« Il faut qu’on arrive à une interdiction du produit. » Cette déclaration de Florian Hemme, adjoint PS chargé de la sécurité à la mairie de Tours, résume l’urgence que représentent désormais la consommation et le trafic de protoxyde d’azote en France. Selon Franceinfo - Santé, les communes multiplient les arrêtés municipaux pour tenter de réguler un phénomène qui, en quelques années, est devenu un véritable enjeu de santé publique et de sécurité.
Ce qu’il faut retenir
- 350 interventions réalisées en un an par la police municipale de Tours liées au protoxyde d’azote, un gaz initialement utilisé en restauration mais détourné pour ses effets euphorisants.
- Une amende de 150 euros appliquée par la ville de Tours pour détention ou usage de ce produit.
- Triplement des signalements d’intoxication au protoxyde d’azote en France depuis 2020.
- Une loi en préparation qui pourrait punir d’emprisonnement la consommation ou la conduite sous l’emprise de ce gaz dans les prochains mois.
- Des élus locaux réclament un classement du protoxyde d’azote comme stupéfiant pour renforcer les outils juridiques contre son usage.
Tours, pionnière dans la lutte contre le protoxyde d’azote
Depuis l’été 2025, la ville de Tours a pris les devants en instaurant un arrêté municipal interdisant la consommation, la détention et, dans certains cas, la vente de protoxyde d’azote. Ce gaz, autrefois réservé aux professionnels de la restauration, est désormais massivement détourné par les jeunes pour ses effets euphorisants. « C’est un produit dont le trafic et la consommation rivalisent avec ceux de certains stupéfiants », a expliqué un policier de Tours à Franceinfo - Santé.
En l’espace d’un an, les forces de l’ordre locales ont mené 350 interventions en lien avec ce produit. Malgré les risques sanitaires – « on dit qu’on va tenir, mais après, ça nous shoote, ça nous éteint directement » –, les jeunes consommateurs restent nombreux. L’efficacité des arrêtés municipaux est limitée, faute de moyens de contrôle suffisants. « Quand il ne se passe jamais rien, les consommateurs de quoi ont-ils à avoir peur ? Rien », reconnaît un policier, soulignant l’insuffisance des sanctions actuelles.
Un phénomène qui dépasse le cadre municipal
Face à l’ampleur du phénomène, d’autres villes emboîtent le pas à Tours. En l’absence d’une réglementation nationale stricte, les municipalités tentent de combler le vide juridique par des mesures locales. Cependant, l’efficacité de ces arrêtés reste inégale. À Tours, Nassim Mamouni, un riverain qui collecte les bonbonnes usagées pour les recycler, constate l’augmentation constante des déchets liés au protoxyde d’azote. « Par jour, j’en trouve une quinzaine », précise-t-il. Les lieux de consommation, souvent discrets, échappent fréquemment aux patrouilles policières.
Les riverains, comme Nassim Mamouni, alertent sur l’ampleur du problème. Les bonbonnes vides, abandonnées dans les espaces publics, témoignent d’une consommation massive et incontrôlée. Les associations locales appellent à une réponse nationale, arguant que les mesures locales ne suffisent pas à endiguer le phénomène.
Vers une classification du protoxyde d’azote comme stupéfiant ?
Alors que les signalements d’intoxication au protoxyde d’azote ont plus que triplé depuis 2020, les autorités sanitaires tirent la sonnette d’alarme. Florian Hemme, adjoint PS à la sécurité à Tours, insiste sur la nécessité d’une classification nationale du produit. « Il nous manque encore des outils pour agir. Au niveau national, il faut qu’on arrive à une classification du produit, à une interdiction qui permette d’aller au-delà de l’arrêté municipal », a-t-il déclaré à Franceinfo - Santé.
Une loi en préparation pourrait prochainement durcir les sanctions. Dans les prochains mois, la consommation ou la conduite sous l’emprise du protoxyde d’azote pourraient être punies d’emprisonnement. Certains élus, comme Florian Hemme, réclament même un classement du gaz parmi les stupéfiants, une mesure qui renforcerait considérablement les moyens de lutte contre son trafic et sa consommation. « Il nous faut des outils juridiques adaptés pour agir efficacement », a-t-il ajouté.
« Le protoxyde d’azote pose une évidente question de santé publique. Depuis 2020, les signalements d’intoxication ont plus que triplé en France. »
Florian Hemme, adjoint PS chargé de la sécurité à la mairie de Tours
Des mesures locales insuffisantes face à un phénomène national
Malgré les efforts des municipalités, la lutte contre le protoxyde d’azote se heurte à plusieurs obstacles. D’abord, l’absence de cadre légal national uniforme limite l’impact des arrêtés municipaux. Ensuite, le produit reste facilement accessible, notamment via des sites internet ou des revendeurs peu scrupuleux. Enfin, la consommation se déplace souvent vers des lieux discrets, échappant aux contrôles policiers.
Les associations de santé publique appellent à une mobilisation collective. « Les mesures locales sont nécessaires, mais insuffisantes. Sans une réglementation nationale forte, le problème continuera de s’aggraver », estime un responsable associatif interrogé par Franceinfo - Santé. Les élus locaux, quant à eux, espèrent que la future loi permettra de renforcer la répression et de mieux protéger les jeunes consommateurs.
En conclusion, le protoxyde d’azote représente désormais un défi majeur pour les autorités locales et nationales. Entre mesures municipales, projets de loi et enjeux de santé publique, la lutte contre ce gaz détourné promet de rester au cœur des débats dans les mois à venir. Une chose est sûre : l’inaction n’est plus une option.
Le protoxyde d’azote, lorsqu’il est inhalé, provoque une euphorie passagère suivie d’une dépression du système nerveux central. À haute dose ou en cas d’usage répété, il peut entraîner des troubles neurologiques, des carences en vitamine B12, des accidents cardiovasculaires, voire des décès par asphyxie. Les intoxications aiguës se manifestent par des vertiges, des nausées ou des pertes de connaissance.