Une campagne xénophobe d’ampleur a pris pour cible les immigrés en situation irrégulière en Afrique du Sud, déclenchant une vague de départs massifs et des manifestations dans tout le pays. Selon Le Figaro, plus de 25 000 ressortissants étrangers, principalement originaires du Malawi, du Zimbabwe, du Mozambique, du Nigeria et du Ghana, ont quitté le pays depuis le mois de juin, fuyant les violences et les intimidations. Cette crise s’inscrit dans le cadre d’un ultimatum non officiel fixé au 30 juin par des groupes militants, exigeant le départ des sans-papiers sous peine de représailles.

Ce qu'il faut retenir

  • Plus de 25 000 étrangers ont quitté l’Afrique du Sud en juin 2026, selon des chiffres officiels relayés par Le Figaro, fuyant une campagne xénophobe.
  • Des milliers de Sud-Africains ont manifesté le 30 juin, exigeant le départ des immigrés illégaux, accusés de voler des emplois et de peser sur les services publics.
  • Quatre morts et des scènes de pillages ont été recensés depuis le début des tensions, tandis que la police déployait des moyens renforcés pour éviter des débordements.
  • Les partis politiques alimentent le discours anti-immigration à l’approche des élections municipales du 4 novembre 2026, avec une surenchère xénophobe observée notamment chez le parti MK de l’ex-président Jacob Zuma.
  • Près de 3 millions d’étrangers vivent en Afrique du Sud, soit 5,1 % de la population, selon les statistiques officielles.
  • Les violences xénophobes rappellent celles de 2008 et 2015, mais cette fois, l’exode est sans précédent par son ampleur.

Un ultimatum informel et ses conséquences immédiates

Le 30 juin 2026 marquait la date butoir d’un appel lancé par des groupes militants sud-africains, exigeant le départ des immigrés en situation irrégulière. Selon Le Figaro, cet ultimatum, dépourvu de base légale, a provoqué une fuite massive des étrangers, certains par leurs propres moyens, d’autres via des bus affrétés par leur pays d’origine ou par les autorités sud-africaines. Les provinces du KwaZulu-Natal, où des violences avaient déjà fait plus de 330 morts en 2021, et du Gauteng, dont Johannesburg est la capitale économique, sont les épicentres de ces tensions.

La mobilisation du 30 juin a rassemblé des milliers de manifestants dans plusieurs grandes villes, dont Johannesburg et Durban. Les cortèges étaient souvent menés par des groupes brandissant des boucliers et des bâtons traditionnels zoulous. Selon les autorités, les rassemblements sont restés majoritairement pacifiques, mais des arrestations pour pillages ou tentatives de pillages ont été signalées dans l’après-midi.

Des témoignages qui illustrent la précarité des immigrés

Dans les rangs des manifestants, certains Sud-Africains ont exprimé leur colère face à la présence des étrangers illégaux, qu’ils accusent de faire monter les loyers et de participer à la criminalité. « J’ai du mal à louer un logement parce que les loyers sont trop élevés, et que les étrangers en situation irrégulière parviennent à les payer parce qu’ils vendent de la drogue à notre population », a déclaré Brightness Gumbi, 48 ans, propriétaire d’une cantine dans un township de Durban. Son témoignage reflète une perception répandue, bien que non étayée par des statistiques.

Les départs forcés ont laissé derrière eux des biens abandonnés et, dans certains cas, des familles divisées. À Johannesburg, au Cap ou à Pietermaritzburg, des centaines d’étrangers se sont rassemblés dans des camps de fortune ou devant les consulats de leur pays, dans l’espoir de quitter le pays. Plusieurs centaines de Malawites ont notamment été transportées depuis Durban vers un camp de transit à la frontière avec le Zimbabwe, en attendant un bus pour rentrer chez eux.

Un contexte politique tendu à l’approche des municipales

Les tensions actuelles s’inscrivent dans un calendrier électoral serré, avec les élections municipales du 4 novembre 2026 qui s’annoncent déjà âprement disputées. Le politologue Sandile Swana, cité par Le Figaro, a souligné le rôle des partis politiques dans l’alimentation de la xénophobie : « Des partis politiques font de la surenchère (...) Ils paradent en se présentant comme étant anti-immigrés », a-t-il expliqué à l’AFP. Il a notamment cité le parti MK, fondé par l’ex-président Jacob Zuma, et Action SA parmi les formations les plus virulentes sur ce thème.

Cette instrumentalisation politique n’est pas nouvelle en Afrique du Sud, où l’immigration est régulièrement pointée du doigt comme un bouc émissaire pour expliquer le chômage endémique – officiellement à plus de 32 % – et les difficultés socio-économiques. Les organisations antimigrants, comme le groupe « March and March », rejettent pour leur part toute responsabilité dans les violences, tout en accusant les étrangers illégaux de « voler » les emplois des Sud-Africains et d’alourdir le système de santé.

Un bilan humain lourd et des craintes de répétition des violences de 2008 et 2015

Les violences actuelles ont déjà fait quatre morts : deux Mozambicains, un Éthiopien et un Malawite. Des scènes de pillages de commerces tenus par des étrangers ont également été signalées dans plusieurs villes. Selon les autorités, les forces de l’ordre ont été déployées en nombre pour éviter une escalade, mais les craintes d’un regain de xénophobie restent vives, notamment dans le KwaZulu-Natal. Thami Ntuli, dirigeant de cette province, a prévenu dimanche : « Quelles que soient nos inquiétudes concernant l’immigration illégale (...), nous ne laisserons pas cette province partir une seconde fois en fumée, que ce soit du fait de la criminalité ou de la xénophobie ».

Cette région avait été le théâtre, en juillet 2021, de violences meurtrières ayant fait plus de 330 morts en réaction à l’incarcération de Jacob Zuma. Les observateurs craignent que l’histoire ne se répète, d’autant que les groupes antimigrants ont annoncé leur intention de poursuivre leur campagne au-delà du 30 juin.

Et maintenant ?

Les prochaines semaines s’annoncent décisives en Afrique du Sud, où les autorités devront gérer une situation humanitaire et sociale de plus en plus tendue. Les élections municipales de novembre 2026 pourraient aggraver les tensions, si les partis politiques persistent à instrumentaliser le thème de l’immigration. Par ailleurs, les rapatriements organisés par les pays d’origine des migrants pourraient s’intensifier, mais ils ne suffiront pas à résoudre la crise structurelle liée à la présence de près de 3 millions d’étrangers dans le pays. La question de la régularisation des sans-papiers et de leur intégration économique et sociale reste entière.

Le gouvernement sud-africain, sous pression, devra également répondre aux critiques des organisations internationales et des pays voisins, dont certains dénoncent une gestion chaotique de cette crise. Pour l’heure, la priorité semble être d’éviter une nouvelle flambée de violences, alors que le pays se prépare à un scrutin municipal où l’immigration pourrait devenir un enjeu majeur.

L’Afrique du Sud abrite l’une des plus grandes populations d’immigrés sur le continent, avec près de 3 millions d’étrangers, soit 5,1 % de sa population. Ce pays, marqué par un chômage élevé (plus de 32 %) et des inégalités sociales persistantes, voit dans l’immigration un bouc émissaire facile. Les crises économiques et sociales successives, couplées à un discours politique parfois instrumentalisé, exacerbent les tensions xénophobes, comme cela avait été le cas lors des violences de 2008 et 2015.

Les groupes militants anti-immigration ont annoncé la poursuite de leur campagne au-delà du 30 juin 2026. Plusieurs pays d’origine, comme le Ghana et le Nigeria, ont organisé des vols de rapatriement pour leurs ressortissants. Cependant, des milliers d’étrangers restent bloqués en Afrique du Sud, soit dans l’attente d’une régularisation, soit dans l’espoir de quitter le pays par leurs propres moyens. Les autorités sud-africaines n’ont pas encore annoncé de mesures concrètes pour résoudre cette crise.