Jusqu’au 20 septembre, l’Été photographique de Lectoure, dans le Gers, met en lumière le travail de la photographe Aline Bovard Rudaz autour d’un pan méconnu de l’histoire industrielle suisse. Son projet, intitulé « Silence Radium », explore le sort des ouvrières de l’horlogerie qui, entre les années 1920 et 1960, ont manipulé des peintures au radium sans protection adaptée. Selon Libération, cette exposition invite à redécouvrir une tragédie sanitaire longtemps passée sous silence.
Ce qu'il faut retenir
- L’Été photographique de Lectoure présente jusqu’au 20 septembre le travail d’Aline Bovard Rudaz sur les ouvrières de l’horlogerie suisse exposées au radium.
- Ces femmes, employées dans des manufactures horlogères, utilisaient des peintures luminescentes contenant du radium pour peindre les cadrans.
- L’exposition met en avant les conséquences sanitaires de cette exposition prolongée, souvent fatale.
- Le projet s’appuie sur des archives et des témoignages pour restituer une histoire collective oubliée.
Une exposition qui donne la parole aux victimes
La photographe Aline Bovard Rudaz a mené un travail de recherche approfondi pour reconstituer le quotidien de ces ouvrières. « Ces femmes travaillaient dans des conditions extrêmes, souvent sans savoir les risques encourus », a-t-elle expliqué à Libération. Leurs mains, leurs lèvres, voire leurs cheveux étaient contaminés par le radium, un élément radioactif alors considéré comme inoffensif. Bovard Rudaz a compilé des archives photographiques, des articles de presse de l’époque et des témoignages pour donner corps à cette histoire.
L’exposition, qui se tient dans le cadre de l’Été photographique de Lectoure, se distingue par son approche visuelle et documentaire. Les clichés de Bovard Rudaz côtoient des documents d’archives, offrant un regard à la fois esthétique et historique sur ce drame industriel. « On a longtemps minimisé les conséquences de cette exposition, rappelle la photographe. Pourtant, des centaines de femmes en sont mortes, souvent jeunes, de cancers ou de leucémies. »
Le radium, une menace sous-estimée dans l’horlogerie
Entre les deux guerres mondiales, le radium était largement utilisé dans l’industrie horlogère suisse pour ses propriétés luminescentes. Les ouvrières, souvent recrutées parmi les couches les plus modestes de la population, appliquaient à la brosse des peintures à base de radium sur les cadrans des montres. « Elles avaient l’habitude d’humidifier leurs pinceaux avec leurs lèvres pour affiner le trait, une pratique qui a contribué à leur contamination interne », précise un historien cité par Libération.
Les premières alertes sanitaires sont apparues dans les années 1920, mais il a fallu des décennies pour que les employeurs reconnaissent leur responsabilité. « Les manufactures horlogères ont longtemps nié les risques, allant jusqu’à maquiller les décès en maladies naturelles », souligne l’article. Ce n’est qu’à partir des années 1960 que des études ont confirmé le lien entre l’exposition au radium et les pathologies développées par les ouvrières.
Un hommage artistique et historique
Le projet de Bovard Rudaz s’inscrit dans une démarche à la fois artistique et militante. En exposant ces archives et en donnant à voir les visages de ces femmes, elle rend un hommage tardif à des victimes souvent oubliées. « Leur histoire mérite d’être connue, car elle interroge notre rapport au progrès et aux sacrifices humains qu’il a parfois exigés », a-t-elle indiqué. L’exposition est accompagnée d’un catalogue et de projections de témoignages oraux, permettant aux visiteurs de plonger dans cette période trouble.
Pour la photographe, cette recherche est aussi personnelle. « Ma grand-mère était horlogère dans le Jura suisse, une région marquée par cette industrie. Ce travail est une façon de lui rendre hommage, mais aussi de comprendre les silences qui ont entouré ce drame », confie-t-elle à Libération.
L’Été photographique de Lectoure, qui se poursuit jusqu’au 20 septembre, offre ainsi une occasion rare de confronter le public à une page sombre de l’histoire industrielle. Entre mémoire et justice, le travail d’Aline Bovard Rudaz rappelle que certaines vérités mettent des décennies à émerger — quand elles émergent.
Le radium était employé pour ses propriétés luminescentes, permettant aux cadrans des montres de briller dans l’obscurité. Cette technique, popularisée dans les années 1920, a été largement adoptée par l’industrie horlogère suisse, alors leader mondial.