Le Conseil d’orientation des retraites (COR) publie ce 11 juin une version quasi définitive de son rapport annuel, qui sera examiné par ses 41 membres. Selon Capital, les nouvelles projections financières du système de retraites s’avèrent bien plus alarmantes que prévu : le déficit pourrait atteindre 2,4 % du PIB en 2070, contre 1,4 % dans les dernières estimations. Cette révision brutale implique que le système devra trouver chaque année plusieurs dizaines de milliards d’euros supplémentaires pour honorer le versement des pensions.
Ce qu'il faut retenir
- Le déficit du système de retraites pourrait atteindre 2,4 % du PIB en 2070, contre 1,4 % dans les précédentes projections, selon le COR.
- En 2025, le système afficherait déjà un déficit de 5,1 milliards d’euros, soit 0,2 % du PIB.
- Les nouvelles hypothèses démographiques, notamment une fécondité revue à la baisse à 1,45 enfant par femme, aggravent les perspectives à long terme.
- La France comptera 5,8 millions de personnes âgées de 65 ans ou plus supplémentaires d’ici 2070, tandis que la population totale devrait culminer vers 2037 avant de décliner.
- Le rapport du COR identifie trois leviers pour équilibrer le système : augmentation des ressources, maîtrise des dépenses et allongement de la durée d’activité.
Des perspectives à court terme moins alarmantes, mais un long terme préoccupant
Le COR estime que la situation financière du système de retraites reste gérable à court terme. Malgré un déficit de 5,1 milliards d’euros en 2025 — soit 0,2 % du PIB —, l’organisme ne prévoit pas de dégradation majeure dans les années à venir. Plusieurs facteurs atténuent l’impact immédiat de cette situation, comme la suspension partielle de mesures issues de la réforme de 2023, évaluée à 1,8 milliard d’euros par an. Par ailleurs, un solde migratoire plus élevé qu’anticipé et une progression ralentie de l’espérance de vie jouent en faveur d’un équilibre temporaire. Pourtant, c’est bien à long terme que les alertes du COR deviennent critiques.
Un vieillissement démographique qui pèse sur l’équilibre du système
Les nouvelles projections du COR s’appuient sur le dernier bilan démographique de l’Insee, publié en début de semaine. Celui-ci révise à la baisse l’hypothèse de fécondité en France, passant de 1,8 enfant par femme à 1,45. Une différence qui peut sembler minime, mais dont les conséquences sont lourdes sur plusieurs décennies. Avec moins de naissances, le nombre de futurs actifs, chargés de financer les retraites, diminue mécaniquement. Dans le même temps, la population vieillit : la France comptera 5,8 millions de personnes âgées de 65 ans ou plus supplémentaires d’ici 2070, tandis que la population totale devrait atteindre un pic vers 2037 avant de commencer à décroître.
Ce déséquilibre démographique fragilise le système par répartition, où les pensions des retraités sont financées par les cotisations des actifs. En 2040, on estime qu’il y aura près de 49 personnes âgées de 65 ans ou plus pour 100 personnes âgées de 20 à 64 ans, contre environ 40 aujourd’hui. Autrement dit, le nombre de cotisants progresse moins vite que celui des retraités, ce qui rend le financement du système de plus en plus difficile.
Quels leviers pour rééquilibrer le système ? Le COR esquisse des pistes
Le rapport du COR ne propose pas de réforme clé en main, mais il met en lumière trois principaux leviers pour améliorer l’équilibre financier du système. Le premier consiste à augmenter les ressources, notamment via les cotisations. Le deuxième vise à contenir les dépenses, par exemple en ajustant les modalités de revalorisation ou de calcul des pensions. Le troisième repose sur l’allongement de la durée d’activité et l’amélioration du taux d’emploi des seniors, un défi régulièrement souligné par les experts.
François Irmann, expert en retraite, a récemment rappelé dans une interview à Capital que « c’est une situation totalement schizophrène : on veut améliorer le taux d’emploi des seniors, mais lorsqu’il y a des restructurations, ce sont souvent eux que l’on pousse vers la sortie ». Pour lui, des dispositifs comme la retraite progressive ou le cumul emploi-retraite pourraient permettre de prolonger l’activité de certains salariés tout en accompagnant leur sortie progressive du marché du travail.
« C’est une situation totalement schizophrène : on veut améliorer le taux d’emploi des seniors, mais lorsqu’il y a des restructurations, ce sont souvent eux que l’on pousse vers la sortie. »
— François Irmann, expert retraite
Financement et emploi : deux débats qui divisent
Le rapport relance également les réflexions sur les différentes sources de financement des retraites. Si le principe de la répartition reste au cœur du système, certains économistes plaident pour une place plus importante de l’épargne retraite afin de compléter les revenus futurs des retraités. D’autres estiment que la réponse doit surtout passer par l’emploi et la croissance. Ces projections alimentent un débat politique déjà vif : tandis que la droite défend généralement la poursuite des réformes engagées, la gauche met davantage l’accent sur la recherche de nouvelles recettes. Une divergence qui illustre la difficulté à trouver un consensus face à un défi désormais autant démographique que financier.
Cette révision des projections du COR intervient alors que le système de retraites est déjà au cœur de tensions récurrentes. Les syndicats et le patronat devraient réagir rapidement à ces nouvelles données, qui pourraient relancer les mobilisations et les débats parlementaires dans les mois à venir. Pour l’heure, une chose est certaine : le vieillissement démographique et ses conséquences financières imposent des choix de plus en plus urgents.
Le système de retraites par répartition fonctionne sur le principe de la solidarité intergénérationnelle. Les cotisations des actifs financent directement les pensions des retraités, contrairement à un système par capitalisation où chaque individu épargne pour sa propre retraite. En France, ce modèle repose sur un équilibre démographique fragile, qui dépend du ratio entre cotisants et retraités.