Près de 16 000 fidèles, venus du monde entier, se sont rassemblés ce week-end dans le petit bourg valaisan d’Écône, en Suisse, pour assister à l’ordination de quatre nouveaux évêques par la Fraternité sacerdotale Saint-Pie X (FSSPX), un mouvement catholique traditionaliste. Selon Libération, cette cérémonie, considérée comme un « acte schismatique » par le Vatican, marque une nouvelle étape dans la tension persistante entre Rome et cette frange intégriste de l’Église.

Ce qu'il faut retenir

  • Quatre évêques ont été ordonnés par la FSSPX à Écône, en présence de 16 000 fidèles.
  • Le Vatican avait prévenu à l’avance que cet acte serait qualifié de « schismatique ».
  • La FSSPX, fondée par Mgr Marcel Lefebvre, rejette plusieurs réformes du concile Vatican II.
  • Cette ordination intervient malgré les mises en garde répétées de Rome depuis des décennies.
  • La FSSPX compte environ 600 prêtres et 700 000 fidèles dans le monde, selon ses estimations.

Une cérémonie chargée de symboles

L’ordination des quatre nouveaux évêques, dont Mgr Alfonso de Galarreta et Mgr Bernard Fellay, a été célébrée dans la chapelle de la FSSPX à Écône, haut lieu du traditionalisme catholique depuis les années 1970. Selon Libération, cette cérémonie s’inscrit dans la continuité des positions radicales défendues par la fraternité, qui rejette notamment la liberté religieuse, le dialogue œcuménique et certaines réformes liturgiques adoptées lors du concile Vatican II. Autant dire que l’affrontement avec Rome est structurel et remonte à plusieurs décennies.

Parmi les fidèles présents, certains étaient originaires de France, d’Allemagne, des États-Unis ou d’Amérique latine. Beaucoup ont fait le déplacement malgré les difficultés logistiques et financières, signe de l’attachement à une tradition qu’ils estiment menacée par les évolutions modernes de l’Église. — Côté traditionaliste, on y voit un acte de résistance légitime ; côté Rome, une rupture inacceptable.

Un schisme annoncé, un conflit sans issue apparente

Dès le mois de juin, le Vatican avait multiplié les avertissements. Dans un communiqué diffusé par la Congrégation pour les évêques, Rome avait rappelé que toute ordination épiscopale non autorisée par le pape constituait un « acte schismatique », passible de sanctions canoniques. « Nous ne pouvons que constater avec regret cette initiative », avait déclaré un porte-parole de la Conférence épiscopale suisse, interrogé par Libération.

Pourtant, la FSSPX semble déterminée à poursuivre sur cette voie. Ses dirigeants estiment que la crise actuelle de l’Église catholique, marquée par une baisse des vocations et une sécularisation croissante, justifie une résistance radicale. « Nous n’avons pas le choix : il faut préserver la foi intacte », avait affirmé Mgr Fellay lors d’une conférence de presse en amont de la cérémonie. — Une position qui contraste avec celle de Rome, pour qui le dialogue et l’adaptation restent les seules voies possibles.

Et maintenant ?

Cette ordination devrait logiquement entraîner de nouvelles réactions de la part du Saint-Siège, qui pourrait durcir ses sanctions contre les quatre nouveaux évêques ainsi que contre leurs supérieurs hiérarchiques. Une décision formelle du pape François, ou d’un dicastère romain, pourrait intervenir dans les prochaines semaines, voire dans les prochains mois. Reste à voir si cette crise accélérera une scission définitive ou si, au contraire, elle incitera les deux parties à renouer le dialogue — même si, pour l’heure, les signes d’apaisement semblent rares.

Un mouvement qui divise l’Église depuis un demi-siècle

Fondée en 1970 par Mgr Marcel Lefebvre, un archevêque français en désaccord avec les réformes de Vatican II, la FSSPX a toujours refusé de se soumettre à l’autorité du pape. Ses positions, jugées extrêmes par une majorité de catholiques, lui ont valu des condamnations répétées, y compris des excommunications temporaires en 1988 pour les quatre évêques ordonnés à l’époque sans mandat pontifical. Aujourd’hui, la fraternité revendique près de 700 000 fidèles et 600 prêtres, répartis dans une centaine de pays.

Malgré les tensions, des contacts discrets entre la FSSPX et Rome ont repris ces dernières années, notamment sous le pontificat de Benoît XVI, lui-même germanophone et sensible aux questions liturgiques. Cependant, l’arrivée de François en 2013 a relancé les divergences, ce dernier étant perçu par les traditionalistes comme trop progressiste. — Bref, le fossé ne semble pas près de se combler.

La prochaine étape ? Une possible convocation des quatre nouveaux évêques devant la Congrégation pour les évêques, qui pourrait leur retirer leur statut canonique — un scénario déjà observé en 1988. Une issue qui, si elle se confirmait, ne manquerait pas de nourrir les débats au sein de l’Église sur la place des traditionalistes dans un catholicisme en pleine mutation.

Officiellement, non. La FSSPX n’a jamais été formellement déclarée en schisme par le Vatican, mais ses ordinations épiscopales non autorisées sont considérées comme des « actes schismatiques ». En 2009, Benoît XVI avait levé les excommunications des quatre évêques ordonnés en 1988, mais sans régulariser leur situation canonique. Le dialogue entre les deux parties reste donc au point mort.