Le marché immobilier français continue de montrer des dynamiques contrastées selon les territoires. Selon BFM Business, les zones littorales s’imposent de plus en plus comme un placement privilégié par les ménages, malgré un contexte économique marqué par la hausse des taux et les incertitudes macroéconomiques.
Cette tendance a été analysée lors d’un débat réunissant experts du secteur et la journaliste Marie Coeurderoy, dans le cadre de l’émission « Les Experts de l’immo » diffusée hier. L’occasion de revenir sur les spécificités de ce marché, où la rareté des biens disponibles et la recherche de sécurité patrimoniale jouent en faveur des côtes françaises.
Ce qu'il faut retenir
- Les zones littorales enregistrent une demande soutenue, portée par une recherche de sécurité et de qualité de vie
- La rareté des biens disponibles sur ces territoires soutient les prix, malgré un contexte de taux d’intérêt élevés
- Les experts soulignent un engouement particulier pour les résidences secondaires et les investissements locatifs en bord de mer
- La Bretagne, la Nouvelle-Aquitaine et l’Occitanie figurent parmi les régions les plus prisées
- Les prix au mètre carré dans ces zones dépassent désormais la moyenne nationale dans plusieurs départements
Un attrait croissant pour les résidences en bord de mer
Le littoral français attire de plus en plus de ménages en quête de stabilité et de cadre de vie préservé. « Les zones côtières bénéficient d’un double effet : une demande structurelle liée à la recherche de sécurité patrimoniale, et une attractivité renforcée par les changements de modes de vie post-Covid », explique un expert interrogé par BFM Business. Les départements comme la Gironde, les Alpes-Maritimes ou encore le Morbihan affichent ainsi des prix au mètre carré supérieurs à la moyenne nationale, parfois de plus de 20 %.
Cette dynamique s’explique aussi par la pénurie de terrains constructibles en zone littorale, où les contraintes réglementaires (lois Littoral, Zones humides protégées) limitent l’offre. Résultat : les biens disponibles se raréfient, ce qui pousse les prix à la hausse. « Sur certains segments, comme les maisons avec vue mer en Bretagne Sud, les prix ont progressé de 8 à 10 % en deux ans », précise un agent immobilier basé à Vannes.
Investisseurs et résidents secondaires, les deux moteurs du marché
Deux profils d’acheteurs dominent actuellement le marché littoral : les investisseurs cherchant à diversifier leur patrimoine, et les ménages souhaitant acquérir une résidence secondaire. « Côté investissement, les loyers locatifs dans les stations balnéaires restent attractifs, avec des rendements bruts oscillant entre 4 et 6 % selon les zones », indique un spécialiste des SCPI interrogé lors de l’émission. Les villes comme La Baule, Arcachon ou Biarritz restent particulièrement prisées pour leur positionnement haut de gamme et leur stabilité locative.
Pour les particuliers, l’acquisition d’une résidence secondaire en bord de mer s’apparente souvent à un placement à long terme. « Les prix dans ces zones résistent mieux aux crises que dans l’immobilier urbain, où la volatilité est plus marquée », souligne Marie Coeurderoy. Une analyse confirmée par les chiffres : selon les notaires, le prix moyen d’une maison en zone littorale a progressé de 3,5 % en 2025, contre 1,8 % pour l’ensemble du marché français.
Des disparités régionales marquées
Si le littoral atlantique et méditerranéen concentre l’essentiel de la demande, certaines zones se distinguent par leur dynamisme. En Nouvelle-Aquitaine, les départements de la Gironde et des Landes enregistrent des hausses de prix particulièrement fortes, portées par l’arrivée de nouveaux habitants en provenance des grandes métropoles. « Bordeaux et sa périphérie voient affluer des actifs souhaitant allier télétravail et cadre de vie, ce qui tire les prix vers le haut », explique un promoteur local.
Côté méditerranéen, les Alpes-Maritimes et le Var restent des valeurs sûres, avec des prix dépassant souvent les 6 000 €/m² pour les biens avec vue mer. À l’inverse, certaines zones du littoral normand ou picard, moins exposées aux tensions de marché, offrent encore des opportunités pour les primo-accédants. « Dans la Manche ou le Calvados, on trouve encore des maisons à moins de 3 000 €/m², avec des rendements locatifs intéressants », précise un expert.
Quels freins à cette attractivité ?
Malgré ces atouts, le marché littoral n’est pas exempt de défis. Le premier concerne l’accès au crédit, dans un contexte où les taux d’intérêt restent élevés. « Les banques sont plus exigeantes sur les profils des emprunteurs, surtout pour les résidences secondaires », indique un courtier en crédit interrogé par BFM Business. Autre point de vigilance : les coûts liés à l’entretien des biens en bord de mer, souvent exposés aux intempéries et aux risques de submersion.
Les experts pointent aussi du doigt les contraintes administratives qui pèsent sur les projets d’extension ou de rénovation. « Les délais pour obtenir un permis de construire peuvent s’étendre sur plusieurs années dans certaines communes, ce qui décourage les investisseurs », explique un architecte spécialisé dans l’immobilier côtier. Enfin, la question de la disponibilité en eau potable, déjà sensible dans certaines régions comme la Provence ou le Roussillon, pourrait devenir un enjeu majeur dans les années à venir.
Pour les ménages souhaitant se positionner sur ce marché, les experts recommandent de privilégier les zones secondaires moins exposées à la spéculation, et de bien évaluer les coûts annexes (assurance, entretien, fiscalité). « Le littoral reste une valeur refuge, mais il faut être sélectif et anticiper les évolutions réglementaires », concluent-ils.