Le premier Dialogue sur la politique monétaire organisé à Tachkent a mis en lumière les défis auxquels sont confrontées les banques centrales dans un contexte post-pandémie marqué par une inflation persistante et des chocs économiques récurrents. Selon Euronews FR, des économistes et responsables monétaires y ont alerté sur les risques d’un assouplissement trop rapide des taux d’intérêt, susceptible de compromettre la stabilité des prix.

Ce qu'il faut retenir

  • Les banques centrales pourraient maintenir l’inflation au-dessus de leurs objectifs si elles baissent les taux d’intérêt trop tôt.
  • L’Ouzbékistan a réduit son inflation de près de 20 % en 2018 à 5,5 % en mai 2026, un cas d’étude pour le ciblage de l’inflation.
  • Les dépôts en devises en Ouzbékistan sont passés de 50 % à 20 %, signe d’une confiance accrue dans la monnaie nationale.
  • Les anticipations d’inflation des ménages et entreprises en Ouzbékistan ont chuté de 20 % à 10 % en moyenne.

Un avertissement lancé lors d’un dialogue inédit

Réunis à Tachkent pour le premier Dialogue sur la politique monétaire, des représentants du Fonds monétaire international, de banques centrales et d’universités ont examiné les défis actuels de la politique monétaire. Parmi eux, Athanasios Orphanides, professeur au Massachusetts Institute of Technology et ancien gouverneur de la Banque centrale de Chypre, a souligné les risques d’une politique monétaire trop accommodante.

« Si l’on regarde l’expérience post-pandémique, de nombreuses banques centrales dans le monde n’ont pas calibré leur politique correctement et se sont retrouvées avec une inflation nettement supérieure aux définitions de la stabilité des prix qu’elles visaient. Le risque, je le crains, demeure que, pour de nombreuses banques centrales, un assouplissement de la politique soit envisagé trop tôt. »

— Athanasios Orphanides, professeur au MIT et ancien gouverneur de la Banque centrale de Chypre

L’inflation et les chocs économiques, un équilibre délicat

Pour Koba Gvenetadze, représentante résidente du FMI en Ouzbékistan, les cinq dernières années ont été marquées par des chocs répétés sur les prix et les chaînes d’approvisionnement. Elle a rappelé que les banques centrales devaient tirer les enseignements des crises passées, notamment celle du COVID-19.

« Nous avons appris de l’expérience du COVID que même en présence de chocs d’offre, ceux-ci peuvent d’abord sembler sans impact avant de peser durablement sur l’inflation », a-t-elle expliqué. Selon elle, la capacité à anticiper ces chocs et à ajuster les politiques en conséquence est devenue un enjeu majeur pour préserver la crédibilité des institutions monétaires.

Le ciblage de l’inflation, une solution éprouvée

Pour Athanasios Orphanides, le ciblage de l’inflation reste l’un des cadres les plus efficaces pour guider les politiques monétaires dans un environnement incertain. « En se concentrant sur la stabilisation de l’inflation et le maintien de la stabilité des prix, la banque centrale fournit le socle sur lequel peuvent s’opérer tous les autres ajustements nécessaires lorsque des chocs frappent l’économie », a-t-il déclaré.

L’Ouzbékistan a adopté cette approche dans le cadre de réformes économiques plus larges. Les résultats sont visibles : l’inflation y est passée de près de 20 % en 2018 à 5,5 % en mai 2026, tandis que les anticipations des ménages et des entreprises ont reculé, passant d’une moyenne de 20 % à environ 10 %.

Et maintenant ?

Les autorités ouzbèkes continuent de travailler sur un ensemble de réformes visant à approfondir les marchés financiers domestiques et à libéraliser davantage le compte financier. La Banque centrale d’Ouzbékistan maintient par ailleurs des conditions monétaires restrictives pour atteindre son objectif d’inflation et renforcer sa crédibilité. Ces mesures pourraient servir de modèle pour d’autres pays émergents confrontés à des défis similaires.

La dollarisation en recul, un signe de confiance

La Banque centrale d’Ouzbékistan a également souligné la baisse de la dollarisation de l’économie comme un indicateur de stabilité macroéconomique. Les dépôts en devises représentent désormais 20 % des dépôts bancaires, contre près de 50 % auparavant, tandis que les prêts libellés en dollars sont tombés à 37 %, contre 54 % auparavant.

Pour les investisseurs et les entreprises, cette tendance reflète une confiance accrue dans la monnaie nationale. Une dollarisation plus faible permet également à la politique monétaire de gagner en efficacité via les marchés financiers locaux, selon Samigjon Inogamov, directeur du département de politique monétaire de la Banque centrale d’Ouzbékistan.

Samigjon Inogamov a précisé que les autorités poursuivraient une séquence de réformes incluant le développement des marchés financiers domestiques et la création d’un marché des capitaux plus robuste. « Nous maintiendrons des conditions monétaires restrictives pour atteindre notre objectif d’inflation et renforcer la crédibilité de notre politique monétaire », a-t-il indiqué.

Un modèle pour d’autres économies émergentes ?

Les évolutions observées en Ouzbékistan pourraient inspirer d’autres pays émergents confrontés à des défis similaires. La combinaison d’un ciblage de l’inflation rigoureux, d’une dollarisation en recul et de réformes structurelles pourrait offrir une voie vers une stabilité économique durable. Cependant, le risque d’un assouplissement prématuré des taux d’intérêt reste une préoccupation majeure pour les banques centrales du monde entier.

Alors que les économies continuent de s’adapter aux chocs post-pandémie et aux tensions géopolitiques, la crédibilité des institutions monétaires sera plus que jamais un enjeu clé. Les prochains mois diront si les leçons tirées des cinq dernières années ont été pleinement intégrées.

Une dollarisation réduite signifie que les agents économiques ont davantage confiance dans la monnaie nationale. Cela permet à la Banque centrale d’exercer un meilleur contrôle sur la politique monétaire et de stabiliser l’inflation plus efficacement. En Ouzbékistan, les dépôts en devises sont passés de 50 % à 20 %, et les prêts en dollars de 54 % à 37 % en quelques années seulement.