Alors que la monnaie indonésienne franchit un seuil critique, le vice-ministre des Finances du pays, Juda Agung, a réaffirmé ce jeudi la capacité de Jakarta à absorber les pressions économiques, malgré un recul marqué de la roupie. Selon BFM Business, la devise locale a atteint un plus bas historique au-delà de 18 000 roupies pour un dollar avant de se stabiliser légèrement. Un contexte qui n’entame pas, pour l’heure, la détermination du gouvernement à maintenir son objectif ambitieux de croissance du PIB à 8 % d’ici 2029, malgré des défis structurels et géopolitiques majeurs.

Ce qu'il faut retenir

  • La roupie indonésienne a atteint un plus bas historique à plus de 18 000 pour 1 dollar en juin 2026, avant une légère reprise.
  • Le vice-ministre des Finances, Juda Agung, estime que l’économie reste « gérable » malgré les pressions extérieures et intérieures.
  • L’Indonésie vise une croissance de 8 % d’ici 2029, un objectif récurrent du président Prabowo Subianto, malgré une estimation de 4,7 % pour 2026.
  • La banque centrale a relevé son taux directeur à 5,50 %, avec une nouvelle hausse possible la semaine prochaine.
  • L’inflation s’établit à 3 %, dans la fourchette cible de la banque centrale (2,5 % ± 1 %).

Une monnaie sous pression, mais des fondamentaux jugés solides

La roupie indonésienne a enregistré une dépréciation d’environ 8 % depuis le début de l’année, passant de 16 600 roupies pour un dollar en janvier 2026 à plus de 18 000 début juin. Pourtant, Juda Agung, vice-ministre des Finances, a tenté de rassurer en qualifiant cette situation de « gérable » lors d’un entretien avec BFM Business. « Il y a quelques signes d’impact, mais je pense que la situation est tout à fait gérable », a-t-il déclaré. Selon lui, la devise est sous-évaluée et les fondamentaux économiques du pays restent solides, malgré un climat d’incertitude pour les investisseurs.

Chaque point de pourcentage de dépréciation de la roupie, selon ses calculs, n’entraînerait qu’une pression supplémentaire de 0,07 % sur l’inflation et alourdirait le déficit budgétaire d’environ 800 milliards de roupies (45 millions de dollars). Des chiffres qui, pour l’instant, ne remettent pas en cause la trajectoire économique affichée par Jakarta.

Un objectif de croissance à 8 % malgré les défis structurels

Malgré une croissance estimée à 4,7 % pour 2026 par l’OCDE et une économie qui a enregistré une progression de 5,6 % au premier trimestre — un chiffre que certains économistes remettent en question — le gouvernement maintient coûte que coûte son cap. Le président Prabowo Subianto, réélu, a fait de cette ambition un pilier de sa politique économique. Pour y parvenir, Jakarta compte notamment sur le maintien de coûteuses subventions, comme celles allouées au carburant ou aux repas scolaires gratuits, malgré leur impact sur les finances publiques.

Cette stratégie s’inscrit dans un contexte géopolitique et économique particulièrement tendu. L’Indonésie, quatrième pays le plus peuplé au monde avec 284 millions d’habitants, est en effet un importateur net de pétrole. La hausse des prix du brut, aggravée par la guerre au Moyen-Orient, pèse sur son économie et menace la stabilité de sa monnaie. Pourtant, le vice-ministre des Finances refuse de baisser les bras : « Le déficit (budgétaire) est encore gérable », a-t-il souligné, tout en reconnaissant que la confiance des investisseurs s’érode progressivement.

La banque centrale contre-attaque, mais les risques persistent

Face à cette situation, la banque centrale indonésienne a pris les devants en relevant son taux directeur de 0,25 point à 5,50 % lors de sa dernière réunion. Une décision qui pourrait être suivie d’une nouvelle hausse dès la semaine prochaine, dans un effort pour stabiliser la monnaie et contenir l’inflation. Pour l’heure, cette dernière s’établit à 3 %, un niveau qui reste dans la fourchette cible de l’institution, fixée à 2,5 % plus ou moins 1 %.

Toutefois, certains analystes expriment des inquiétudes quant à la capacité du gouvernement à concilier croissance élevée et discipline budgétaire. Les subventions massives, bien que populaires auprès de la population, pèsent lourdement sur les comptes publics. Par ailleurs, la dépendance aux importations d’énergie expose l’archipel aux fluctuations des cours mondiaux, un risque que les autorités peinent à neutraliser.

Et maintenant ?

Les prochaines semaines seront déterminantes pour évaluer si l’Indonésie peut concilier son objectif de croissance ambitieux avec une stabilisation de sa monnaie. La banque centrale devrait annoncer une nouvelle hausse de son taux directeur d’ici la fin du mois, une décision qui pourrait freiner temporairement la dépréciation de la roupie. Dans le même temps, le gouvernement devra trancher sur le maintien des subventions énergétiques, un dossier politiquement sensible mais coûteux pour les finances publiques. Reste à voir si les fondamentaux économiques du pays, malgré les pressions extérieures, suffiront à convaincre les investisseurs de revenir en masse.

D’ici là, Juda Agung a réaffirmé que Jakarta « était en mesure de gérer » la situation. Une déclaration qui, au vu des chiffres, ressemble davantage à un pari qu’à une certitude. La semaine prochaine pourrait apporter de nouveaux éléments sur la capacité de l’Indonésie à tenir ce pari.

Plusieurs facteurs expliquent cette dépréciation. D’abord, la hausse des prix du pétrole due à la guerre au Moyen-Orient pénalise l’Indonésie, importateur net d’énergie. Ensuite, les incertitudes économiques mondiales et la perte de confiance des investisseurs ont accru la pression sur la monnaie. Enfin, la politique monétaire accommodante de la banque centrale, couplée à des dépenses publiques élevées (subventions, programmes sociaux), a aussi joué un rôle.