La deuxième ville d’Italie s’est prêtée, mardi, à une expérience inédite : un « Parlement des espèces vivantes », où cinquante animaux représentés par des humains masqués ont plaidé pour leurs droits dans l’aménagement de la cité. Selon Euronews FR, cette initiative, à la fois ludique et sérieuse, vise à intégrer les besoins des espèces urbaines dans les projets d’urbanisme.

Ce qu'il faut retenir

  • Cinquante animaux, incarnés par des représentants masqués, ont participé à ce premier « Parlement des espèces vivantes » à Milan.
  • Les débats ont porté sur des enjeux concrets comme la démolition du stade San Siro ou la réouverture des canaux Navigli.
  • Le projet s’inscrit dans le prolongement de l’exposition « Animals in the City », présentée à Paris au musée de la Fondation Cartier au début de l’année.
  • Les organisateurs espèrent sensibiliser les décideurs aux besoins des espèces animales permanentes et migratrices dans les villes.
  • Parmi les propositions évoquées, la transformation de l’ancien complexe Marchiondi Spagliardi en pôle de biodiversité urbaine.

Un parlement animal pour repenser l’urbanisme milanais

L’hôtel de ville de Milan a résonné, ce mardi, de gazouillis d’oiseaux et de murmures animaliers. Dans une salle transformée en arène politique, cinquante animaux – des pigeons aux renards en passant par des coléoptères – ont pris place autour d’une table de débat, incarnés par des humains portant des masques à leur effigie. Selon Euronews FR, cette première édition du « Parlement des espèces vivantes » a pour ambition d’alerter les élus sur l’impact des projets urbains sur la faune locale.

Chaque animal choisi pour sa vulnérabilité aux transformations de la ville a été sélectionné pour son ancrage dans l’écosystème milanais, que ce soit dans les immeubles, les parcs ou le long des berges du fleuve. L’objectif affiché ? Faire entendre une voix souvent ignorée dans les discussions d’aménagement, en plaidant pour une ville plus inclusive envers ses habitants non humains.

Des débats qui mêlent humour et enjeux écologiques

Les échanges, bien que sérieux, ont conservé une tonalité humoristique, offrant un espace collaboratif pour imaginer les préoccupations des espèces sans voix. Un représentant des martinets a ainsi dénoncé la démolition programmée du stade San Siro, un site de nidification majeur pour des milliers d’oiseaux. Le projet, justifié par des coûts d’entretien jugés insoutenables, prive pourtant ces animaux d’un habitat essentiel – d’autant que l’enceinte sportive a été exclue des compétitions européennes jusqu’à l’Euro 2032.

Un renard, porte-parole des habitants des sous-sols urbains, a plaidé pour le développement de corridors verts au détriment de nouveaux parkings en surface. Les canaux Navigli, recouverts dans les années 1920 au profit du rail, ont également fait l’objet de vifs débats : un ragondin s’est réjoui à l’idée de leur réouverture, tandis qu’un représentant des petits mammifères s’est opposé à la création de barrières supplémentaires. Autant dire que la salle a vu s’affronter des visions contrastées de l’urbanisme milanais.

Une initiative inspirée par un projet parisien

Cette expérience milanaise s’inscrit dans la continuité du projet « Animals in the City », une exposition présentée au musée d’art contemporain de la Fondation Cartier à Paris au printemps 2026. Le designer Andrea Branzi et Stefano Boeri, architecte des jardins verticaux et professeur à l’université de Milan, y ont exploré les moyens de favoriser une coexistence harmonieuse entre humains et faune sauvage. Leurs propositions, présentées sous forme de collages numériques intégrant des animaux dans des paysages urbains, ont inspiré la démarche actuelle.

À Milan, le Parlement des espèces vivantes ne se limite pas à une performance artistique : il s’agit aussi d’un projet de recherche, mené en collaboration avec le Laboratoire d’urbanisme de l’Université polytechnique de Milan, le Piccolo Teatro di Milano et la mairie de la ville. L’objectif est d’identifier des pistes concrètes pour intégrer la biodiversité dans les politiques d’aménagement, qu’il s’agisse de protéger les espèces migratrices ou de restaurer des écosystèmes dégradés.

Transformer des friches en havres de biodiversité

Parmi les pistes évoquées, Matteo Moscatelli, coordinateur de l’événement, a suggéré de transformer l’ancien complexe Marchiondi Spagliardi – une école brutaliste des années 1950 aujourd’hui à l’abandon – en un « pôle de protection et de valorisation de la biodiversité urbaine ». Ce type de projet pourrait, selon lui, « réduire les conflits entre humains et espèces non domestiquées tout en enrichissant le patrimoine écologique de la ville ». Une idée qui rejoint les ambitions de Stefano Boeri, pour qui cette approche permet de « reconnaître la multitude de vies non humaines présentes dans l’espace urbain ».

« La possibilité de créer un espace qui donne la parole aux créatures souvent invisibles qui coexistent avec nous à Milan peut contribuer à une approche plus éclairée des grandes décisions qui touchent l’avenir de nos villes », a déclaré Stefano Boeri.

Elena Grandi, conseillère municipale à l’Environnement et aux espaces verts, a rappelé que « la ville, en tant que lieu inclusif, doit être un espace capable d’accueillir et de protéger le monde animal. Notre espace est aussi le leur, c’est pourquoi nous devons protéger ce grand patrimoine de biodiversité ». Une position qui reflète l’engagement de la municipalité en faveur d’une ville plus verte et plus accueillante pour la faune.

Et maintenant ?

Si cette première édition du Parlement des espèces vivantes a permis de sensibiliser les participants aux enjeux de la biodiversité urbaine, son impact concret dépendra désormais des suites données par les décideurs. Les organisateurs espèrent que les débats inspireront des modifications dans les projets en cours, comme le plan de démolition du stade San Siro ou les projets de réhabilitation des canaux Navigli. Reste à voir si les propositions, aujourd’hui portées par des représentants masqués, se traduiront par des actions politiques tangibles – et si d’autres villes européennes s’empareront de cette initiative pour repenser leur propre rapport à la faune urbaine.

Les prochaines étapes pourraient inclure des ateliers participatifs avec les habitants et les associations de protection animale, ainsi que des études de faisabilité pour les projets de reconversion de friches comme Marchiondi Spagliardi. Une chose est sûre : l’expérience milanaise a ouvert une piste de réflexion sur l’urbanisme du futur, où les besoins des espèces non humaines ne seraient plus relégués au second plan.

Cinquante espèces ont été choisies pour leur vulnérabilité face au développement urbain. On y trouvait notamment des pigeons, des grenouilles, des poissons rouges, des coléoptères, des martinets, des renards, des ragondins et des petits mammifères, tous incarnés par des représentants humains masqués.

Les organisateurs espèrent bien que l’expérience milanaise fasse des émules. Selon Stefano Boeri, « reconnaître la multitude de vies non humaines dans l’espace urbain » est une démarche qui pourrait s’appliquer ailleurs en Europe, notamment dans des villes confrontées à des enjeux similaires de densification et de préservation de la biodiversité.