Une étude internationale publiée ce 13 juin 2026 par la revue Science dévoile la première carte mondiale des réseaux fongiques souterrains, mettant en lumière leur rôle écologique majeur. Selon Futura Sciences, ces réseaux de champignons mycorhiziens, invisibles à l'œil nu, s'étendent sur des distances colossales et participent activement au stockage du carbone.
Ce qu'il faut retenir
- Les réseaux de champignons mycorhiziens s'étendent sur 110 quadrillions de kilomètres, soit 750 millions de fois la distance Terre-Soleil
- Ils transportent chaque année près de 4 milliards de tonnes de CO₂ vers les sols, contribuant à la régulation climatique
- Ces réseaux sont 47,3 % moins denses dans les zones agricoles que dans les écosystèmes naturels
- Ils sont associés à plus de 70 % des espèces végétales terrestres et présents depuis 475 millions d'années
- Les prairies abritent les densités les plus élevées de ces réseaux, selon les données du Spun
Des réseaux fongiques géants et méconnus
Sous nos pieds se cache l'un des écosystèmes les plus vastes et les plus interconnectés de la planète. Comme le rapporte Futura Sciences, les champignons mycorhiziens à arbuscules, étudiés par une équipe internationale de chercheurs réunis au sein de la Société pour la protection des réseaux souterrains (Spun), forment des réseaux souterrains d'une ampleur vertigineuse. Ces réseaux, composés de filaments microscopiques, relient les racines de nombreuses plantes et assurent des échanges essentiels entre les végétaux et leur environnement.
Les chercheurs ont utilisé des modèles de machine-learning pour analyser plus de 16 000 échantillons de sol prélevés à travers le monde. Leurs résultats révèlent que ces réseaux s'étendent sur une longueur totale de 110 quadrillions de kilomètres, un chiffre si astronomique qu'il dépasse l'imagination. À titre de comparaison, cette distance équivaut à 750 millions de fois la distance séparant la Terre du Soleil.
Un rôle clé dans la régulation climatique
Au-delà de leur rôle dans la croissance des plantes, ces réseaux fongiques jouent un rôle majeur dans la séquestration du carbone. Selon les données publiées, ils acheminent chaque année vers les sols l'équivalent de près de 4 milliards de tonnes de dioxyde de carbone. Ce processus contribue directement au stockage du carbone dans les écosystèmes terrestres, offrant une piste prometteuse pour atténuer les effets du changement climatique.
Les champignons mycorhiziens vivent en symbiose avec plus de 70 % des espèces végétales terrestres. Ils fournissent aux plantes de l'eau et des minéraux, notamment du phosphore et de l'azote, tout en recevant en retour des sucres issus de la photosynthèse. Leur réseau de filaments permet également de connecter plusieurs plantes entre elles, facilitant la circulation de nutriments et de signaux chimiques.
L'impact de l'agriculture intensive
Cette étude met en lumière les perturbations causées par les pratiques agricoles intensives sur ces réseaux souterrains. D'après les données du Spun, la densité des réseaux mycorhiziens est 47,3 % plus faible dans les zones de culture que dans les écosystèmes sauvages. Plusieurs facteurs expliquent cette dégradation, comme l'indique Justin Stewart, auteur principal de l'étude et cité par Futura Sciences : « De nombreuses pratiques agricoles intensives nuisent aux réseaux fongiques. L'exemple le plus évident est le labour, qui détruit physiquement ces vastes réseaux souterrains. Les engrais et les fongicides viennent également perturber la symbiose entre les plantes et les champignons. »
Ces résultats soulignent l'importance de préserver les écosystèmes naturels, notamment les prairies, où la densité des réseaux est la plus élevée. Les chercheurs recommandent aux agriculteurs d'adopter des pratiques favorisant la santé des sols, comme la réduction du labour ou l'utilisation raisonnée d'intrants chimiques. Un réseau fongique dense et en bonne santé permet en effet de réduire l'utilisation d'engrais et d'améliorer la fertilité des sols.
Une carte interactive pour visualiser l'invisible
Pour la première fois, les scientifiques ont dressé une carte mondiale de ces réseaux souterrains. Accessible en ligne, cette carte interactive permet de visualiser la densité des réseaux mycorhiziens à l'échelle de la planète. Les zones les plus denses, représentées en jaune, correspondent principalement aux prairies et aux écosystèmes naturels non perturbés. En revanche, les régions agricoles, notamment en Europe et en Amérique du Nord, affichent des densités bien inférieures.
Cette carte offre un outil précieux pour évaluer l'état des sols et orienter les politiques de conservation. Elle met en évidence les zones où les réseaux sont les plus menacés et où des actions de préservation s'imposent. Selon les chercheurs, la protection de ces réseaux pourrait jouer un rôle clé pour l'agriculture, la biodiversité et la lutte contre le changement climatique.
En attendant, cette étude rappelle l'importance de préserver les écosystèmes souterrains, souvent négligés mais essentiels à la survie de nombreuses espèces végétales et à la stabilité du climat. Comme le souligne Futura Sciences, ces réseaux fongiques pourraient bien être l'un des maillons les plus discrets, mais les plus vitaux, de la vie sur Terre.
Un champignon mycorhizien est un micro-organisme qui vit en symbiose avec les racines des plantes. Il forme un réseau de filaments, appelé mycélium, qui s'étend dans le sol et facilite l'absorption d'eau et de nutriments par la plante. En échange, celle-ci lui fournit des sucres issus de la photosynthèse.
Les pratiques agricoles intensives, comme le labour, le recours aux engrais chimiques et aux fongicides, perturbent les réseaux fongiques. Le labour détruit physiquement ces réseaux souterrains, tandis que les intrants chimiques altèrent la symbiose entre les plantes et les champignons. Ces perturbations réduisent la densité des réseaux et affaiblissent leur rôle écologique.