Le Parlement européen a adopté mercredi 7 juillet 2026 un amendement critiquant la décision du président ukrainien Volodymyr Zelensky de rebaptiser une unité d'élite de l'armée ukrainienne en l'honneur de l'Armée insurrectionnelle ukrainienne (UPA). Selon Euronews FR, cette initiative a provoqué un différend diplomatique avec la Pologne, alors que le texte a été adopté à une large majorité au sein de l'hémicycle.
Ce qu'il faut retenir
- Une résolution controversée : Le Parlement européen a approuvé un amendement qualifiant la décision de Zelensky d'"escalade inutile et non provoquée", intégrée à un rapport sur la voie de l'Ukraine vers l'adhésion à l'UE.
- Un contexte historique sensible : En Pologne, l'UPA est associée au massacre de Volhynie (1943-1945), reconnu comme un génocide par Varsovie, une qualification rejetée par Kyiv.
- Réactions en cascade : Le président polonais Karol Nawrocki a retiré à Zelensky l'ordre de l'Aigle blanc, la plus haute distinction polonaise, décernée en 2023.
- Impact sur la reconstruction : La tension a pesé sur la Conférence de Gdańsk, où la Première ministre ukrainienne Yulia Svyrydenko a remplacé Zelensky.
- Soutien européen malgré tout : La résolution réaffirme le soutien à l'Ukraine face à la Russie et salue ses progrès vers l'UE, tout en appelant à la réconciliation avec la Pologne.
- Opinion publique en jeu : Selon un sondage, 60 % des Polonais s'opposent à l'adhésion de l'Ukraine à l'UE, un chiffre qui pourrait influencer les débats.
Une décision qui divise les mémoires historiques
L'Ukraine commémore l'UPA pour son rôle dans la lutte contre l'URSS et pour l'indépendance du pays. En revanche, en Pologne, cette formation reste indissociable du massacre de Volhynie, où des dizaines de milliers de Polonais ont été tués entre 1943 et 1945 sous l'occupation nazie. La Pologne a officiellement reconnu ces événements comme un génocide, une qualification que l'Ukraine refuse.
Cette divergence historique a resurgi lorsque Volodymyr Zelensky a décidé de nommer une unité d'élite de l'armée ukrainienne en hommage à l'UPA. Une décision qui a immédiatement suscité des tensions avec Varsovie, alors que les deux pays sont alliés dans la guerre contre la Russie. « Il existe certaines questions internes entre l'Ukraine et la Pologne, liées à des difficultés de notre histoire », a reconnu Zelensky, appelant à « vivre davantage dans le futur que dans le passé ».
Le Parlement européen met en garde Kyiv
L'amendement adopté par le Parlement européen exprime des « regrets » face à cette initiative, qu'il qualifie de « mépris des sensibilités et du deuil polonais ». Le texte estime également que la décision de Zelensky « sape les relations de bon voisinage » et « n'est pas conforme aux valeurs européennes », tout en appelant à la désescalade et à la réconciliation entre les deux pays.
« C'est un signal très fort, un avertissement aux autorités ukrainiennes pour qu'elles ne créent pas de mauvaises émotions et n'agissent pas à l'encontre des valeurs européennes. Elles doivent réfléchir à la manière de faire partie de notre Union. Si elles souhaitent en faire partie, elles doivent en respecter les règles communes. »
Andrzej Halicki, eurodéputé polonais (PPE), à Euronews FR
L'amendement a été porté par Halicki, membre du Parti populaire européen, et son homologue allemand Michael Gahler. Il s'inscrit dans un rapport global évaluant les progrès de l'Ukraine vers l'adhésion à l'Union européenne, un processus toujours en cours malgré les tensions actuelles.
Varsovie durcit le ton, l'UE maintient son soutien
En réaction à la décision ukrainienne, le président polonais Karol Nawrocki a retiré à Zelensky l'ordre de l'Aigle blanc, la plus haute distinction nationale, décernée en 2023. Cette mesure symbolique s'ajoute à la tension diplomatique déjà palpable entre les deux pays, exacerbée par la présence de Zelensky à la Conférence sur la reconstruction de l'Ukraine à Gdańsk. Le chef de l'État ukrainien n'a finalement pas participé à l'événement, remplacé par la Première ministre Yulia Svyrydenko.
Malgré ce différend, le Parlement européen a réaffirmé son soutien à l'Ukraine dans sa guerre contre la Russie. La résolution adoptée salue les progrès accomplis par Kyiv sur la voie de l'adhésion à l'UE et souligne que « l'avenir de l'Ukraine se trouve dans l'UE ». « L'intégration européenne de l'Ukraine reste une priorité stratégique pour l'Union », peut-on lire dans le texte.
L'opinion publique polonaise divisée sur l'adhésion de l'Ukraine
Selon un récent sondage, 60 % des Polonais s'opposent à l'adhésion de l'Ukraine à l'Union européenne. Ce chiffre reflète une méfiance croissante envers Kyiv, alimentée par les tensions mémorielles et les désaccords politiques. Pourtant, la Pologne reste l'un des principaux soutiens de l'Ukraine depuis le début de l'invasion russe en février 2022, tant sur le plan militaire qu'économique.
Cette opposition de l'opinion publique pourrait compliquer les négociations en cours entre Bruxelles et Kyiv. Les dirigeants européens, conscients de ces enjeux, appellent désormais à une réconciliation rapide entre les deux pays, tout en insistant sur le respect des « valeurs communes » de l'UE.
Cette affaire rappelle que, même en temps de guerre, les conflits historiques peuvent resurgir et compliquer les alliances. Pour l'Ukraine, l'enjeu est double : poursuivre sa lutte contre la Russie tout en consolidant son rapprochement avec l'Europe, malgré les sensibilités de ses voisins.
En Pologne, l'Armée insurrectionnelle ukrainienne (UPA) est associée au massacre de Volhynie (1943-1945), au cours duquel des nationalistes ukrainiens ont tué des dizaines de milliers de civils polonais. Varsovie a officiellement reconnu ces événements comme un génocide en 2016, une qualification rejetée par l'Ukraine, qui met en avant le rôle de l'UPA dans la lutte contre l'URSS.
Les tensions actuelles pourraient ralentir le processus d'adhésion, notamment si les États membres de l'UE, comme la Pologne, durcissent leur position. Cependant, le Parlement européen a réaffirmé son soutien global à l'Ukraine, soulignant que son intégration reste une priorité stratégique. Les prochaines étapes dépendront des négociations en cours et de la capacité de Kyiv à apaiser les craintes de ses partenaires.