Le marché immobilier français marque le pas au printemps 2026. Selon BFM Immo, le montant total des nouveaux prêts accordés en avril s’est établi à 12 milliards d’euros, soit une baisse de 600 millions d’euros par rapport à mars. Un recul de 4,7 % en un mois, alors que les taux d’intérêt, eux, affichent une relative stabilité.

Ce qu'il faut retenir

  • Le volume des nouveaux crédits immobiliers en avril 2026 s’élève à 12 milliards d’euros, en baisse de 600 millions par rapport à mars.
  • Les taux d’intérêt moyens restent stables à 3,22 % en avril, mais une remontée est attendue après la décision de la BCE prévue ce 11 juin 2026.
  • Le nombre de transactions immobilières sur un an s’est stabilisé à 952 000 ventes fin mars 2026, après une année de reprise.
  • Les notaires du Grand Paris évoquent un affaiblissement des perspectives positives en raison des tensions géopolitiques et de leurs conséquences économiques.

Ce chiffre, publié par la Banque de France, confirme l’essoufflement du secteur après des mois de reprise progressive. En mars, les nouveaux crédits atteignaient encore 12,6 milliards d’euros, tandis qu’octobre 2025 avait enregistré un pic à 13,2 milliards. Depuis novembre 2024, le marché avait pourtant connu une embellie, avec une hausse de 35 % des volumes de crédits sur les onze premiers mois de 2025. Mais en avril 2026, le marché semble avoir perdu son élan, malgré des conditions de financement toujours aussi attractives.

Les taux d’intérêt, qui avaient contribué à relancer le secteur, restent en effet relativement stables. Selon la Banque de France, le taux effectif moyen s’est maintenu à 3,22 % en avril, comme en mars. Ce niveau inclut les frais d’assurance, variables selon l’âge et l’état de santé des emprunteurs, ainsi que d’éventuels frais de courtage. Les banques, soucieuses de séduire de nouveaux clients après plusieurs années de stagnation, ont jusqu’à présent maintenu des conditions avantageuses. Pourtant, depuis mai, une inflexion se dessine.

L’Observatoire Crédit Logement CSA, qui agrège les données de plusieurs partenaires bancaires, relève une légère hausse des taux effectifs moyens, passant de 3,15 % en décembre 2025 à 3,25 % en mai. « Depuis février, au-delà des faibles variations mensuelles, c’est l’image d’une relative stabilité du taux moyen qui a prévalu. Alors qu’en fait, la remontée des taux est rapide et non négligeable », souligne l’Observatoire. Une tendance qui inquiète les courtiers, qui craignent un retour à la situation de 2022, marquée par un blocage du marché du crédit.

Cette remontée des taux pourrait encore s’accentuer si la Banque centrale européenne (BCE) décide, ce jeudi 11 juin, de relever ses taux directeurs. « Toute autre décision qu’une hausse des taux serait une grande surprise », a déclaré Carsten Brzeski, économiste chez ING, à l’approche de l’annonce. La BCE devrait également dévoiler ses nouvelles prévisions économiques lors de cette réunion. Une hausse des taux, si elle intervient, risquerait de freiner davantage un marché déjà en perte de vitesse.

Un marché sous tension malgré des indicateurs en apparence stables

Le plafond du « taux d’usure », révisé chaque semestre par la Banque de France en fonction des données des mois précédents, pourrait en outre compliquer l’accès au crédit pour certains profils, notamment les emprunteurs plus âgés. Les premiers effets se font déjà sentir sur le volume des transactions. Les notaires du Grand Paris, dans leur bilan du premier trimestre 2026, estiment que « les perspectives positives initialement envisagées pour 2026 ont été largement affaiblies par les nouvelles tensions géopolitiques internationales et leurs conséquences économiques ».

Ces tensions, qui pèsent sur la confiance des ménages et des investisseurs, s’ajoutent à un contexte déjà fragile. En France, le nombre de transactions immobilières réalisées sur un an, jusqu’à fin mars 2026, s’est stabilisé à 952 000 ventes. Un niveau proche de celui de décembre 2025, mais bien supérieur au point bas enregistré en novembre 2024 (778 000 transactions cumulées). Après une année marquée par une reprise progressive, avec un rebond de +23 % en février 2025, le marché montre des signes d’essoufflement.

Les courtiers alertent sur un risque de blocage du crédit

Les professionnels du secteur tirent la sonnette d’alarme. « Les taux sont en train de remonter plus vite que prévu, et cela pourrait avoir un effet dissuasif sur les emprunteurs », explique un courtier parisien sous couvert d’anonymat. « Si la BCE augmente ses taux, les mensualités des nouveaux crédits pourraient devenir inaccessibles pour une partie des ménages, surtout dans un contexte où les prix de l’immobilier restent élevés. »

Les courtiers craignent également que le durcissement des conditions d’emprunt ne se répercute sur les prix de l’immobilier. « Avec moins de demande, les vendeurs pourraient être contraints de revoir leurs prétentions à la baisse, mais cela prendra du temps », ajoute-t-il. Le risque est double : un ralentissement des transactions et une baisse des prix, qui pénaliserait à la fois les vendeurs et les acheteurs.

Pourtant, les acteurs du marché restent divisés sur l’ampleur de la baisse à venir. Certains estiment que le marché pourrait se stabiliser à moyen terme, une fois les nouvelles conditions de crédit intégrées. D’autres, plus pessimistes, anticipent un nouveau recul des volumes, comparable à celui observé en 2022-2023. Une chose est sûre : la décision de la BCE ce jeudi s’annonce décisive.

Et maintenant ?

La BCE devrait annoncer une hausse de ses taux directeurs ce 11 juin 2026, une décision qui pourrait accentuer le ralentissement du marché immobilier. Les courtiers et les banques attendent cette annonce avec attention, car elle déterminera l’évolution des taux des crédits sur les prochains mois. Si la hausse se confirme, les professionnels anticipent une nouvelle baisse des volumes de prêts, tandis que les notaires surveillent de près l’impact sur les transactions. Pour les ménages souhaitant emprunter, la prudence s’impose : les conditions pourraient se dégrader rapidement.

Les prochaines semaines seront donc déterminantes pour le secteur. La BCE pourrait-elle surprendre les marchés en maintenant ses taux ? Les tensions géopolitiques pourraient-elles s’atténuer, redonnant un peu d’oxygène au marché ? Autant de questions qui resteront en suspens après la décision de ce jeudi.

Le « taux d’usure » correspond au taux maximal légal que les banques peuvent appliquer pour un crédit. Il est fixé chaque semestre par la Banque de France, en fonction des taux pratiqués les mois précédents. Si les taux du marché remontent trop vite, ce plafond peut rendre certains dossiers de crédit trop coûteux, notamment pour les profils considérés comme risqués, comme les emprunteurs âgés ou ceux avec un historique financier complexe.