Selon BFM Business, l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE) recommande à la Norvège de réduire son impôt sur la fortune, un dispositif fiscal toujours en vigueur dans ce pays scandinave. Dans un rapport publié ce mercredi 17 juin 2026, l’organisation internationale suggère d’engager une réforme fiscale plus large, qui privilégierait une imposition accrue des biens immobiliers et des héritages, tout en allégeant la charge pesant sur le travail et le capital. Cette proposition intervient alors que le gouvernement travailliste, minoritaire au Parlement, prévoit de présenter une réforme fiscale d’ici 2027 au plus tard.
Ce qu'il faut retenir
- L’OCDE recommande à la Norvège de réduire son impôt sur la fortune, jugé défavorable à l’investissement, notamment dans les petites entreprises.
- Le patrimoine net taxé à partir de 1,9 million de couronnes norvégiennes (172 000 euros), avec un taux de 1 % au-delà, passant à 1,1 % pour les patrimoines supérieurs à 21,5 millions de couronnes.
- L’organisation propose de compenser cette réduction en augmentant la fiscalité sur l’immobilier et les successions, l’impôt sur l’héritage ayant été supprimé en 2014 en Norvège.
- Le gouvernement norvégien, minoritaire, envisage une réforme fiscale pour 2027, alors que l’impôt sur la fortune reste un sujet de division politique.
- L’OCDE alerte également sur la dépendance croissante de la Norvège à son fonds souverain, dont les prélèvements représentent désormais 27 % des dépenses publiques, contre 3 % en 2001.
Un impôt sur la fortune considéré comme un frein à l’investissement
La Norvège est l’un des rares pays européens à maintenir un impôt sur la fortune, un mécanisme fiscal instauré à la fin du XIXe siècle. Pour une personne seule, ce prélèvement s’applique dès que le patrimoine net dépasse 1,9 million de couronnes norvégiennes (172 000 euros). Au-delà de ce seuil, le taux est de 1 %, avant de passer à 1,1 % pour les patrimoines supérieurs à 21,5 millions de couronnes.
Selon l’OCDE, cet impôt, bien qu’ayant un effet redistributif considérable, pourrait décourager les investissements, en particulier dans les petites entreprises ou les sociétés familiales. « Bien qu’ils aient un effet redistributif considérable, les impôts sur la fortune nette pourraient décourager l’investissement, en particulier dans les petites entreprises ou les entreprises familiales, car la taxation du capital peut entraîner des rendements sur investissement négatifs après impôt », souligne l’organisation dans son rapport.
L’OCDE prône une réforme fiscale globale pour moderniser le système
Dans ses recommandations, l’OCDE insiste sur la nécessité de réduire l’impôt sur la fortune au profit d’une fiscalité plus marquée sur l’immobilier et les successions. « L’impôt sur la fortune nette devrait être réduit au profit d’une imposition plus forte des biens immobiliers et des successions », indique l’organisation. Aujourd’hui, le logement principal est faiblement taxé en Norvège, et l’impôt sur les héritages a été supprimé en 2014, une décision que l’OCDE juge désormais à revoir.
Cette réforme s’inscrit dans un contexte où le gouvernement norvégien, dirigé par des travaillistes minoritaires au Parlement, doit présenter une nouvelle politique fiscale d’ici 2027. Le sujet reste cependant sensible, car l’impôt sur la fortune divise profondément la classe politique : la gauche y voit un outil de justice sociale, tandis que la droite plaide pour son abolition ou sa réduction, arguant qu’il fait fuir les entrepreneurs et freine l’innovation.
La dépendance au fonds souverain norvégien sous surveillance
Alors que la Norvège affiche l’une des économies les plus prospères et égalitaires au monde, l’OCDE met en garde contre sa dépendance croissante à son fonds souverain. Alimenté par les revenus pétroliers et gaziers de l’État, ce fonds, investi massivement sur les marchés financiers, pèse désormais près de 22 000 milliards de couronnes norvégiennes (1 990 milliards d’euros).
Les prélèvements opérés dans ce fonds représentent désormais 27 % des dépenses publiques, contre seulement 3 % en 2001. Face aux risques de turbulences boursières, l’OCDE recommande à la Norvège d’adopter un plan structurel de dépenses à moyen terme. « Une diminution durable de la valeur du fonds pourrait poser des problèmes considérables pour la politique budgétaire », estime l’organisation, qui souligne la nécessité de diversifier les sources de revenus de l’État.
Quoi qu’il en soit, cette recommandation de l’OCDE s’ajoute à une série de pressions internationales sur les pays nordiques pour moderniser leurs systèmes fiscaux, alors que les enjeux de compétitivité et d’équité redistributive deviennent de plus en plus prégnants.
Selon l’OCDE, cet impôt décourage l’investissement dans les petites entreprises et les sociétés familiales, car il peut générer des rendements négatifs après imposition. L’organisation estime que son effet redistributif, bien que réel, est contrebalancé par son impact négatif sur la croissance économique et l’innovation.
En Europe, la Norvège, la Suisse, l’Espagne et la France (jusqu’à sa suppression progressive entre 2018 et 2020) sont parmi les rares pays à avoir maintenu ce type de prélèvement. La plupart des autres États européens ont aboli cet impôt, jugé trop complexe à administrer et défavorable à l’attractivité économique.