Depuis le 24 octobre 2024, les Plans d’épargne retraite (PER) ouverts en gestion pilotée doivent inclure une part minimale d’actifs non cotés, une obligation introduite par la loi Industrie verte. Selon Capital, cette règle s’applique progressivement selon l’horizon de retraite : un profil dynamique à plus de vingt ans de la liquidation se voit ainsi attribuer une allocation cible de 12 % d’actifs non cotés, la part la plus élevée du dispositif.

Ce qu'il faut retenir

  • Les PER en gestion pilotée intègrent désormais une part minimale de 12 % d’actifs non cotés pour les profils dynamiques à plus de vingt ans de la retraite.
  • Cette obligation, entrée en vigueur le 24 octobre 2024, s’applique aux nouveaux contrats et adhésions, mais pas aux contrats antérieurs.
  • Les profils prudent et équilibré sont concernés par des seuils moindres, respectivement 6 % et 8 % à vingt ans de l’échéance.
  • Les PER collectifs et obligatoires seront soumis à cette règle à compter du 30 juin 2026.
  • Le capital-investissement français affiche un taux de rendement interne (TRI) net annualisé de 12,4 % sur dix ans à fin 2024, selon France Invest / EY.

Une règle progressive liée à l’horizon de retraite

Les seuils d’allocation en actifs non cotés varient selon le profil de l’épargnant et son éloignement de la liquidation. Capital détaille ces mécanismes : un profil prudent se voit attribuer un minimum de 6 % d’actifs non cotés à plus de vingt ans de la retraite, contre 2 % entre dix et cinq ans avant l’échéance. Pour les profils équilibrés, la part minimale démarre à 8 % avant de redescendre à 3 % à cinq ans de la liquidation. Quant aux profils dynamiques, ils doivent composer avec un seuil maximal de 12 % à vingt ans de la retraite, avec une décroissance progressive ensuite.

Cette logique s’explique par la volonté des pouvoirs publics d’inciter les jeunes actifs à s’exposer davantage aux actifs non cotés, jugés plus rémunérateurs sur le long terme. Ariane Doutey, directrice commerciale et marketing d’Entrepreneur Invest et membre du comité exécutif, souligne que « plus l’horizon est long, plus le quota grimpe, au nom de la prime d’illiquidité censée mieux rémunérer l’épargne longue ».

Un dispositif qui cible particulièrement les jeunes actifs

Le PER connaît une croissance soutenue : selon les derniers chiffres publiés par France Assureurs et la Direction générale du Trésor à fin février 2026, le dispositif compte 12,7 millions de titulaires pour un encours total de 141 milliards d’euros. Les jeunes actifs, et notamment les moins de 35 ans, représentent une cible privilégiée. D’après le baromètre Bpifrance/France Invest de 2025, plus de la moitié des moins de 35 ans envisagent de souscrire un PER, tandis que 81 % des moins de 40 ans affichent une opinion favorable envers les actifs non cotés. Parmi eux, 23 % ont déjà investi dans cette classe d’actifs, et près de la moitié se déclare prête à souscrire un produit dédié.

Derrière l’appellation « non coté » se cache une diversité d’investissements, allant des grandes entreprises familiales comme le groupe Mulliez aux jeunes start-up en phase de croissance. Ariane Doutey précise que « vous y trouverez aussi bien de très grandes entreprises familiales que la petite start-up qui n’a encore rien prouvé ». Quatre grandes familles composent cet univers : le capital-investissement (private equity), la dette privée, les infrastructures et l’immobilier non coté. La loi Industrie verte ajoute une dimension verte et industrielle, avec un fléchage vers les PME et les entreprises engagées dans la décarbonation.

Un pari sur la prime d’illiquidité

Le mécanisme repose sur la théorie de la prime d’illiquidité, qui compense la durée d’engagement du capital sans possibilité d’arbitrage. Comme l’explique Ariane Doutey, « en contrepartie de cette illiquidité, on a normalement la prime d’illiquidité, qui est l’arbitrage naturel du marché et qui explique que le non-coté est systématiquement plus rentable en moyenne ». Les données compilées par France Invest et EY confirment cette tendance : le capital-investissement français affiche un TRI net annualisé de 12,4 % sur dix ans à fin 2024, bien que les performances varient fortement entre les fonds. Cette cohérence avec un horizon retraite de plusieurs décennies plaide en faveur du dispositif, à condition d’accepter ses contreparties.

Cependant, certains gestionnaires intègrent des actifs non cotés via des véhicules eux-mêmes liquides, comme des unités de compte. Ariane Doutey met en garde : « Il peut y avoir une incompréhension entre la liquidité du fonds et la liquidité du contrat ». Pour un jeune actif ouvrant un PER, trois réflexes s’imposent : vérifier le mode de gestion choisi, demander la liste détaillée des supports non cotés (FCPR, FPCI, ELTIF, evergreen) et anticiper que leur valeur liquidative ne sera publiée qu’à fréquence trimestrielle ou semestrielle, et non quotidienne.

Des seuils fixés par arrêté et modulables

Les seuils d’allocation en actifs non cotés sont définis par arrêté ministériel et peuvent être modifiés par voie réglementaire. Selon Capital, cette flexibilité permet d’adapter le dispositif aux évolutions du marché et aux objectifs de politique publique. Les performances passées du capital-investissement ne garantissent en rien les rendements futurs, et les actifs non cotés présentent des risques de perte en capital et d’illiquidité supérieurs à ceux des supports cotés. Pour toute situation patrimoniale spécifique, les experts recommandent de consulter un conseiller en gestion de patrimoine.

Et maintenant ?

À compter du 30 juin 2026, les PER collectifs et obligatoires seront également soumis à l’obligation d’inclure des actifs non cotés dans leur gestion pilotée. Cette échéance marque une nouvelle étape dans la généralisation du dispositif, qui pourrait encore évoluer sous l’effet des ajustements réglementaires ou des performances du marché. Les épargnants, et particulièrement les jeunes actifs, sont donc invités à se familiariser avec ces nouvelles règles pour optimiser leur stratégie d’épargne retraite.

Quels sont les risques à anticiper avec les actifs non cotés ?

Les actifs non cotés, bien que potentiellement plus rémunérateurs, comportent des risques spécifiques. Leur illiquidité impose un engagement de plusieurs années sans possibilité de retrait anticipé, ce qui peut être problématique en cas de besoin de liquidités imprévu. Par ailleurs, leur valorisation n’est pas quotidienne, mais trimestrielle ou semestrielle, ce qui limite la transparence et la réactivité des investisseurs. Enfin, la dispersion des performances entre les fonds est significative : si certains affichent des rendements attractifs, d’autres peuvent sous-performer, voire enregistrer des pertes. Une diversification prudente et un accompagnement par un professionnel restent donc essentiels.

Non, la loi Industrie verte ne s’applique qu’aux nouveaux contrats et aux adhésions postérieures au 24 octobre 2024. Les PER existants avant cette date ne sont pas modifiés rétroactivement, et la gestion libre reste exclue de cette obligation.