Le gouverneur de la Banque d’Angleterre, Andrew Bailey, a tiré la sonnette d’alarme sur les dangers que représentent les modèles d’intelligence artificielle avancée pour la stabilité économique mondiale. Dans une lettre envoyée le 28 août aux ministres des Finances et banquiers centraux du G20, il a souligné que ces technologies pourraient « saper la confiance des marchés » et générer des crises systémiques, selon nos confères de Euronews FR.

Cette mise en garde intervient à la veille de la réunion des membres du G20, qui s’est tenue les 1er et 2 septembre 2026 à Asheville, en Caroline du Nord. Bailey, qui préside également le Conseil de stabilité financière (FSB), a insisté sur l’urgence de renforcer les dispositifs de cybersécurité face à l’émergence de modèles d’IA capables d’exploiter des failles dans les infrastructures critiques, comme les réseaux bancaires ou les serveurs gouvernementaux.

Ce qu'il faut retenir

  • Les nouveaux modèles d’IA, comme Mythos développé par Anthropic, pourraient identifier et exploiter des vulnérabilités dans les systèmes financiers, avec des conséquences en cascade sur l’économie mondiale.
  • Andrew Bailey, gouverneur de la Banque d’Angleterre et président du FSB, a adressé un avertissement formel aux dirigeants du G20 le 28 août 2026, soulignant l’insuffisance des protocoles actuels dans de nombreuses juridictions.
  • La réunion du G20 à Asheville s’est tenue dans un contexte de forte volatilité des marchés, aggravée par le conflit au Moyen-Orient et les tensions commerciales internationales.
  • Bailey a rappelé que l’IA « ne respecte pas les frontières nationales », rendant toute perturbation cyber potentiellement mondiale, quel que soit son point d’origine.
  • La prochaine réunion du G20 est prévue à Miami les 14 et 15 décembre 2026, où ces questions devraient figurer en bonne place à l’ordre du jour.

Des modèles d’IA capables de menacer l’économie mondiale

Andrew Bailey a pointé du doigt une nouvelle génération de modèles d’intelligence artificielle, baptisés « Frontier AI », dont les capacités dépassent largement celles des outils actuels. Ces systèmes, comme Mythos – dévoilé par Anthropic en avril 2026 –, sont conçus pour fonctionner de manière autonome en matière de programmation et de cybersécurité. Pourtant, en raison des risques majeurs qu’ils représentent, leur accès reste réservé à un cercle restreint d’organisations.

Dans sa lettre, Bailey a expliqué que ces outils pourraient « modifier substantiellement la vitesse, l’ampleur et l’économie du risque cyber ». Un scénario particulièrement préoccupant dans un contexte où les prestataires de services financiers tiers jouent un rôle central et concentré. « Cela pourrait saper la confiance des marchés dans l’ensemble du système », a-t-il écrit, rappelant que les infrastructures bancaires et les serveurs sensibles constituent des cibles privilégiées pour des attaques exploitant ces failles.

Un environnement économique déjà fragilisé

L’alerte de Bailey survient alors que l’économie mondiale fait face à une période d’instabilité sans précédent. Le conflit au Moyen-Orient a provoqué une hausse des prix de l’énergie, alimentant une inflation déjà alimentée par les investissements massifs dans l’IA aux États-Unis. Parallèlement, les décisions commerciales controversées du président américain Donald Trump ont accru l’imprévisibilité des échanges internationaux, rendant les marchés encore plus volatils.

Ces tensions se superposent à des vulnérabilités structurelles. Selon le gouverneur de la Banque d’Angleterre, de nombreuses juridictions manquent de protocoles adaptés pour faire face à des cyberattaques d’une telle envergure. « Les différences entre les cadres juridiques, les capacités en matière de cybersécurité et les moyens de reprise d’activité selon les pays pourraient devenir elles-mêmes une source de vulnérabilité », a-t-il averti. Autant dire que les disparités réglementaires pourraient aggraver les risques systémiques.

Une réponse internationale urgente nécessaire

Face à cette menace, Bailey a appelé les gouvernements et les entreprises à adopter une approche proactive. Il a exhorté les autorités à se préparer à « un environnement de menace caractérisé par un plus grand nombre de vulnérabilités et un rythme plus soutenu de correctifs ». Pour lui, il est impératif de « favoriser la mise à disposition et le déploiement sûrs et responsables de ces modèles à l’échelle mondiale », afin de préserver la stabilité financière et la croissance économique.

Le président du FSB a également souligné que l’IA transcende les frontières nationales. Une cyberattaque ciblant une infrastructure critique dans un pays pourrait donc avoir des répercussions globales, indépendamment des lois locales. Cette dimension transnationale complexifie considérablement la tâche des régulateurs, qui doivent coordonner leurs efforts pour éviter des crises en cascade.

« L’IA ne respectera pas les frontières nationales. Une perturbation liée à l’IA ayant des conséquences sur la stabilité financière peut avoir un impact mondial, quel que soit le lieu où elle se produit. »
— Andrew Bailey, gouverneur de la Banque d’Angleterre et président du FSB

Et maintenant ?

La prochaine étape pour les membres du G20 sera la réunion de Miami, programmée les 14 et 15 décembre 2026. À cette occasion, les ministres des Finances et banquiers centraux devraient discuter des mesures concrètes à mettre en œuvre pour encadrer ces technologies. En attendant, les entreprises et autorités sont invitées à renforcer leurs dispositifs de cybersécurité, dans un contexte où les cybermenaces évoluent à un rythme inédit. Reste à voir si les engagements pris lors de la réunion d’Asheville se traduiront par des actions rapides et coordonnées.

L’enjeu dépasse désormais le cadre technique : il s’agit de préserver la confiance dans le système financier mondial. Comme le souligne Bailey, l’innovation doit rimer avec stabilité. Sinon, les risques pourraient bien l’emporter sur les opportunités.

Parmi les modèles cités, Mythos, développé par Anthropic et dévoilé en avril 2026, est présenté comme un exemple emblématique. Ce système possède des capacités avancées en programmation autonome et en cybersécurité, mais son accès est restreint en raison des risques qu’il engendre pour les infrastructures sensibles.

Ces nouveaux modèles d’IA, ou « Frontier AI », pourraient exploiter des failles dans des architectures complexes comme les réseaux bancaires ou les serveurs gouvernementaux. Une cyberattaque réussie à grande échelle pourrait saper la confiance des marchés et provoquer des crises systémiques, selon Andrew Bailey.