Les perspectives du système de retraites en France s’assombrissent selon le dernier rapport du Conseil d’orientation des retraites (Cor). D’après BFM Business, l’institution anticipe désormais un déficit structurel de 2,4 % du PIB en 2070, contre 1,4 % dans ses projections de l’an dernier. Cette révision s’explique principalement par une natalité plus faible que prévu, un vieillissement démographique accéléré et des dépenses en hausse. À titre de comparaison, le déficit devrait rester contenu à 0,2 % du PIB en 2030 et 0,9 % en 2045, des niveaux jugés maîtrisables à moyen terme.

Ce qu'il faut retenir

  • Déficit en 2070 : 2,4 % du PIB contre 1,4 % précédemment, selon le projet de rapport du Cor révélé par BFM Business.
  • Âge légal de départ : 67,6 ans en 2070 pour équilibrer le système, contre 64,4 ans en 2030 et 65,8 ans en 2045.
  • Hypothèse de fécondité abaissée à 1,45 enfant par femme (contre 1,8 précédemment), reflétant la baisse de la natalité en France.
  • Dépenses de retraites en hausse : elles devraient représenter 14,2 % du PIB en 2070, contre 13,9 % en 2024.
  • Ressources en légère baisse : elles passeraient de 13,9 % à 12,8 % du PIB sur la même période.
  • Solde migratoire révisé à la hausse : +150 000 personnes par an (contre +70 000), limitant l’impact du vieillissement.

Un déséquilibre structurel aggravé par la démographie

Le Cor justifie cette dégradation par plusieurs facteurs structurels. La baisse de la natalité est le premier élément : l’indice de fécondité en France est tombé à 1,56 enfant par femme en 2025, son niveau le plus bas depuis 1918. Cette tendance, couplée à une espérance de vie légèrement moins dynamique que prévu, alourdit le poids des dépenses sociales. « Il convient toutefois de rester prudent dans l’analyse de ces perspectives de long terme, les évolutions de la natalité au-delà de 20 ans demeurant difficiles à anticiper de façon robuste », souligne le rapport. Autant dire que les hypothèses de calcul, bien que revues, restent soumises à des aléas importants.

Autre paramètre clé : les règles de revalorisation des retraites complémentaires, désormais jugées « plus favorables » par les partenaires sociaux gérant l’Agirc-Arrco à partir de 2038. Ces ajustements, bien que nécessaires pour préserver le pouvoir d’achat des retraités, pèsent mécaniquement sur l’équilibre financier du système. Les dépenses de retraites, déjà estimées à 13,9 % du PIB en 2024, devraient atteindre 14,2 % en 2070, tandis que les recettes, elles, diminueraient légèrement (de 13,9 % à 12,8 % du PIB).

L’âge de départ, levier principal pour rétablir l’équilibre

Face à ce constat, le Cor mise sur le seul levier de l’âge de départ pour éviter un déficit chronique. Selon ses projections, l’équilibre annuel du système jusqu’en 2070 pourrait être assuré en portant l’âge moyen de départ à 64,4 ans en 2030, 65,8 ans en 2045 et 67,6 ans en 2070. Ces chiffres représentent une hausse respective de 0,3 an, 1,2 an et 3 ans par rapport à la tendance naturelle sans réforme. « Dans le scénario de référence, l’équilibre structurel annuel du système de retraites jusqu’en 2070 pourrait être assuré par le seul levier de l’âge de départ à la retraite », peut-on lire dans le rapport de 260 pages.

Cette option n’est pas nouvelle, mais elle prend une dimension plus concrète avec l’élection présidentielle de 2027 en ligne de mire. Les décideurs politiques devront arbitrer entre justice sociale et viabilité économique, d’autant que les jeunes générations expriment des doutes quant à la pérennité du système. Le rapport rappelle à ce titre : « Il est important de le rappeler, notamment dans un contexte où les plus jeunes expriment des doutes quant à la capacité du système à leur garantir une pension à l’avenir ».

Des facteurs atténuants à moyen terme

Malgré ces perspectives long terme, le Cor tempère son diagnostic en soulignant des éléments qui limitent la dégradation du déficit à moyen terme. Le doublement du solde migratoire, passé de +70 000 à +150 000 personnes par an, joue un rôle clé en compensant partiellement le vieillissement. Par ailleurs, une espérance de vie en progression moins rapide que prévu réduit mécaniquement le coût des pensions. Ces ajustements permettent de maintenir le déficit à 0,2 % du PIB en 2030 et 0,9 % en 2045, des niveaux jugés gérables sans réforme majeure.

Enfin, la suspension temporaire de la réforme des retraites de 2023, décidée par le gouvernement Lecornu, n’a qu’un impact limité. Son coût, estimé à 1,8 milliard d’euros en année pleine, devrait être absorbé par ces autres facteurs. Le Cor insiste : « Ces chiffres ne corroborent pas l’idée d’une progression des dépenses de retraites qui échapperaient à toute maîtrise ».

Et maintenant ?

Le projet de rapport du Cor sera soumis à l’approbation des membres de l’institution ce 12 juin 2026, avant d’être intégré au débat public en vue de la prochaine élection présidentielle. Si les orientations proposées – notamment le relèvement de l’âge légal – semblent inévitables pour certains experts, leur mise en œuvre politique restera un sujet hautement sensible. Les syndicats et associations de retraités devraient monter au créneau, tandis que le gouvernement devra trouver un équilibre entre équité intergénérationnelle et acceptabilité sociale. Les prochains mois seront décisifs pour trancher : le rapport final, attendu avant la fin de l’année, servira de base aux discussions parlementaires.

En attendant, le débat sur l’avenir des retraites s’annonce intense. Les projections du Cor rappellent une évidence : le système français, fondé sur une solidarité entre générations, devra s’adapter à une réalité démographique moins favorable qu’il y a quelques décennies. Les choix qui seront faits aujourd’hui détermineront le visage des retraites pour les cinquante prochaines années.

Selon le projet de rapport du Conseil d’orientation des retraites (Cor), cette hausse progressive permettrait d’assurer l’équilibre structurel annuel du système jusqu’en 2070. L’âge moyen de départ passerait ainsi de 64,4 ans en 2030 à 67,6 ans en 2070, soit une augmentation de 3 ans par rapport à la tendance naturelle sans réforme. Ce levier est jugé nécessaire pour compenser la baisse des recettes (liée au vieillissement) et la hausse des dépenses (allongement de l’espérance de vie).