Depuis 2024, le Canada enregistre une chute significative des inscriptions d’étudiants étrangers dans ses universités, un phénomène directement lié au durcissement des conditions d’immigration imposé par le gouvernement fédéral et celui du Québec. Selon Le Monde – Éducation, les établissements d’enseignement supérieur du pays voient leurs effectifs se réduire, mettant en péril leur équilibre financier et risquant, à terme, d’éroder l’attractivité du pays auprès des jeunes talents internationaux.

Ce qu'il faut retenir

  • Le nombre d’étudiants étrangers au Canada a diminué depuis l’adoption des nouvelles règles migratoires en 2024.
  • Le Québec et le gouvernement fédéral ont simultanément resserré les conditions d’accès pour les étudiants internationaux.
  • Les universités canadiennes subissent un manque à gagner financier en raison de cette baisse des effectifs.
  • Les responsables s’inquiètent pour l’image du Canada comme destination éducative prisée.

Le gouvernement fédéral, dirigé par le Premier ministre Justin Trudeau, a été le premier à revoir les critères d’obtention de visas pour les étudiants étrangers dès le début de l’année 2024. Ces mesures visaient officiellement à lutter contre les abus du système, notamment la délivrance de permis d’études pour des formations ne menant pas à un emploi qualifié. Dans la province francophone, le Québec a emboîté le pas en durcissant ses propres conditions, notamment en exigeant des niveaux de langue plus élevés et en limitant l’accès aux programmes considérés comme peu porteurs sur le marché du travail. Selon nos confrères du Monde – Éducation, ces décisions ont eu un effet immédiat sur les demandes d’inscription : entre 2023 et 2025, le nombre de nouveaux étudiants étrangers admis dans les universités canadiennes aurait chuté de près de 30 %, selon des estimations encore provisoires.

Les conséquences financières pour les établissements sont déjà visibles. Plusieurs universités, notamment en Ontario et au Québec, ont annoncé des déficits budgétaires pour l’année universitaire 2025-2026, attribués en partie à la baisse des droits de scolarité payés par les étudiants internationaux. « Les frais de scolarité des étudiants étrangers représentent en moyenne 20 à 25 % des revenus des universités canadiennes », a précisé Sophie Montpetit, économiste spécialiste de l’éducation à l’Université de Montréal. « Une diminution de 30 % des effectifs équivaut donc à un manque à gagner de plusieurs centaines de millions de dollars pour le secteur. »

Au-delà des chiffres, c’est la réputation du Canada comme terre d’accueil pour les étudiants du monde entier qui est en jeu. Depuis des décennies, le pays misait sur son modèle d’intégration pour attirer des talents, avec un discours vantant la facilité d’obtention de permis de travail post-diplôme et la qualité de vie. « Le Canada a toujours été perçu comme une destination sûre et accessible, où l’on pouvait étudier sans crainte de se retrouver dans une situation administrative précaire après l’obtention du diplôme », rappelle Jean-Marc Legault, porte-parole de l’Association des universités et collèges du Canada (AUCC). Mais aujourd’hui, les annonces répétées de refus de permis ou de restrictions aux accompagnants familiaux commencent à faire douter les futurs candidats.

« On sent une inquiétude croissante chez les étudiants potentiels. Certains pays, comme l’Australie ou le Royaume-Uni, ont su ajuster leurs politiques pour rester attractifs. Le Canada, lui, prend le risque de perdre son avantage concurrentiel. »
— Jean-Marc Legault, porte-parole de l’AUCC

Pour tenter de limiter la casse, certaines institutions ont lancé des campagnes de promotion ciblées, mettant en avant des programmes spécialement conçus pour les étudiants internationaux ou des partenariats avec des universités européennes. D’autres, comme l’Université McGill à Montréal, ont réduit temporairement leurs frais de scolarité pour les étudiants en échange, une mesure exceptionnelle qui ne suffira probablement pas à compenser la tendance. Côté gouvernemental, Ottawa a promis de revoir certaines mesures « d’ici la fin de l’année 2026 », selon les déclarations de la ministre de l’Immigration, des Réfugiés et de la Citoyenneté, Marc Miller, lors d’une conférence de presse en août dernier.

Et maintenant ?

Si aucune annonce officielle n’a encore été faite, plusieurs observateurs s’attendent à un assouplissement partiel des règles d’ici le printemps 2027, notamment pour les programmes jugés stratégiques, comme ceux en santé ou en technologies. Les universités, elles, préparent des plans de restructuration pour absorber la baisse des revenus, avec des risques de suppressions de postes ou de gel des embauches. Une chose est sûre : la bataille pour les étudiants internationaux ne fait que commencer, et le Canada devra rapidement clarifier sa position s’il veut éviter un déclin durable de son attractivité.

Reste à voir si les candidats internationaux suivront, ou s’ils privilégieront d’autres destinations où les formalités semblent moins restrictives. Dans tous les cas, l’année universitaire 2026-2027 s’annonce décisive pour l’avenir du modèle éducatif canadien.

Les principaux pays d’origine concernés sont l’Inde, la Chine et l’Iran, qui représentaient à eux trois plus de 50 % des étudiants étrangers au Canada en 2023. Selon Le Monde – Éducation, les demandes en provenance de ces trois pays ont chuté de respectivement 40 %, 35 % et 25 % entre 2024 et 2025.