La députée La France insoumise Clémence Guetté défend une proposition de loi visant à élargir le champ de la reconnaissance juridique au-delà du couple et de la famille, afin de protéger les liens d’amitié qui structurent le quotidien de nombreux Français. Dans un livre publié le 27 août 2026, intitulé Pour une politique de l’amitié, l’élue du Val-de-Marne expose les grandes lignes d’un texte législatif qui ambitionne de transformer en profondeur le droit français. Selon nos confrères de Franceinfo – Politique, cette initiative s’inscrit dans un contexte marqué par une « épidémie de solitude » et une précarité matérielle croissante, où l’amitié joue un rôle de « bouée de sauvetage » pour des millions de personnes.
Ce qu’il faut retenir
- Clémence Guetté, députée LFI, défend une proposition de loi pour reconnaître juridiquement l’amitié, présentée dans son livre Pour une politique de l’amitié paru le 27 août 2026.
- Le texte propose notamment la création d’un « pacs amical », d’un statut renforcé pour les marraines et parrains civils, et l’élargissement des congés pour deuil, parentalité ou accompagnement de proches.
- Parmi les mesures phares : un congé de parentalité transférable à un ami, un congé proche aidant étendu aux amis, et l’autorisation d’absence pour le deuil d’un ami proche.
- La députée souhaite aussi réserver une partie du parc social aux colocations d’amis et permettre aux fonctionnaires de demander une mutation pour « rapprochement amical ».
Dans son ouvrage, Clémence Guetté souligne que « dans notre corpus juridique, tout est pensé pour le couple et pour la famille ». Elle regrette que les autres formes de solidarité, notamment l’amitié, soient « les grands oubliés du droit ». Pour l’élue, il s’agit de reconnaître « l’importance intime et sociale de l’amitié », sans pour autant enfermer ce lien dans un cadre rigide. Cette proposition intervient alors que des figures politiques comme Bruno Retailleau ou Gabriel Attal, candidats à la présidentielle, ont déjà fait part de leur opposition à ces idées.
Un statut juridique pour les marraines et parrains civils
Parmi les mesures phares de sa proposition, Clémence Guetté souhaite offrir une reconnaissance juridique au rôle des marraines et parrains civils, souvent choisis parmi les amis proches. Aujourd’hui, le baptême civil en mairie relève du symbole et ne crée aucun engagement légal. La députée propose de transformer ce rituel en un véritable contrat, engageant la responsabilité de l’adulte envers l’enfant. « Nous sommes nombreuses et nombreux à vouloir accorder à nos ami·es le même rôle que celui qu’occuperait une tante ou un oncle dans la vie et l’éducation de nos enfants », explique-t-elle. Ce statut permettrait de confier l’enfant à ses parrains ou marraines en cas de décès ou de maltraitance des parents, sous réserve qu’ils s’engagent à contribuer à son émancipation.
Vers un « pacs amical » et une adoption sociale
Autre mesure centrale : la création d’un « pacs amical », inspiré de l’adoption sociale défendue par Jean-Luc Mélenchon lors de la présidentielle de 2022. Ce partenariat social, distinct du pacs classique, permettrait à deux personnes liées par une amitié forte de formaliser leur engagement mutuel. Contrairement au pacs traditionnel, il ne nécessiterait pas de résidence commune. Les signataires pourraient bénéficier d’une aide matérielle réciproque et léguer leurs biens à leur ami·e, « comme s’il était son héritier en ligne directe », avec des avantages fiscaux. « Lorsque l’on a choisi sa famille et que des ami·es sont devenu·es central·es dans notre existence, ne pas les voir dépossédé·es de tout au moment de notre décès est absolument fondamental », souligne la députée.
Des congés étendus pour soutenir les amis dans les moments clés
Clémence Guetté propose également d’élargir les droits liés aux congés, notamment pour les parents isolés et les aidants. Elle suggère que le congé de parentalité (qui remplacerait les actuels congés maternité et paternité) puisse être transféré à un·e ami·e en cas de famille monoparentale. « Un·e ami·e doit pouvoir épauler une personne qui vit une naissance, puis un post-partum, des moments de très grande vulnérabilité, à la fois psychique et matérielle », justifie-t-elle. Elle étend cette logique au congé pour enfant malade, permettant à un·e ami·e de prendre le relais dans les familles monoparentales, où les mères isolées subissent une « double peine » faute de soutien.
La proposition inclut aussi l’élargissement du congé proche aidant aux amis. Actuellement, un salarié ne peut accompagner un proche malade que si celui-ci vit sous le même toit ou est un membre de sa famille. « On peut obtenir un congé pour accompagner la sœur de son conjoint au quotidien, jamais pour sa meilleure amie », déplore Clémence Guetté. Enfin, elle souhaite autoriser les salarié·es à s’absenter en cas de deuil d’un ami proche, une mesure soutenue par une étude du Crédoc : 10 % des personnes ayant perdu un ami en ressentent encore les conséquences sur leur travail plus d’un an après.
Habitat collectif et mutation pour « rapprochement amical »
Pour répondre à l’évolution des modes de vie, la députée propose de réserver une partie du parc social à des logements conçus pour des colocations d’amis, sur le modèle des résidences intergénérationnelles qui se développent. « Il s’agit de favoriser l’éclosion de nouveaux modes d’habitats en dehors du schéma de la famille nucléaire », explique-t-elle. Autre mesure inspirée du philosophe Geoffroy de Lagasnerie : permettre aux fonctionnaires de demander une mutation pour « rapprochement amical », au même titre que le « rapprochement de conjoint » déjà existant. « Sur cette proposition comme sur les autres, l’élue entretient peu d’illusions quant à leur adoption dans la configuration actuelle de l’Assemblée, où ni La France insoumise ni les partis de gauche ne disposent de la majorité », note Franceinfo.
Contactée par Franceinfo, Clémence Guetté reconnaît que son projet est ambitieux, mais insiste sur son caractère « nécessaire ». « Dans un pays où la solitude et la précarité s’aggravent, reconnaître l’amitié comme un pilier de notre vie sociale n’est pas un luxe, c’est une urgence », déclare-t-elle. Reste à savoir si le législateur sera prêt à franchir ce pas.
Le « pacs amical » reposerait sur une déclaration commune entre deux personnes liées par une amitié forte, sans exigence de résidence commune. Les signataires s’engageraient à s’apporter une aide matérielle et une assistance réciproque, et pourraient léguer leurs biens à leur ami·e avec des avantages fiscaux similaires à ceux d’un héritier en ligne directe.
Clémence Guetté n’a pas détaillé de modalités financières précises dans son livre ou ses interventions. Elle évoque cependant une réflexion sur l’optimisation des dispositifs existants, comme les avantages fiscaux liés aux héritages, et une possible mutualisation des coûts avec d’autres réformes sociales. Aucune estimation budgétaire n’a encore été publiée.