En Ardèche, la prolifération des sangliers s’accélère, poussant les autorités locales à renforcer les mesures de régulation. Selon Le Figaro, près de 28 000 de ces mammifères ont été abattus entre 2025 et 2026, soit une moyenne de 76 individus par jour. Ce chiffre, le plus élevé de France après celui du Gard, illustre l’ampleur du phénomène dans ce département marqué par une forte couverture forestière et des hivers de plus en plus doux.

Ce qu'il faut retenir

  • 28 000 sangliers abattus en Ardèche sur la saison 2025-2026, un record national après le Gard.
  • 76 sangliers tués en moyenne chaque jour, selon les chiffres de la Fédération de chasse départementale.
  • 250 000 euros de dégâts agricoles estimés en 2025, liés aux activités de ces animaux.
  • 1 500 à 2 millions de sangliers estimés en France, selon l’Office français de la biodiversité (OFB).
  • Une régulation toute l’année, rendue nécessaire par l’extension des forêts et le changement climatique.
  • Un débat persistant entre chasseurs, agriculteurs et associations de protection animale.

Une institution historique au cœur de la régulation

Créée sous Charlemagne pour lutter contre les loups, la louveterie est aujourd’hui chargée de réguler les populations de cerfs, chevreuils et sangliers en France. En Ardèche, cette institution compte 1 850 membres, tous bénévoles et auxiliaires de l’administration. Julien Nicolas, ingénieur de 53 ans et président départemental et national des louvetiers, coordonne les opérations sur le terrain. « Avant, on opérait quelques mois. Là, c’est toute l’année », a-t-il expliqué au Figaro.

Les louvetiers, équipés de jumelles à vision thermique et de fusils silencieux, traquent les hardes de sangliers, notamment à la nuit tombée. Ces animaux quittent alors les forêts pour se rendre vers les points d’eau ou les cultures, retournant la terre à la recherche de nourriture. Certains descendent même en périphérie des zones urbaines, fouillant les jardins et les champs, ce qui accentue les tensions avec les habitants.

Des dégâts agricoles estimés à 250 000 euros en 2025

Les sangliers causent d’importants dégâts aux cultures en Ardèche. Selon la Fédération de chasse départementale, ces pertes s’élèvent à environ 250 000 euros sur la saison dernière. Les agriculteurs, dont Firmin Brivet-Naudot, un céréalier de 38 ans installé à La Voulte-sur-Rhône, subissent directement ces assauts. « Depuis cinq jours, j’en ai vu tous les soirs rentrer dans mes champs, jusqu’à une quinzaine ! », témoigne-t-il. Malgré une clôture électrique, ses cultures restent vulnérables.

Pour limiter ces ravages, des pièges sont installés dans les zones les plus touchées. À ce jour, 68 communes ardéchoises sur 335 sont concernées par un arrêté ministériel de 2020, autorisant le piégeage sous conditions. Les agriculteurs peuvent ainsi capturer les animaux avant de les abattre. Firmin Brivet-Naudot en a déjà capturé deux grâce à un enclos appâté au maïs. « La porte-guillotine est déjà tombée », confie-t-il.

Un arsenal de mesures complété par des techniques variées

Au-delà des battues et du piégeage, plusieurs méthodes sont utilisées pour réguler la population de sangliers. L’agrainage, qui consiste à répandre du maïs en forêt pour attirer les animaux loin des cultures, est l’une d’elles. Les tirs de nuit et les battues hors période de chasse sont également autorisés, sous contrôle préfectoral. Ces mesures s’ajoutent à un contexte naturel favorable à la prolifération des sangliers.

Denis Amblard, chargé de projet à la Fédération de chasse de l’Ardèche, reconnaît que des lâchers effectués dans les années 1970 ont contribué à l’expansion de l’espèce. Cependant, il souligne que la population actuelle est avant tout le résultat de « l’abandon de terres agricoles » et de « l’extension forestière », qui offre aux sangliers une nourriture abondante, notamment glands et châtaignes. « La couverture forestière représente 60 % du département », précise-t-il. Par ailleurs, les hivers doux dus au changement climatique favorisent une reproduction avec « peu de pertes chez les jeunes ».

Un débat qui oppose agriculteurs et associations de protection animale

Les chasseurs, chargés de cette « mission de service public », se heurtent à un consensus entre agriculteurs et défenseurs des animaux. Ces derniers les accusent d’avoir contribué à la prolifération en nourrissant les sangliers pour augmenter les prises de chasse. Denis Amblard nuance ces propos : « Les lâchers des années 1970 ne sont pas à l’origine de la population actuelle. » Il rappelle que la croissance naturelle atteint près de 200 % par an depuis cinq saisons.

Yves Vérilhac, vice-président de la Ligue pour la protection des oiseaux (LPO) Auvergne-Rhône-Alpes, critique le système actuel. Pour lui, « on demande aux chasseurs une mission de service public, la régulation, qui est difficilement compatible avec la chasse de loisir ». Il plaide pour le retour des prédateurs naturels, comme le loup, afin de rétablir un équilibre dans les écosystèmes.

Des solutions en débat, mais une régulation qui s’intensifie

Face à cette situation, les autorités locales misent sur la poursuite des battues et des techniques de piégeage. Cependant, la question du financement des dégâts agricoles reste en suspens. Aujourd’hui, c’est aux fédérations de chasse d’indemniser les agriculteurs, une situation que ces derniers jugent intenable au vu de l’ampleur des populations de sangliers. En France, leur nombre est estimé entre 1,5 et 2 millions d’individus, selon l’Office français de la biodiversité (OFB).

Les prochaines étapes dépendront des décisions prises par les pouvoirs publics. Une révision de la réglementation pourrait être envisagée, notamment pour mieux répartir la charge financière entre l’État, les chasseurs et les agriculteurs. En attendant, les opérations de régulation se poursuivent toute l’année en Ardèche, où les sangliers restent une menace constante pour les écosystèmes et les activités humaines.

Et maintenant ?

Les prochains mois pourraient voir une intensification des discussions entre les parties prenantes pour trouver un équilibre durable. Une révision de la loi de 1968, qui encadre actuellement les indemnisations des dégâts agricoles, n’est pas exclue. Par ailleurs, les associations de protection animale pourraient renforcer leur pression pour promouvoir des méthodes de régulation alternatives, comme la réintroduction de prédateurs naturels. Enfin, les autorités locales devront évaluer l’efficacité des mesures actuelles d’ici la fin de l’année, afin d’ajuster si nécessaire leur stratégie.

Plusieurs facteurs expliquent cette prolifération : l’extension des forêts, qui couvre 60 % du département et offre une nourriture abondante (glands, châtaignes), les hivers doux liés au changement climatique favorisant la reproduction, et l’abandon de terres agricoles qui réduit les zones de culture et pousse les sangliers vers les champs restants.

Les autorités locales utilisent plusieurs techniques : les battues organisées toute l’année, le piégeage dans 68 communes (sous arrêté préfectoral), l’agrainage pour attirer les sangliers loin des cultures, ainsi que les tirs de nuit et les battues hors période de chasse, toujours sous contrôle préfectoral.