Selon BFM Business, l’inflation en Chine a connu un infléchissement modéré en juin, porté par une baisse des prix de l’énergie. Cette décélération survient dans un contexte d’accalmie relative au Moyen-Orient, avant la reprise des bombardements cette semaine. Malgré ce répit temporaire, les analystes anticipent une possible pression à la hausse sur les prix à court terme, en raison de la détérioration récente du climat géopolitique.
Ce qu'il faut retenir
- L’indice des prix à la consommation (CPI) en Chine a reculé à 1 % sur un an en juin, contre 1,2 % en mai, selon le Bureau national des statistiques (BNS).
- Les prix de l’essence ont chuté de près de 5 % sur un mois, tandis que ceux des produits alimentaires, dont le porc et les légumes, ont également diminué.
- Le protocole d’accord signé le 17 juin entre l’Iran et les États-Unis avait permis une baisse des cours du pétrole, mais les frappes récentes pourraient inverser cette tendance.
- L’indice des prix à la production (PPI) a accéléré à 4,1 % sur un an, son plus haut niveau depuis mi-2022, mais cette hausse s’explique par des effets de base liés à 2025.
- La Chine peine à relancer sa croissance, freinée par une consommation atone, un excédent de production et une crise persistante dans l’immobilier.
Une inflation sous contrôle, mais encore loin des objectifs de Pékin
Les chiffres publiés jeudi par le Bureau national des statistiques (BNS) confirment un léger repli de l’inflation en Chine. L’indice des prix à la consommation (CPI), référence majeure pour mesurer la pression inflationniste sur les ménages, s’établit à 1 % en glissement annuel pour le mois de juin. Ce résultat, bien qu’inférieur aux 1,2 % enregistrés en mai, reste en deçà de l’objectif de 2 % fixé par les autorités chinoises. Les économistes interrogés par Bloomberg tablaient pourtant sur un ralentissement moins marqué, à 1,1 %, ce qui rend cette baisse d’autant plus notable.
Plusieurs facteurs expliquent cette décélération. D’abord, une embellie sur les prix de l’énergie, avec une chute de près de 5 % sur un mois des tarifs de l’essence. Les prix alimentaires, traditionnellement volatils en Chine, ont également reculé, notamment ceux du porc et des légumes. Une tendance qui contraste avec les tensions inflationnistes observées plus tôt dans l’année, lorsque la guerre en Iran avait provoqué une flambée des cours du pétrole.
Un rebond des tensions au Moyen-Orient qui pourrait inverser la tendance
La baisse actuelle de l’inflation s’inscrit dans un contexte géopolitique plus apaisé. Le 17 juin, l’Iran et les États-Unis avaient signé un protocole d’accord mettant fin à la guerre déclenchée le 28 février par une offensive américano-israélienne contre Téhéran. Cette trêve avait permis une décrue des cours du pétrole brut, soutenant ainsi la modération des prix en Chine. Pourtant, depuis le début du mois de juillet, les bombardements ont repris, suscitant des craintes quant à un nouveau choc sur les approvisionnements énergétiques.
Pour Julian Evans-Pritchard, analyste chez Capital Economics, cette escalade « pourrait exercer une nouvelle pression à la hausse sur l’inflation à court terme ». Cependant, il tempère cet avertissement en soulignant que l’impact devrait rester limité à certains secteurs spécifiques. « L’inflation semble toujours appelée à revenir près de zéro une fois l’approvisionnement en énergie normalisé », précise-t-il. Une analyse qui laisse entrevoir un scénario où les tensions actuelles n’auraient qu’un effet temporaire sur les prix.
« La récente escalade des tensions pourrait exercer une nouvelle pression à la hausse sur l’inflation à court terme. Mais cet impact devrait néanmoins rester limité à quelques secteurs spécifiques, et l’inflation semble toujours appelée à revenir près de zéro une fois l’approvisionnement en énergie normalisé. »
— Julian Evans-Pritchard, analyste chez Capital Economics
Des signaux contrastés pour l’industrie chinoise
Si l’inflation des prix à la consommation marque le pas, l’indice des prix à la production (PPI), qui reflète les coûts dans l’industrie, affiche une progression plus marquée. En juin, le PPI a augmenté de 4,1 % sur un an, son rythme le plus élevé depuis mi-2022. Ce chiffre, en hausse par rapport aux 3,9 % de mai, pourrait sembler inquiétant à première vue. Pourtant, les économistes soulignent qu’il s’agit principalement d’un effet de base, lié aux niveaux de prix enregistrés en 2025. En variation mensuelle, les prix à la sortie d’usine ont même reculé de 0,3 %, avec des baisses observées dans la plupart des secteurs industriels.
Cette divergence entre CPI et PPI illustre les difficultés persistantes de l’économie chinoise. Pékin mise en effet sur la consommation intérieure pour relancer la croissance, après des années de dépendance aux exportations et à l’industrie manufacturière. Or, la demande des ménages reste atone, tandis que les excédents de production et la crise immobilière freinent toute reprise durable. Un contexte qui pousse les observateurs à scruter avec attention les prochains indicateurs économiques, notamment ceux liés au commerce extérieur.
Une croissance chinoise toujours en quête de relais
La Chine continue de peiner à retrouver le dynamisme d’avant la pandémie de Covid-19. Plusieurs facteurs structurels pèsent sur son économie : des dépenses des ménages en berne, des capacités de production excédentaires dans de nombreux secteurs, et une crise immobilière qui s’étire depuis plusieurs années. Dans ce paysage économique complexe, les autorités chinoises tentent de stabiliser la demande intérieure, tout en surveillant de près les chiffres du commerce extérieur, traditionnellement un moteur clé de la croissance.
Zhiwei Zhang, économiste chez Pinpoint Asset Management, estime que « le marché se concentre désormais sur les chiffres du commerce extérieur », alors que l’économie chinoise reste fortement tributaire de ses exportations. Les analystes guetteront également d’éventuelles mesures visant à soutenir la consommation, comme des incitations fiscales ou des aides ciblées. Pour l’heure, les signes de reprise restent timides, et l’incertitude liée aux tensions géopolitiques ajoute une couche de complexité supplémentaire.
En conclusion, si l’inflation chinoise a connu un répit en juin, les défis structurels et géopolitiques auxquels fait face le pays laissent peu de place à l’optimisme. La capacité des autorités à relancer la croissance sans aggraver les déséquilibres économiques sera au cœur des prochaines décisions.
L’inflation en Chine reste contenue principalement en raison d’une demande intérieure faible, d’un excédent de capacités de production dans de nombreux secteurs, et d’une crise persistante dans l’immobilier. Contrairement à d’autres grandes économies, la Chine ne subit pas de pression inflationniste forte car sa croissance dépend davantage de l’industrie et des exportations que de la consommation des ménages. De plus, les récentes tensions géopolitiques, comme la guerre en Ukraine ou les conflits au Moyen-Orient, ont un impact limité sur les prix en Chine, contrairement à d’autres régions du monde.
Une nouvelle flambée des prix de l’énergie toucherait en premier lieu les secteurs fortement dépendants des hydrocarbures, comme les transports, la pétrochimie et la production d’électricité. Les industries manufacturières pourraient également subir des hausses de coûts si les prix du pétrole ou du gaz augmentent durablement. Enfin, les ménages pourraient voir leurs dépenses en carburant et en chauffage augmenter, ce qui freinerait encore davantage la consommation intérieure, déjà en difficulté.