L’Afghanistan, plongé dans un isolement croissant sur la scène internationale, voit sa population subir une crise humanitaire d’une ampleur alarmante, selon nos confrères du Figaro. Lors d’une visite officielle à Kaboul, Yasmine Praz Dessimoz, directrice des opérations du Comité international de la Croix-Rouge (CICR), a alerté sur la dégradation des conditions de vie des Afghans, cinq ans après la reprise du pouvoir par les talibans. « Nous voyons une population qui lutte pour survivre avec des besoins humanitaires significatifs, un système de santé qui est en train de s’effondrer, un niveau de chômage important », a-t-elle détaillé à l’issue de sa mission.
Ce qu’il faut retenir
- Un système de santé afghan en état de déliquescence, avec des centaines de cliniques fermées et des millions d’enfants menacés par la malnutrition aiguë.
- Une crise humanitaire aggravée par la baisse drastique de l’aide internationale et les restrictions imposées aux femmes, notamment dans le domaine médical.
- Le CICR maintient ses opérations en Afghanistan malgré une réduction de ses financements, en ciblant particulièrement les zones frontalières avec le Pakistan.
- Les tensions entre Kaboul et Islamabad ont provoqué le déplacement de milliers de civils et des centaines de morts depuis l’automne 2025.
Un pays marginalisé malgré une urgence humanitaire persistante
La situation en Afghanistan reste largement ignorée par la communauté internationale, selon Yasmine Praz Dessimoz. « Aujourd’hui, l’Afghanistan n’est pas souvent dans la lumière des médias ni même des discussions de haut niveau », a-t-elle déploré. Pourtant, les besoins des populations sont immenses : effondrement des services publics, chômage endémique et accès limité aux soins. Le CICR, bien que touché par la baisse des dons, a maintenu l’Afghanistan parmi ses cinq priorités mondiales en matière d’assistance humanitaire.
Cette marginalisation s’explique en partie par l’absence de reconnaissance officielle du régime taliban, reconnu uniquement par la Russie. Les sanctions internationales et la suspension de l’aide au développement ont aggravé la précarité, poussant des millions d’Afghans au bord de la survie. Le Fonds des Nations unies pour l’enfance (Unicef) a récemment mis en garde contre le risque de mortalité pour un million d’enfants souffrant de malnutrition aiguë sévère, faute de structures médicales fonctionnelles.
La santé et l’éducation des femmes : deux fronts critiques
Parmi les secteurs les plus affectés, le système médical afghan subit une crise sans précédent. D’après l’ONU, 100 cliniques spécialisées dans le traitement de la malnutrition pédiatrique ont fermé en raison de la réduction des fonds internationaux. Cette situation a des conséquences dramatiques : en 2026, des milliers d’enfants risquent de mourir faute de prise en charge.
Les restrictions imposées aux femmes par les autorités talibanes aggravent encore la crise. Interdites d’accès aux études supérieures et à certaines professions, elles sont désormais exclues de près de 80 % des emplois publics, selon des rapports d’ONG. Yasmine Praz Dessimoz s’est dite particulièrement inquiète pour l’avenir des professions médicales féminines : « Nous avons pu garder notre personnel féminin, mais la préoccupation principale est : ‘que va-t-il se passer après ?’ car si les nouvelles générations ne sont pas éduquées, il n’y aura pas de remplaçantes. » Elle a abordé ce sujet avec le vice-premier ministre taliban, Abdul Salam Hanafi, lors d’un entretien à Kaboul.
Les conflits frontaliers et leurs conséquences humanitaires
Les tensions entre l’Afghanistan et le Pakistan, notamment autour de la ligne Durand – frontière contestée traçant la limite entre les deux pays –, ont connu une escalade majeure entre octobre 2025 et le printemps 2026. Ces affrontements ont provoqué le déplacement de milliers de civils et fait des centaines de morts et de blessés. Le CICR a recentré une partie de ses efforts sur cette zone frontalière, où les besoins en soins et en protection sont les plus urgents.
« Des choix très difficiles » ont dû être faits par l’organisation humanitaire pour maintenir ses opérations. « Nous avons dû nous aussi faire des choix très difficiles, pour rester au côté de la population afghane », a reconnu Yasmine Praz Dessimoz. Avec l’effondrement du système de santé dans tout le pays, elle a souligné que « il faudrait être partout ». Aujourd’hui, le CICR soutient 46 cliniques et sept centres de réhabilitation en Afghanistan, principalement pour les victimes de conflits armés.
Un engagement humanitaire sous contraintes financières
Le désengagement progressif des bailleurs de fonds internationaux a forcé le CICR à réduire ses activités dans plusieurs régions. Pourtant, l’organisation a maintenu un niveau d’intervention élevé en Afghanistan, malgré une baisse des financements. « Le CICR n’est pas épargné par la baisse des montants de l’aide internationale et des dons, mais a gardé l’Afghanistan dans le top 5 de ses opérations mondiales », précise la responsable.
Cette situation illustre un paradoxe cruel : alors que les besoins humanitaires explosent, les moyens alloués à leur résolution diminuent. Les Nations unies et les ONG appellent à une mobilisation urgente pour éviter une catastrophe humanitaire à grande échelle. Sans aide supplémentaire, des millions d’Afghans pourraient basculer dans une famine généralisée d’ici la fin de l’année.
Pour l’heure, la population afghane paie le prix d’un désengagement international qui s’étire depuis des années. Entre isolement politique, crise économique et restrictions sociales, les Afghans vivent une situation humanitaire parmi les plus critiques au monde. Les organisations sur place, comme le CICR, continuent de jouer un rôle crucial, mais leur capacité d’action dépendra largement de la volonté des États à relancer un soutien financier durable.
La baisse de l’aide s’explique par plusieurs facteurs : la non-reconnaissance du régime taliban par la plupart des pays occidentaux, les sanctions économiques imposées à Kaboul, et une priorisation des crises humanitaires jugées plus urgentes, comme en Ukraine ou au Soudan. Selon le Figaro, cette situation a conduit à la fermeture de centaines de structures médicales et à une aggravation des pénuries alimentaires.
Les principaux obstacles incluent la fermeture de cliniques en raison du manque de financements, l’interdiction faite aux femmes de pratiquer certains métiers médicaux, et les restrictions imposées par les talibans sur l’accès aux services publics. Le CICR souligne que près de 80 % des professionnels de santé féminins ont été écartés de leurs postes, aggravant la pénurie de personnel soignant.