Alors que la France vient de subir une vague de chaleur exceptionnelle, avec des températures dépassant les 30 °C dans de nombreux logements, un collectif regroupant plusieurs associations d’aide au logement a lancé samedi une pétition exigeant un droit à la suspension des loyers pour les locataires vivant dans des « bouilloires thermiques ». Selon BFM Immo, cette initiative, bien qu’illégale, met en lumière l’absence de solutions concrètes pour protéger les habitants des surchauffes estivales.
La canicule enregistrée entre le 24 et le 28 juin 2026 a été plus intense que celle d’août 2003, selon les relevés de Météo France. Les conséquences sanitaires ont été immédiates : près de 1 000 décès supplémentaires ont été recensés par Santé publique France par rapport à la moyenne nationale, que ce soit à l’intérieur ou à l’extérieur des bâtiments. Face à cette situation, le collectif dénonce l’inaction des pouvoirs publics et des propriétaires, incapables de garantir des conditions de vie décentes.
Ce qu'il faut retenir
- Près d’un logement sur deux est considéré comme une « bouilloire thermique » selon le diagnostic de performance énergétique (DPE), en raison notamment du manque de protections solaires.
- Le collectif demande la création d’un droit à la suspension du loyer pour les logements dépourvus de volets, stores ou systèmes de ventilation.
- La pétition, lancée samedi, avait recueilli 30 500 signatures mercredi à midi sur Change.org.
- Une proposition de loi transpartisane, « Zéro logement bouilloire », propose d’intégrer la surchauffe dans la définition de la précarité énergétique.
- Le ministère du Logement envisage, à l’inverse, de faciliter la location des « passoires thermiques » classées E, F ou G, sous réserve de travaux.
Des logements invivables sous 40 °C : le constat accablant des associations
D’après une étude publiée la semaine dernière par l’Alliance des industriels des solutions électriques et numériques du bâtiment (IGNES) et le cabinet Pouget, 43 % des logements ne disposent pas de volets ou de stores sur l’ensemble des fenêtres exposées au soleil (façades ouest, sud et est). Ce taux atteint 50 % pour les maisons individuelles. Or, ces protections solaires constituent la première barrière contre l’échauffement des habitations. Sans elles, les températures intérieures peuvent dépasser les 40 °C, rendant les logements invivables pendant plusieurs jours consécutifs.
Le collectif, qui rassemble notamment la Fondation pour le logement des défavorisés (ex-Abbé Pierre), Locataires ensemble, Droit au logement et le collectif Dernier Étage, dénonce un « mépris des gouvernements successifs et des médias » envers les millions de Français exposés à ces conditions. « Face aux renoncements, l’heure est venue de monter le ton », affirme le texte de la pétition, qui propose de créer un « droit à la suspension du loyer pour les locataires dont le logement est invivable ».
Une pétition illégale mais symbolique, qui s’appuie sur une proposition de loi déposée en 2025
Cette initiative s’inspire d’une proposition de loi transpartisane intitulée « Zéro logement bouilloire », rédigée par la Fondation pour le logement et déposée en 2025 par 150 députés. Le texte vise à intégrer la surchauffe des logements dans la définition de la précarité énergétique, tout en simplifiant les règles patrimoniales pour faciliter l’installation de protections solaires. Les signataires de la pétition demandent à ce que ces mesures soient intégrées au projet de loi sur le logement, présenté à partir du 7 juillet 2026 au Sénat en assemblée plénière.
Pour l’heure, le ministère du Logement a adopté une approche opposée. Dans le cadre des discussions sur le projet de loi, il propose de réautoriser la location des logements classés E, F et G au DPE, à condition que les propriétaires s’engagent à réaliser des travaux de rénovation sous trois à cinq ans. Une mesure qui, selon les associations, risque d’aggraver la situation des locataires, faute de sanctions immédiates.
Installer des volets ou des climatiseurs : un casse-tête dans les copropriétés
Au-delà de la question financière, l’installation de volets, stores ou climatiseurs se heurte à des obstacles juridiques et techniques. Dans les copropriétés, il faut obtenir un vote à majorité absolue en assemblée générale des propriétaires, une procédure souvent bloquée par l’opposition de certains copropriétaires. Pour les climatiseurs, qui contribuent aux « îlots de chaleur » en rejetant de l’air chaud, le sujet est encore plus sensible. Ces équipements doivent également respecter les règles locales d’urbanisme, qui varient selon les territoires.
— Un tiers des logements classés DPE A sont en réalité des bouilloires thermiques — soulignent les auteurs de la pétition, citant une étude récente. Une contradiction qui illustre les limites du système actuel, où même les logements les mieux notés peuvent devenir invivables en cas de canicule.
Des actions de pression sur les propriétaires et l’État
En attendant une éventuelle réponse politique, les signataires de la pétition invitent les locataires à s’inscrire sur un formulaire pour participer à une « grève des loyers ». L’objectif est de faire pression sur les propriétaires en suspendant temporairement le paiement du loyer, même pour un seul mois, afin d’exiger des « équipements de base : des volets en bois, une ventilation fonctionnelle, des brasseurs d’air ou une bonne isolation ». Une démarche illégale qui expose les locataires à des sanctions, comme une mise en demeure ou une procédure d’expulsion en cas de non-paiement.
Sur les réseaux sociaux, plusieurs images circulent, dont un « tuto » pour les locataires dont la température intérieure dépasse les 26 °C, seuil maximal d’inconfort selon les normes sanitaires françaises. Les associations rappellent que cette initiative s’inscrit dans un mouvement plus large de lutte contre la précarité énergétique, alors que les vagues de chaleur deviennent plus fréquentes et intenses.
Pour les locataires, la situation reste précaire. Sans solution immédiate, la prochaine canicule pourrait aggraver encore les tensions entre propriétaires et occupants, alors que les températures estivales risquent de devenir la norme plutôt que l’exception.
Une « bouilloire thermique » désigne un logement qui surchauffe excessivement en période de canicule, en raison d’une mauvaise isolation ou d’un manque de protections solaires. Selon le diagnostic de performance énergétique (DPE), près d’un logement sur deux en France serait concerné.
En France, le locataire n’a pas le droit de suspendre unilatéralement son loyer, même en cas de logement insalubre. Cette pratique expose le locataire à des poursuites pour impayés, pouvant mener à une expulsion.