Le ministre russe des Affaires étrangères, Sergueï Lavrov, a effectué une visite officielle à Niamey cette semaine pour consolider les liens entre Moscou et les régimes militaires du Niger, du Mali et du Burkina Faso. Lors d’un sommet restreint avec l’Alliance des États du Sahel (AES), le chef de la diplomatie russe a réaffirmé l’engagement de Moscou à soutenir ces juntes dans les domaines militaire, politique et économique. Ces discussions, rapportées par Le Monde, interviennent dans un contexte de tensions croissantes entre les juntes sahéliennes et les puissances occidentales, notamment la France et les États-Unis.

Ce qu’il faut retenir

  • Sergueï Lavrov s’est entretenu avec les dirigeants de l’Alliance des États du Sahel (Mali, Niger, Burkina Faso) lors d’une visite à Niamey.
  • Les parties ont convenu de poursuivre une coopération renforcée dans les domaines politique, diplomatique, sécuritaire, économique et social.
  • La Russie réaffirme son soutien aux juntes militaires, dans un contexte de distancing vis-à-vis des partenaires traditionnels occidentaux.
  • Cette visite s’inscrit dans une stratégie russe d’influence accrue en Afrique, après le retrait des forces françaises du Sahel.
  • Les discussions ont porté sur des partenariats militaires et économiques, sans préciser de calendriers concrets.

Une alliance renforcée dans un Sahel en mutation

La rencontre entre Sergueï Lavrov et les chefs d’État de l’AES marque une étape supplémentaire dans l’ancrage de la Russie au Sahel, où les juntes au pouvoir depuis 2020 (Mali), 2022 (Burkina Faso) et 2023 (Niger) ont rompu avec Paris et Washington. Selon Le Monde, les échanges ont permis d’aborder « leur coopération dans les domaines politique, diplomatique, sécuritaire, économique et social ». Autant dire que Moscou compte désormais parmi les principaux alliés des nouvelles autorités régionales, aux côtés de l’Iran et de la Turquie.

Ces discussions surviennent après le retrait des troupes françaises du Niger en décembre 2023, suivi par celui du Mali et du Burkina Faso en 2024. Les juntes ont justifié ces ruptures par le refus des anciennes puissances coloniales de soutenir militairement leurs régimes, alors que les groupes jihadistes gagnent du terrain dans la région. « La sécurité ne peut plus dépendre des anciens partenaires », a rappelé le général Abdourahamane Tchiani, président du Conseil national pour la sauvegarde de la patrie (CNSP) du Niger, lors de son échange avec Lavrov.

Moscou mise sur le soutien militaire et les échanges économiques

Le soutien russe aux juntes du Sahel prend plusieurs formes. D’une part, Moscou fournit un appui logistique et technique aux armées locales, comme en témoignent les livraisons d’armements et l’envoi de conseillers militaires. D’autre part, la Russie cherche à développer des partenariats économiques, notamment dans les secteurs minier et énergétique, où elle a déjà signé des contrats avec Bamako et Ouagadougou. Selon des sources diplomatiques citées par Le Monde, ces accords pourraient inclure des investissements dans l’exploitation de l’uranium, du pétrole et de l’or, ressources stratégiques pour les économies sahéliennes.

Cette stratégie s’inscrit dans le cadre plus large de la politique africaine de la Russie, qui mise sur le continent pour étendre son influence face à l’Occident. Depuis 2022, Moscou a multiplié les visites de haut niveau en Afrique subsaharienne, signant des accords militaires avec plusieurs pays, dont la Centrafrique, le Soudan et l’Éthiopie. « Nous ne cherchons pas à remplacer qui que ce soit, mais à offrir une alternative », a déclaré Sergueï Lavrov lors d’une conférence de presse à Niamey. « Les pays africains sont libres de choisir leurs partenaires. »

Et maintenant ?

Plusieurs questions restent en suspens après cette visite. D’abord, la forme que prendra concrètement le soutien militaire russe aux juntes sahéliennes, alors que Moscou est déjà engagé sur plusieurs fronts en Ukraine et au Moyen-Orient. Ensuite, l’impact de ces alliances sur les relations futures entre le Sahel et les puissances occidentales, notamment l’Union européenne, qui finance en partie les forces locales via des missions comme Takuba. Enfin, la stabilité politique des régimes militaires, alors que les populations sahéliennes expriment une lassitude croissante face aux coups d’État répétés. Une prochaine réunion des pays de l’AES est attendue d’ici la fin de l’année 2026 pour faire le point sur ces partenariats.

Cette visite de Lavrov à Niamey illustre ainsi une recomposition géopolitique majeure au Sahel, où les juntes semblent privilégier des alliances avec des acteurs perçus comme moins interventionnistes que les anciennes puissances coloniales. Reste à savoir si cette stratégie permettra aux pays de l’AES de stabiliser leur situation sécuritaire et économique à moyen terme.

Selon les informations disponibles, Moscou fournit un appui militaire sous forme de livraisons d’armements, d’envoi de conseillers et de formation des forces locales. Sur le plan économique, la Russie cherche à développer des partenariats dans les secteurs minier, énergétique et agricole, comme en témoignent les accords signés avec le Mali et le Burkina Faso ces dernières années.