L’envolée des cours de l’or, qui a atteint un pic historique à plus de 4 500 euros l’once fin janvier 2026 avant de se stabiliser autour de 4 000 euros en mai, pousse de nombreux Français à redécouvrir des trésors familiaux oubliés dans des coffres ou des tiroirs. Lingots transmis par héritage, pièces de collection ou bijoux en or : ces actifs, parfois achetés il y a plusieurs décennies, valent désormais plusieurs dizaines de milliers d’euros. Pourtant, leur liquidation ou leur transmission soulève des questions fiscales complexes, comme le détaille Capital.

Ce qu'il faut retenir

  • Pas de déclaration annuelle pour l’or détenu en France, contrairement aux placements financiers classiques.
  • Deux régimes fiscaux coexistent à la vente : la taxe forfaitaire à 11,5 % (par défaut) ou le régime de la plus-value à 37,6 % (avec abattement de 5 % par an dès la troisième année, exonération totale après 22 ans).
  • Sans facture nominative, l’héritier d’un lingot est automatiquement soumis à la taxe forfaitaire, même après des décennies de détention.
  • À la succession, la plus-value accumulée du vivant du défunt est purgée : les héritiers ne paient des droits de succession que sur la valeur au jour du décès, et non sur le gain réalisé par le défunt.
  • Les bijoux et pièces antérieures à 1800 bénéficient d’un régime spécifique : taxe forfaitaire réduite à 6,5 % et exonération en dessous de 5 000 euros de vente.

Une fiscalité discrète, mais aux règles strictes

Contrairement aux placements financiers – dividendes, intérêts ou loyers –, l’or physique ne génère aucun revenu imposable. Tant qu’il reste dans un coffre ou un placard, il échappe à toute imposition annuelle. « Il n’y a pas de déclaration annuelle, comme c’est le cas pour les placements financiers, c’est uniquement une déclaration, une seule, à la vente », explique Étienne Brois, consultant en ingénierie patrimoniale et auteur de Protéger son épargne avec l’or et l’argent, paru fin mai 2026. Cette discrétion fiscale s’étend même à l’impôt sur la fortune immobilière (IFI), dont l’or est exclu depuis 2018, et à la TVA, dont l’achat est exonéré depuis 2000.

Pourtant, cette simplicité apparente cache une fiscalité spécifique au moment de la vente. Deux régimes s’appliquent selon le type d’or détenu. D’un côté, la taxe forfaitaire sur les métaux précieux (TMP) à 11,5 % s’applique sur le montant total de la vente, dès le premier euro, sans condition de durée. De l’autre, le vendeur peut opter pour le régime de la plus-value, taxée à 37,6 % en 2026 – un taux majoré par la hausse de la CSG à 10,6 %, intégrée dans la loi de financement de la Sécurité sociale.

L’importance cruciale de la durée de détention et des justificatifs

Le choix du régime fiscal dépend de deux critères : la durée de détention et la possession ou non d’une facture nominative. Dans le cas le plus fréquent en France – un lingot hérité sans facture, acheté dans les années 1970 ou 1980 par un ascendant –, l’héritier n’a d’autre choix que de se soumettre à la TMP. Par exemple, sur une vente à 100 000 euros, la taxe s’élève à 11 500 euros, ne laissant que 88 500 euros nets au vendeur. « Le cas le plus fréquent reste celui du lingot glissé dans la succession d’une grand-mère qui l’avait acheté sans conserver le bon », précise Étienne Brois.

À l’inverse, si l’héritier dispose d’une facture nominative prouvant l’achat initial, il peut opter pour le régime de la plus-value. Avec un abattement de 5 % par an à partir de la troisième année, la plus-value devient nulle après 22 ans de détention. Sur un lingot acheté 8 000 euros il y a 30 ans et revendu 120 000 euros, aucune imposition ne s’applique. Un avantage non négligeable, d’autant que les bijoux et pièces antérieures à 1800, comme les pièces de collection type Napoléon, bénéficient d’un régime encore plus avantageux : une taxe forfaitaire réduite à 6,5 %, assortie d’une exonération si le montant de la vente est inférieur à 5 000 euros.

La transmission par héritage : un mécanisme méconnu qui change tout

Le moment de la succession introduit une particularité majeure : la plus-value accumulée du vivant du défunt est automatiquement « purgée ». Autrement dit, les héritiers n’ont pas à payer d’impôt sur le gain réalisé par le défunt pendant qu’il détenait l’or. « Vos enfants héritent de ce montant-là et il y a une purge de la plus-value », confirme Étienne Brois. Concrètement, si une grand-mère avait acheté un lingot pour l’équivalent de 8 000 euros il y a 40 ans et qu’il vaut 120 000 euros à son décès, les héritiers ne paieront des droits de succession que sur ces 120 000 euros, et non sur les 112 000 euros de plus-value.

Mieux encore, les droits de succession acquittés peuvent être ajoutés au prix d’acquisition pour réduire une éventuelle plus-value future si les héritiers décident de revendre. Une souplesse qui contraste avec la rigidité d’autres placements comme le plan d’épargne retraite (PER), dont les fonds sont bloqués jusqu’à la retraite, sauf exceptions (invalidité, décès du conjoint, etc.). « Par nature, il faut attendre la retraite » pour un PER, rappelle Étienne Brois. L’or, lui, peut être liquidé en deux à trois jours via un professionnel agréé, qui prélève la taxe à la source et crédite le compte bancaire du vendeur sans démarche supplémentaire.

Or physique vs placements financiers : des avantages comparatifs

L’or présente plusieurs atouts face aux placements traditionnels. Son achat est exonéré de TVA, et sa détention ne génère aucun revenu imposable. Surtout, il échappe à l’IFI depuis 2018, contrairement à l’immobilier ou à certains actifs financiers. « L’or physique n’entre pas dans l’assiette de l’impôt sur la fortune immobilière », souligne le consultant. En revanche, sa liquidation immédiate est un avantage, mais aussi une limite : il ne produit aucun revenu régulier, contrairement à un dividende ou à un loyer.

Pour les héritiers, la transmission d’or présente donc un double intérêt. D’abord, elle évite une imposition sur la plus-value accumulée par le défunt. Ensuite, elle permet de bénéficier d’abattements successoraux classiques (100 000 euros par enfant tous les quinze ans en ligne directe), réduisant ainsi l’impact des droits de succession. « Les droits de succession sont calculés sur la valeur au jour du décès, pas sur le prix d’achat initial », rappelle Étienne Brois.

Et maintenant ?

Les règles fiscales encadrant l’or pourraient évoluer dans les années à venir, notamment sous la pression des besoins de recettes publiques. Les seuils d’exonération ou les taux d’imposition pourraient être révisés, d’autant que le cours de l’or reste volatil. Les détenteurs de lingots ou de pièces devraient donc surveiller les prochaines annonces budgétaires, prévues généralement en automne. Par ailleurs, la digitalisation des transactions – via des plateformes de rachat en ligne – pourrait simplifier les démarches, mais aussi faciliter les contrôles fiscaux. Autant dire que la prudence reste de mise avant toute vente ou transmission.

Quant aux héritiers, ils ont tout intérêt à vérifier l’existence de factures ou de documents prouvant l’origine de leur or. Sans justificatif, le régime de la plus-value leur sera inaccessible, et ils devront s’acquitter de la taxe forfaitaire, même après des décennies de détention. Une raison de plus pour organiser soigneusement ses archives patrimoniales.

En cas de non-déclaration, l’administration fiscale peut réclamer le paiement de la taxe forfaitaire de 11,5 % sur le montant total de la vente, assortie de pénalités pour fraude ou omission. Les héritiers s’exposent à un redressement fiscal pouvant atteindre plusieurs milliers d’euros, selon le montant de la transaction. Il est donc impératif de conserver tous les documents relatifs à la succession et à la détention de l’or.

Non. La transformation d’un lingot en pièces ne change pas son régime fiscal, sauf si ces pièces sont considérées comme des pièces de collection antérieures à 1800. Dans ce cas, elles relèvent d’un régime spécifique (taxe forfaitaire à 6,5 % et exonération en dessous de 5 000 euros). Pour les autres pièces, le régime de la plus-value ou de la taxe forfaitaire à 11,5 % s’applique selon la durée de détention et la possession d’une facture.