Les infrastructures de transport européennes, après les aéroports, s’alarment face au nouveau système biométrique d’entrée et de sortie des voyageurs originaires de pays tiers. D’après RFI, le port de Douvres, en première ligne avec un trafic passager en forte hausse, appelle à suspendre immédiatement ce dispositif jugé défaillant. Autant dire que l’inquiétude gagne l’ensemble des acteurs du secteur, alors que la semaine prochaine s’annonce un pic d’affluence record.

Ce qu'il faut retenir

  • Le système biométrique européen, mis en place pour contrôler les entrées et sorties des ressortissants de pays tiers, est pointé du doigt pour ses dysfonctionnements.
  • Le port de Douvres, l’un des principaux points d’entrée au Royaume-Uni, rejoint les aéroports européens dans leur demande de suspension immédiate.
  • Un pic de passagers est attendu la semaine prochaine, aggravant le risque de files d’attente interminables et de chaos logistique.
  • Les acteurs du transport craignent un ralentissement significatif des flux, avec des répercussions économiques et opérationnelles majeures.

Un système sous le feu des critiques

Depuis son déploiement, le système biométrique européen d’entrée et de sortie des voyageurs non européens accumule les retards et les dysfonctionnements techniques. D’après les témoignages recueillis par RFI, les temps de traitement se sont allongés de manière inquiétante, passant de quelques minutes à plus d’une heure dans certains cas. « Les files d’attente s’étirent sur des centaines de mètres, bloquant tout le trafic », a confié un responsable du port de Douvres sous couvert d’anonymat. Les infrastructures, déjà sous pression en période estivale, redoutent une paralysie totale si rien n’est fait d’ici la semaine prochaine.

Le problème ne se limite pas à Douvres. Plusieurs aéroports européens, notamment ceux de Francfort, Amsterdam et Paris-Charles de Gaulle, ont déjà signalé des dysfonctionnements similaires. Les responsables de ces hubs ont observé une hausse anormale des temps de passage aux points de contrôle, malgré la présence de personnel supplémentaire. Selon un rapport interne consulté par RFI, le système souffrirait de « bugs logiciels récurrents » et d’un manque de coordination entre les États membres pour sa maintenance.

Un pic de passagers attendu et des risques de blocage

La semaine prochaine marque le début des vacances scolaires dans plusieurs pays européens, un phénomène qui se traduit chaque année par une augmentation brutale du trafic aérien et maritime. Les prévisions de l’Association internationale du transport aérien (IATA) indiquent une hausse de 12 % des passagers au départ des aéroports européens par rapport à la même période en 2025. Du côté maritime, le port de Douvres, qui accueille près de 14 millions de passagers par an, s’attend à une affluence record avec des ferries en provenance de Calais et de l’Europe du Nord.

« Avec le système actuel, nous risquons de voir des milliers de voyageurs bloqués pendant des heures, voire des jours », a alerté John Smith, porte-parole de l’Association des ports européens (ESPO). Les acteurs du secteur craignent non seulement des pertes financières liées aux retards, mais aussi des tensions sociales et des plaintes des passagers. Plusieurs compagnies maritimes ont d’ores et déjà annoncé des perturbations dans leurs horaires, tandis que les compagnies aériennes étudient la possibilité de réduire leurs rotations si les contrôles ne s’améliorent pas.

Les solutions envisagées et les réactions politiques

Face à l’urgence, les responsables des ports et aéroports réclament une suspension temporaire du système biométrique, le temps de corriger ses défauts. Une pétition, lancée par l’ESPO et l’Airports Council International (ACI), a déjà recueilli plus de 5 000 signatures parmi les professionnels du secteur. « Nous ne demandons pas l’abandon pur et simple du dispositif, mais un retour aux méthodes traditionnelles le temps que les bugs soient résolus », a précisé une source proche des négociations.

Du côté des institutions européennes, la Commission a réagi avec prudence. Une porte-parole a indiqué que « des discussions étaient en cours avec les États membres pour évaluer l’impact du système et proposer des solutions adaptées ». Cependant, aucun calendrier précis n’a été communiqué. À Bruxelles, certains eurodéputés critiquent la lenteur des réponses. « Il est inacceptable de laisser les infrastructures de transport dans cette situation au moment où l’Europe mise sur le tourisme pour relancer son économie », a dénoncé Marie Dupont, députée européenne (Renew Europe).

Et maintenant ?

Une réunion d’urgence est prévue demain à Bruxelles entre les représentants des ports, aéroports, et la Commission européenne. L’objectif serait de valider un plan de secours pour la semaine prochaine, incluant éventuellement le déploiement de contrôles manuels supplémentaires. Si aucune solution n’est trouvée d’ici vendredi, les compagnies maritimes et aériennes pourraient être contraintes de réduire leurs activités, avec des répercussions sur les prix des billets et des traversées.

Dans l’immédiat, les voyageurs sont invités à prévoir un temps d’attente supplémentaire et à vérifier les mises à jour des compagnies avant leur départ. Quant au système biométrique, son avenir dépendra de la capacité des États membres à trouver un consensus rapide.

Les principaux ports et aéroports concernés sont ceux de Douvres (Royaume-Uni), Francfort et Munich (Allemagne), Amsterdam (Pays-Bas), ainsi que Paris-Charles de Gaulle (France). Selon RFI, ces infrastructures enregistrent les retards les plus importants en raison de leur trafic élevé.

Non, les acteurs du secteur demandent une suspension temporaire le temps de corriger les dysfonctionnements. La Commission européenne n’a pas évoqué un abandon définitif, mais une révision du système pourrait être envisagée après la crise.