Depuis leur retour au pouvoir en août 2021, les talibans ont renforcé les restrictions à l'égard des femmes en Afghanistan, entraînant une précarité économique accrue et une hausse des mariages d'enfants. Selon Libération, un décret récent a officiellement légalisé cette pratique, aggravant une tendance déjà observable.
Ce qu'il faut retenir
- Les mariages précoces ont fortement augmenté en Afghanistan depuis 2021, en raison de la pauvreté et des restrictions imposées aux femmes.
- Un décret taliban a récemment officialisé cette pratique, malgré les critiques internationales.
- L'interdiction pour les femmes d'étudier ou de travailler aggrave leur vulnérabilité économique.
Un contexte économique et politique dégradé
L'Afghanistan traverse une crise économique sans précédent depuis la prise de pouvoir des talibans. Selon les Nations unies, près de 90 % de la population vit sous le seuil de pauvreté, et les femmes sont particulièrement touchées par ces difficultés. Libération souligne que l'interdiction d'accès à l'éducation et à l'emploi pour les Afghanes a plongé des milliers de familles dans une précarité extrême, les poussant à recourir aux mariages précoces comme solution de dernier recours.
Un rapport de l'UNICEF publié en 2025 indiquait que plus de 28 % des filles en Afghanistan étaient mariées avant l'âge de 18 ans, un chiffre en hausse constante depuis 2021. Les familles, souvent sans revenus stables, voient dans ces unions une façon de réduire leurs charges financières, voire de percevoir une dot.
Un décret controversé
Le gouvernement taliban a officiellement encadré cette pratique en adoptant un décret en mai 2026, légalisant ainsi les mariages précoces sous certaines conditions. Libération précise que ce texte stipule que les unions peuvent être contractées dès l'âge de 15 ans pour les filles, contre 16 ans auparavant. Les autorités justifient cette mesure par la nécessité de « préserver la stabilité sociale » et de « respecter les traditions afghanes ».
Les organisations de défense des droits humains, comme Human Rights Watch, dénoncent une « instrumentalisation des lois religieuses » pour justifier cette régression. « Ce décret est une violation flagrante des droits des enfants et des femmes », a déclaré Ferede Aklilu, responsable de la section afghane de l'organisation. « Il s'agit d'une tentative cynique de normaliser l'exploitation des plus vulnérables. »
Des conséquences humanitaires dramatiques
Les mariages précoces exposent les jeunes filles à des risques sanitaires et sociaux majeurs. Selon l'OMS, les grossesses précoces comptent parmi les principales causes de mortalité maternelle en Afghanistan. Les complications liées à l'accouchement représentent la première cause de décès chez les adolescentes de 15 à 19 ans dans le pays.
Les ONG locales rapportent également une augmentation des violences conjugales et des mariages forcés, les familles n'hésitant plus à marier leurs filles dès la puberté pour éviter de subvenir à leurs besoins. « On observe une hausse des cas de filles vendues à des hommes plus âgés, souvent dans des régions rurales où la loi est moins contrôlée », explique Zahra Karimi, coordinatrice d'une association de défense des droits des femmes à Kaboul.
Pour les organisations locales, la priorité reste la protection des filles déjà mariées de force. « Il faut des programmes d'urgence pour leur offrir un soutien psychologique et juridique », plaide Karimi. « Sans cela, des générations entières d'Afghanes seront sacrifiées sur l'autel d'une idéologie rétrograde. »
Les talibans justifient ce décret par la nécessité de « préserver la stabilité sociale » et de « respecter les traditions afghanes ». Cependant, les observateurs y voient une tentative de normaliser l'exploitation des femmes dans un contexte de crise économique aiguë.