Un haut responsable d’une faction dissidente des ex-Farc, présenté comme mort par les autorités colombiennes le 20 juin dernier, a réapparu dans une vidéo diffusée lundi 8 juillet par les réseaux sociaux, mettant en doute la version officielle de son décès. Selon Le Figaro, le ministre de la Défense, Pedro Sanchez, a lui-même exprimé des doutes sur la neutralisation du commandant, connu sous le pseudonyme de « Marlon ».

Ce qu'il faut retenir

  • Le gouvernement colombien avait annoncé le 20 juin la mort de « Marlon », alias du numéro 2 de l’État-major central (EMC), lors d’une opération militaire dans le département du Cauca.
  • Une vidéo diffusée par les dissidents montre l’intéressé en tenue de camouflage, affirmant avoir survécu à l’attaque du 20 juin.
  • Le ministre de la Défense, Pedro Sanchez, a souligné que « le corps n’ayant pas été récupéré, cette neutralisation ne pouvait être considérée comme totalement confirmée ».
  • « Marlon » était le responsable d’un attentat à la bombe ayant fait une vingtaine de victimes civiles en avril 2026.
  • Les autorités ont annoncé des vérifications pour établir l’authenticité de la vidéo et les circonstances de son enregistrement.

Une opération militaire contestée par les guérilleros

Le 20 juin 2026, le gouvernement colombien avait affirmé avoir neutralisé « Marlon », bras droit d’Ivan Mordisco, chef de l’État-major central (EMC). Cet organisme est la principale faction dissidente des ex-Farc, ayant rejeté l’accord de paix de 2016. Les autorités s’étaient alors félicitées de cette opération, présentée comme un succès majeur contre l’ennemi public numéro un du pays. Pourtant, lundi 8 juillet, une vidéo circulant sur les réseaux sociaux montre un homme en tenue militaire, identifié comme « Marlon » par les dissidents, affirmant avoir survécu à l’attaque du 20 juin.

Dans ce document non authentifié à ce stade, l’intéressé déclare que « la lutte armée reste un instrument légitime ». Il apparaît aux côtés d’un autre guérillero, également armé, près d’un campement. Les autorités n’ont pas encore confirmé l’authenticité de la séquence, mais le ministre de la Défense a indiqué que des « vérifications nécessaires » étaient en cours pour établir les circonstances de son enregistrement.

Le ministre de la Défense face au doute

Pedro Sanchez a reconnu que les rapports opérationnels et de renseignement indiquaient que le guérillero « avait été neutralisé ». Cependant, il a rappelé que « le corps n’ayant pas été récupéré, cette neutralisation ne pouvait être considérée comme totalement confirmée, cela ne pouvant être établi que par expertise technique du cadavre ». Une nuance qui interroge sur la fiabilité des informations transmises initialement par les forces de l’ordre.

Le ministre a par ailleurs précisé que « Marlon » était le commandant de l’EMC dans le département du Cauca, région particulièrement touchée par les violences. Il était notamment responsable d’un attentat à la bombe ayant causé une vingtaine de victimes civiles en avril 2026, un événement qui avait marqué l’opinion publique. Les autorités avaient alors salué cette opération comme un coup dur porté aux dissidents.

Un contexte politique sous haute tension

La réapparition de « Marlon » intervient dans un contexte politique colombien particulièrement tendu. Le pays vient en effet d’élire Abelardo de La Espriella, candidat de la droite dure, pour succéder à Gustavo Petro à la présidence. Promettant une politique de fermeté face aux groupes armés, le nouveau président prendra ses fonctions en août 2026. Son élection marque un tournant par rapport à la politique de dialogue entreprise par son prédécesseur.

Dans une déclaration attribuée à « Marlon » et relayée par les dissidents, celui-ci réaffirme que « la lutte armée reste un instrument légitime ». Cette prise de position survient alors que les tensions entre l’État et les groupes armés se sont intensifiées ces derniers mois. L’EMC, l’un des principaux acteurs de la guérilla, continue de défier les autorités malgré les offensives militaires menées depuis 2023.

Les autorités face à une situation complexe

Les services de renseignement colombiens doivent désormais établir l’authenticité de la vidéo et déterminer si elle a été tournée avant ou après l’opération du 20 juin. Le ministre Sanchez a indiqué que les « autorités compétentes conduisent déjà les vérifications nécessaires ». Pour l’instant, aucune preuve formelle ne permet de confirmer ou d’infirmer la mort du commandant de l’EMC.

Cette incertitude met en lumière les limites des opérations militaires dans un conflit qui dure depuis des décennies. La Colombie, malgré l’accord de paix de 2016 avec les Farc, reste aux prises avec des factions dissidentes, dont l’EMC, qui continuent de mener des actions violentes. La disparition de « Marlon » avait été présentée comme un succès, mais sa réapparition soulève désormais des questions sur la fiabilité des informations transmises par l’armée et la police.

Et maintenant ?

Les prochaines semaines pourraient être déterminantes. Les autorités devraient communiquer les résultats des enquêtes sur l’authenticité de la vidéo, tandis que le nouveau président Abelardo de La Espriella devrait préciser sa stratégie face aux groupes armés. Une confirmation de la survie de « Marlon » pourrait relancer les négociations ou, au contraire, justifier une intensification des opérations militaires. Dans tous les cas, cette affaire risque de peser sur la crédibilité des institutions colombiennes.

La situation reste donc sous haute surveillance, d’autant que les dissidents pourraient profiter de ce coup de théâtre pour renforcer leur propagande. Le gouvernement, de son côté, devra clarifier sa position pour éviter une perte de confiance dans ses opérations.

Abelardo de La Espriella est un candidat de droite dure élu président de Colombie en juin 2026, succédant à Gustavo Petro. Il a promis une politique de fermeté face aux groupes armés, ce qui pourrait conduire à une intensification des opérations militaires contre l’EMC et d’autres factions dissidentes. Son élection marque un tournant par rapport à la politique de dialogue de son prédécesseur.

L’État-major central (EMC) est la principale faction dissidente des ex-Farc, ayant rejeté l’accord de paix de 2016. Il est dirigé par Ivan Mordisco et mène des actions violentes contre l’État, malgré les offensives militaires menées depuis plusieurs années. L’EMC est responsable de nombreux attentats et affrontements dans des régions comme le Cauca.