Un ancien membre des réseaux pédophiles des « groomings gangs » de Rochdale, dans le nord-ouest de l’Angleterre, devrait recouvrer sa liberté ce 10 juillet 2026 sans que les autorités britanniques ne puissent l’expulser du territoire, malgré sa condamnation pour des dizaines de viols sur mineures. Selon Le Figaro, Shabir Ahmed, 73 ans, a été déchu de sa nationalité britannique en 2012 après avoir été condamné à 19 ans de prison pour des agressions sexuelles répétées sur plus de trente fillettes. Sa libération survient dans un contexte de vive émotion au Royaume-Uni, où l’opinion publique et les victimes dénoncent une faille juridique permettant à des criminels condamnés de rester sur le sol britannique.

Ce qu'il faut retenir

  • Shabir Ahmed, 73 ans, condamné en 2012 à 19 ans de prison pour viols sur mineures, sera libéré le 10 juillet 2026.
  • Il a été déchu de sa nationalité britannique en 2012 après sa condamnation, mais conserve la nationalité pakistanaise.
  • Une loi britannique de 1971 interdit son expulsion vers le Pakistan, où il pourrait être jugé.
  • Ahmed était surnommé « Daddy » par ses victimes et a sévi à Rochdale, dans le nord-ouest de l’Angleterre.
  • Son cas relance le débat sur les lacunes de la législation britannique en matière d’immigration et de protection des mineurs.

Un réseau pédophile parmi les plus sordides de Grande-Bretagne

Shabir Ahmed a été condamné en 2012 pour avoir violé et agressé sexuellement au moins trente fillettes sur plusieurs années à Rochdale, une ville du Grand Manchester. Les faits se sont déroulés dans le cadre de l’un des réseaux de « groomings gangs » les plus médiatisés du Royaume-Uni, où des groupes d’hommes organisaient l’exploitation sexuelle de jeunes adolescentes. À l’époque, ses victimes l’avaient surnommé « Daddy », un surnom qui reflétait l’emprise psychologique qu’il exerçait sur elles. Les autorités judiciaires britanniques avaient qualifié ses actes de « parmi les plus odieux » commis dans le pays au cours du dernier quart de siècle.

Ahmed, qui possède une double nationalité britannique et pakistanaise, a vu cette dernière être révoquée en 2012 à la suite de sa condamnation. Pourtant, malgré cette décision, il ne peut être expulsé vers le Pakistan, son pays d’origine. La raison ? Une loi britannique sur l’immigration datant de 1971, toujours en vigueur, qui interdit l’expulsion vers un État où la personne concernée risque la peine de mort. Or, le Pakistan n’extrade pas ses ressortissants accusés de crimes sexuels, rendant toute expulsion impossible.

Une libération légale mais un scandale politique et social

La nouvelle de sa libération prochaine a suscité une vague d’indignation au Royaume-Uni, tant parmi les victimes que dans l’opinion publique. Plusieurs associations de défense des mineurs ont dénoncé une lacune juridique permettant à un criminel aussi dangereux de retrouver sa liberté sans garantie de ne pas récidiver. « C’est une honte absolue que la législation britannique permette à un homme comme Shabir Ahmed de rester sur notre sol », a réagi une porte-parole de la National Society for the Prevention of Cruelty to Children (NSPCC). « Les victimes ont déjà assez souffert. Leur offrir une telle perspective est une nouvelle épreuve pour elles. »

Le cas d’Ahmed s’inscrit dans un débat plus large au Royaume-Uni, où les autorités peinent à trouver des solutions pour expulser les criminels étrangers condamnés, notamment ceux originaires de pays refusant toute coopération judiciaire. Depuis plusieurs années, des voix s’élèvent pour réformer la loi de 1971, sans que le gouvernement n’ait encore pris de mesures concrètes. En 2023, le ministre de l’Intérieur de l’époque, Suella Braverman, avait évoqué la possibilité de modifier cette législation, mais aucune proposition de loi n’a encore été adoptée.

Un débat qui dépasse le cadre judiciaire

Au-delà des questions juridiques, l’affaire Ahmed soulève des enjeux politiques et sociétaux. Depuis les révélations des années 2010 sur les « groomings gangs », qui avaient révélé l’ampleur des réseaux d’exploitation sexuelle dans plusieurs villes britanniques, le sujet reste extrêmement sensible. Les critiques portent notamment sur la gestion des flux migratoires et sur la difficulté à expulser des individus dangereux vers des pays peu coopératifs. En 2022, un rapport parlementaire avait pointé du doigt les « failles » dans la lutte contre ces réseaux, notamment en matière de prévention et de suivi des condamnés après leur libération.

Certains responsables politiques, à l’instar de l’ancien ministre de l’Intérieur, ont appelé à un durcissement des conditions d’attribution de la nationalité britannique. « Si un individu représente une menace pour notre société, il doit être expulsé, quelles que soient les difficultés juridiques », avait affirmé Suella Braverman lors d’un discours en 2023. Pourtant, la complexité des procédures et les contraintes légales limitent fortement les marges de manœuvre des autorités.

Et maintenant ?

La libération de Shabir Ahmed est prévue pour le 10 juillet 2026. D’ici là, les associations de victimes et les autorités locales devraient multiplier les mesures de surveillance pour limiter les risques de récidive. Une réforme de la loi de 1971 sur l’immigration, évoquée à plusieurs reprises depuis 2023, pourrait être examinée au Parlement d’ici la fin de l’année. Si aucune décision n’est prise, le débat sur la protection des mineurs et la gestion des criminels étrangers risque de s’intensifier, notamment à l’approche des prochaines élections générales britanniques.

Pour l’heure, aucune date n’a été fixée pour un éventuel procès au Pakistan, où Ahmed pourrait être jugé pour ses crimes. Les victimes, elles, appellent à une mobilisation continue pour éviter que d’autres cas similaires ne se produisent. « Nous ne pouvons pas laisser des hommes comme lui continuer à vivre libres au Royaume-Uni », a déclaré une victime lors d’un entretien accordé à la presse locale. « La justice doit enfin nous entendre. »

Une loi britannique sur l’immigration datant de 1971 interdit l’expulsion vers un État où la personne concernée risque la peine de mort. Le Pakistan n’extrade pas ses ressortissants accusés de crimes sexuels, rendant toute expulsion impossible.