millions d’années-lumière. Un résultat obtenu après l’analyse de 16 000 échantillons de sol collectés aux quatre coins du globe et la modélisation de 300 000 filaments en laboratoire.

Ce qu'il faut retenir

  • Le réseau mondial de champignons s’étend sur 100 quadrillions de kilomètres, soit près de 10 millions d’années-lumière.
  • Une seule cuillère à café de terre contient plus de dix mètres de filaments fongiques.
  • Ces réseaux stockent chaque année 4 milliards de tonnes de CO2 dans les sols.
  • Près de 40 % de ce réseau se situe dans des prairies sauvages, des écosystèmes menacés quatre fois plus vite que les forêts.
  • Les chercheurs ont lancé la Society for the Protection of Underground Networks pour étudier et préserver ces écosystèmes souterrains.

Une toile invisible qui structure les écosystèmes

Si les champignons que nous observons en forêt ne sont que leurs organes reproducteurs, la majeure partie de leur existence se déroule sous terre. Les mycéliums, ces filaments interconnectés, forment un véritable « internet du sous-sol », reliant les plantes entre elles et jouant un rôle clé dans la régulation des écosystèmes. D’après Franceinfo - Sciences, ces réseaux sont indispensables à la vie sur Terre : ils décomposent la matière organique, enrichissent les sols et contribuent à nourrir plus de 70 % des plantes.

« Ces champignons sont les architectes invisibles de la biodiversité », explique l’un des chercheurs impliqués dans l’étude. Leur capacité à interconnecter les végétaux permet à une forêt de fonctionner comme un organisme unique, où les arbres échangent des nutriments et des signaux chimiques via ces filaments. Un mécanisme qui explique pourquoi certaines espèces prospèrent même dans des sols pauvres en nutriments.

Un réseau colossal, mais vulnérable

Pour estimer l’étendue de ce réseau, les scientifiques ont combiné des prélèvements de sol, des cultures en laboratoire et des modèles de machine learning. Résultat : la longueur totale des mycéliums à l’échelle planétaire dépasse l’entendement. À titre de comparaison, 100 quadrillions de kilomètres équivalent à un million de millions de milliards de fois la distance entre la Terre et le Soleil. Autant dire que ce réseau dépasse en taille les structures cosmiques les plus imposantes.

Pourtant, ce géant des sous-sols est menacé. Selon les chercheurs, 40 % des mycéliums se trouvent dans des prairies sauvages, des écosystèmes en voie de disparition. Ces milieux disparaissent aujourd’hui quatre fois plus vite que les forêts, principalement à cause de l’expansion des terres agricoles. Pire encore : les champs cultivés abritent en moyenne deux fois moins de champignons que les espaces naturels, en raison de l’agriculture intensive et de la pollution des sols.

Un rempart contre le changement climatique

Ces réseaux fongiques jouent un rôle méconnu mais crucial dans la lutte contre le réchauffement climatique. Chaque année, ils permettent de stocker 4 milliards de tonnes de CO2 dans les sols, soit l’équivalent des émissions annuelles d’un pays comme l’Allemagne. « Sans ces champignons, le CO2 s’accumulerait dans l’atmosphère, aggravant encore le changement climatique », souligne un expert en écologie microbienne.

Pourtant, leur capacité de stockage est aujourd’hui compromise. La destruction des prairies et l’usage massif de pesticides réduisent la densité des mycéliums, limitant leur efficacité. Les chercheurs appellent donc à une prise de conscience urgente : protéger ces écosystèmes souterrains pourrait être aussi important que de reboiser des surfaces équivalentes.

Vers une protection des réseaux souterrains

Face à l’urgence, une initiative internationale a été lancée : la Society for the Protection of Underground Networks. Cette organisation, regroupant des scientifiques et des écologistes, vise à étudier ces réseaux et à promouvoir des pratiques agricoles durables. L’objectif ? Préserver la biodiversité des sols tout en garantissant une alimentation suffisante pour les populations.

Parmi les pistes envisagées : la réduction de l’usage des pesticides, la rotation des cultures pour favoriser la régénération des sols, et la protection des prairies restantes. « Il ne s’agit pas seulement de sauver les champignons, mais l’ensemble des écosystèmes qui en dépendent », précise l’un des porte-parole de l’organisation.

Et maintenant ?

Les prochaines étapes consisteront à affiner les modèles de croissance des mycéliums et à identifier les zones les plus critiques à protéger. Une conférence internationale est prévue en octobre 2026 pour établir un plan d’action global. D’ici là, les chercheurs appellent à intégrer ces enjeux dans les politiques agricoles et environnementales, sous peine de voir s’effondrer un réseau qui structure la vie sur Terre depuis des millions d’années.

Ce réseau invisible pose une question de fond : comment concilier les besoins alimentaires croissants de la planète avec la préservation des écosystèmes souterrains ? Une équation complexe, mais dont dépend l’avenir de la biodiversité et du climat.

Les réseaux de mycéliums jouent un rôle clé dans le stockage du CO2 en décomposant la matière organique et en la transformant en humus stable. Chaque année, ils permettent de séquestrer 4 milliards de tonnes de CO2, contribuant ainsi à limiter l’accumulation de gaz à effet de serre dans l’atmosphère.

Les principales menaces sont la destruction des prairies sauvages, l’agriculture intensive, l’usage de pesticides et la pollution des sols. Ces facteurs réduisent la densité des mycéliums et limitent leur capacité à stocker du CO2 et à nourrir les plantes.