Dans les rues de Kiev, une dizaine de femmes suivent avec attention les consignes d’un moniteur au volant d’un camion. Autant dire que, trois mois plus tard, la plupart d’entre elles passeront leur permis poids lourd. Une formation inhabituelle, dictée par l’urgence économique du pays.
Selon nos confrères de RFI, cette initiative s’inscrit dans une stratégie plus large pour pallier le manque criant de main-d’œuvre dans des secteurs clés comme les transports, la logistique ou le bâtiment. Un défi de taille pour l’Ukraine, alors que la guerre, la loi martiale et l’exode des hommes vers l’étranger ont vidé les rangs des travailleurs disponibles.
Ce qu'il faut retenir
- Le manque de conducteurs poids lourds en Ukraine est exacerbé par la mobilisation masculine et l’émigration massive depuis le début du conflit.
- Des secteurs comme les transports, la logistique et le bâtiment peinent à recruter, alors que la reconstruction du pays s’annonce colossale.
- Des programmes de formation accélérée, ciblant notamment les femmes et les vétérans, sont mis en place pour combler ces pénuries.
- À Kiev, des stages de conduite poids lourd sont organisés pour répondre à cette demande urgente.
Une économie ukrainienne sous tension
L’Ukraine fait face à une crise de main-d’œuvre sans précédent. Depuis le début de la guerre en 2022, des centaines de milliers d’hommes en âge de travailler ont été mobilisés ou ont quitté le pays. Résultat : des pans entiers de l’économie, comme les mines, la logistique ou le secteur du bâtiment, manquent cruellement de bras.
Cette situation est d’autant plus critique que le pays se prépare à une phase de reconstruction massive. Selon les estimations de la Banque mondiale, les besoins s’élèveraient à plus de 400 milliards de dollars pour relancer les infrastructures et l’économie. Autant dire que chaque travailleur compte.
Les femmes et les vétérans, nouvelles recrues de l’urgence
Pour pallier ces pénuries, les entreprises ukrainiennes se tournent vers des profils traditionnellement moins représentés dans ces métiers : les femmes et les vétérans. À Kiev, des centres de formation spécialisés ont vu le jour, proposant des stages accélérés pour obtenir le permis poids lourd. Ces programmes, souvent financés par des fonds publics ou des partenariats privés, visent à former des conductrices en quelques semaines seulement.
« Nous avons reçu plus de 200 candidatures en trois mois, principalement de femmes », explique Olena Kovtun, responsable d’un centre de formation à Kiev. « Beaucoup d’entre elles ont perdu leur emploi à cause de la guerre ou cherchent un moyen de subvenir aux besoins de leur famille. Conduire un camion, c’est une opportunité de stabilité. »
Un secteur du transport en pleine mutation
Le transport routier est l’un des secteurs les plus touchés par cette pénurie. Avant la guerre, près de 80 % des conducteurs poids lourds étaient des hommes. Aujourd’hui, les entreprises n’hésitent plus à embaucher des femmes, malgré les stéréotypes tenaces. Les salaires, souvent bien supérieurs à la moyenne nationale, attirent également les vétérans démobilisés, dont certains se reconvertissent dans la logistique.
Pourtant, le secteur reste confronté à des défis logistiques. Les routes ukrainiennes, en partie détruites par les combats, nécessitent une adaptation constante des conducteurs. Les compagnies de transport doivent également composer avec la hausse des coûts du carburant et les restrictions liées à la loi martiale.
Pour l’heure, les femmes qui suivent ces formations à Kiev gardent les yeux rivés sur leur objectif : obtenir ce permis tant convoité. Pour elles, il ne s’agit pas seulement d’un emploi, mais d’une contribution à l’effort de guerre et à la reconstruction de leur pays.
Selon RFI, les transports, la logistique, les mines et le bâtiment sont les secteurs les plus en tension. La reconstruction du pays, estimée à plus de 400 milliards de dollars, nécessite des milliers de travailleurs supplémentaires.