La proposition de loi sur l’aide à mourir sera à nouveau soumise au vote des députés ce mardi 8 juillet 2026, avant une adoption probable d’ici le 15 juillet. Ce texte, qui s’inspire des législations étrangères, place la France en voie d’alignement avec des pays où l’euthanasie et le suicide assisté sont déjà légalisés. Selon Ouest France, cette évolution s’accompagne d’une hausse constante des pratiques dans ces États, où les données recueillies dessinent une tendance lourde depuis plusieurs années.

Ce qu'il faut retenir

  • En 2025, plus de 10 000 euthanasies ont été enregistrées aux Pays-Bas, un record depuis la légalisation en 2002
  • En Belgique, 6,5 % des décès en 2024 sont liés à une euthanasie, contre 1 % en 2005
  • Au Canada, plus de 13 500 aides médicales à mourir ont été comptabilisées en 2025, soit une augmentation de 35 % par rapport à 2023
  • La France pourrait autoriser l’aide à mourir dès l’automne 2026 si le calendrier parlementaire est respecté
  • Les critères d’accès à l’euthanasie varient fortement d’un pays à l’autre

Une tendance à la hausse dans les pays pionniers

Aux Pays-Bas, où l’euthanasie est légale depuis 2002, le nombre de cas n’a cessé de croître. En 2025, 10 144 euthanasies ont été déclarées, selon les dernières données du Rapport annuel de la commission de contrôle. Cela représente une hausse de 12 % par rapport à 2024. Le pays, souvent cité en exemple, a élargi les conditions d’accès en 2020 pour inclure les patients souffrant de troubles psychiatriques sévères, une mesure qui a contribué à cette progression.

En Belgique, l’euthanasie représente désormais 6,5 % des décès en 2024, contre seulement 1 % en 2005, année de la légalisation. Les chiffres, publiés par la Commission fédérale de contrôle et d’évaluation de l’euthanasie, montrent que les demandes liées à des affections neurodégénératives, comme la sclérose latérale amyotrophique (SLA), ont particulièrement augmenté ces dernières années. «

L’augmentation reflète une meilleure acceptation de la pratique, mais aussi une société qui considère différemment la fin de vie», a expliqué le Dr Wim Distelmans, président de la commission belge, à Ouest France.

Le Canada, un modèle en expansion

Le Canada a franchi une étape symbolique en 2025 en enregistrant 13 543 aides médicales à mourir, selon les données de Santé Canada. Ce chiffre, en hausse de 35 % par rapport à 2023, place le pays parmi ceux où la pratique progresse le plus rapidement. Depuis la légalisation en 2016, les critères se sont élargis : en 2024, le gouvernement a autorisé l’accès à l’aide médicale à mourir pour les personnes souffrant de troubles mentaux, une mesure qui devrait entrer en vigueur d’ici mars 2027. «

Cette évolution interroge sur les limites de la législation et les garde-fous nécessaires
, a souligné le Dr Louis Roy, président de l’Association médicale canadienne.

La répartition géographique des cas au Canada révèle aussi des disparités. L’Ontario et le Québec concentrent à eux seuls plus de 60 % des demandes, reflétant des différences culturelles et des politiques locales en matière de santé. Les autorités canadiennes insistent sur la nécessité d’un encadrement strict pour éviter les dérives, notamment dans les provinces où les ressources en soins palliatifs restent limitées.

Quels enseignements pour la France ?

La France, qui pourrait adopter sa loi sur l’aide à mourir d’ici le 15 juillet 2026, s’inspire de ces modèles étrangers tout en cherchant à éviter leurs écueils. Le texte français prévoit un encadrement strict : une seconde opinion médicale sera obligatoire, et l’accès sera réservé aux personnes majeures souffrant d’une maladie incurable et provoquant des souffrances réfractaires. Contrairement à la Belgique ou aux Pays-Bas, la France n’envisage pas d’étendre la pratique aux troubles psychiatriques ou aux personnes âgées simplement fatiguées de vivre.

Les députés français devront trancher lors des débats parlementaires ce 8 juillet. Les associations de patients, comme Autonome Solidarité, appellent à un vote rapide pour mettre fin à des situations de souffrance insupportable. «

Chaque jour de retard est un jour de trop pour des milliers de Français en fin de vie
, a déclaré Sophie Lucas, présidente de l’association, à Ouest France. Les opposants, regroupés autour de la Confédération des associations pour le droit à une mort naturelle, dénoncent quant à eux un risque de banalisation de l’euthanasie.

Et maintenant ?

Si la loi est adoptée d’ici la mi-juillet, la France pourrait mettre en place un cadre réglementaire dès l’automne 2026. Les prochaines étapes incluront la création d’une commission de contrôle similaire à celles des pays voisins, chargée de publier un rapport annuel sur les pratiques. Les professionnels de santé, encore divisés, devront s’adapter rapidement, avec une formation obligatoire prévue dans le texte. Reste à voir comment la société française, traditionnellement réticente à ces questions, accueillera cette nouvelle législation.

En attendant, les comparaisons internationales restent un outil précieux pour évaluer les risques et les bénéfices d’une telle réforme. Les chiffres des pays voisins, en constante augmentation, rappellent que la question de la fin de vie ne peut plus être éludée.

En Europe, l’euthanasie est légalisée aux Pays-Bas, en Belgique, au Luxembourg, en Espagne et au Portugal. Le suicide assisté est autorisé en Suisse, en Allemagne, en Autriche et en Finlande. Ces pays appliquent des critères variables, mais tous exigent un consentement libre et éclairé du patient.