La Banque centrale européenne (BCE) se dirige vers une nouvelle phase de resserrement monétaire, avec une probable hausse de ses taux directeurs dans les prochaines semaines. Cette orientation a été confirmée par plusieurs membres du conseil des gouverneurs, selon BFM Business.
Ce qu'il faut retenir
- La BCE pourrait relever ses taux d'intérêt dès la prochaine réunion du 11 juillet 2026, après une période de pause de plusieurs mois.
- Cette décision s'inscrit dans un contexte de persistance de l'inflation au-dessus de l'objectif de 2 % en zone euro.
- Les économistes anticipent une hausse de 25 points de base, portant le taux de dépôt à 3,75 %.
- La BCE maintient une posture prudente, tout en soulignant la nécessité de « normaliser » sa politique monétaire.
Une politique monétaire en mutation
Après une séquence de hausses agressives entre 2022 et 2024 pour lutter contre l'inflation, la BCE avait marqué une pause en 2025, laissant les taux à des niveaux élevés. Cependant, les dernières données économiques montrent une résilience inattendue des prix, notamment dans les services et l'alimentation, où les tensions persistent. « Les pressions inflationnistes restent structurelles dans certains secteurs », a indiqué un membre du conseil des gouverneurs sous couvert d'anonymat.
Les marchés financiers, qui anticipaient jusqu'alors une baisse des taux en 2026, révisent désormais leurs prévisions. « L'inflation sous-jacente, hors énergie et alimentation, reste supérieure à 3 %, ce qui complique la tâche de la BCE », précise un économiste interrogé par BFM Business. Les anticipations d'inflation à moyen terme, surveillées de près par l'institution, montrent également des signes de rigidité.
Un environnement économique contrasté
La zone euro affiche une croissance atone, avec un PIB en hausse de seulement 0,3 % au premier trimestre 2026, selon les dernières estimations d'Eurostat. Les indicateurs avancés, comme les enquêtes PMI, suggèrent une légère amélioration en mai, mais sans signe d'une accélération marquée. « La reprise reste fragile et dépend largement de la demande intérieure », a souligné Christine Lagarde lors de son dernier discours.
Parallèlement, le marché du travail montre des signes de ralentissement, avec un taux de chômage stable à 6,5 %, mais une progression plus lente des créations d'emplois. « Le marché du travail est un indicateur clé pour la BCE, car il influence les négociations salariales et, par ricochet, l'inflation », a expliqué un analyste de la banque ING. Dans ce contexte, une hausse des taux pourrait peser sur la consommation, déjà affaiblie par le maintien de taux élevés depuis deux ans.
« La BCE doit trouver un équilibre entre le risque inflationniste et la nécessité de soutenir une croissance déjà en demi-teinte. Une erreur de timing pourrait aggraver les tensions économiques. »
— Économiste senior chez Natixis
Au-delà de juillet, une question se pose : la BCE parviendra-t-elle à orchestrer un « atterrissage en douceur » de sa politique monétaire, sans étouffer une croissance déjà fragile ? Autant dire que l'équation sera complexe, alors que les pressions politiques et sociales pour un assouplissement montent en Europe.
Une hausse des taux pourrait freiner la consommation et l'investissement, déjà en berne, et accentuer la pression sur les États les plus endettés, comme l'Italie ou la France. Elle risquerait également de prolonger la stagnation économique, dans un contexte où la croissance reste inférieure à son potentiel.