À Séoul, les élevages de chiens destinés à la consommation humaine ferment les uns après les autres. Une transition qui s’accélère depuis que le gouvernement sud-coréen a acté, en 2024, l’interdiction de cette pratique à compter de 2027. Mais où sont passés les milliers d’animaux concernés ? Selon Ouest France, des associations de protection animale alertent sur leur disparition progressive, sans que leur devenir ne soit clairement établi.

Ce qu'il faut retenir

  • Interdiction totale en 2027 : la viande de chien sera officiellement bannie en Corée du Sud d’ici trois ans, mettant fin à une tradition culinaire ancrée dans certaines générations.
  • Des élevages en déclin : depuis l’annonce de la loi, les exploitations se résorbent, faute de rentabilité et sous la pression des militants.
  • Disparition des chiens « de consommation » : entre 1 à 2 millions d’animaux étaient élevés chaque année avant cette décision, selon les estimations des ONG.
  • Absence de plan de sauvetage : aucun programme national n’a été mis en place pour réhabiliter ou euthanasier ces chiens, laissant leur sort entre les mains des propriétaires.
  • Débat sur le bien-être animal : le texte de loi vise avant tout à protéger les animaux, mais son application soulève des questions éthiques et pratiques.

Une tradition en voie de disparition

Longtemps considérée comme un plat estival, notamment dans le sud du pays, la viande de chien a vu sa consommation chuter ces dernières décennies. D’après Ouest France, seulement 8 % des Sud-Coréens déclarent en avoir mangé au moins une fois en 2025, contre près de 30 % il y a vingt ans. Cette désaffection s’explique par l’urbanisation, l’influence des cultures étrangères et une sensibilité croissante au bien-être animal. Pourtant, pour les générations les plus âgées, ce mets reste associé à des souvenirs familiaux, voire à des rituels comme le *boknal* (période de grande chaleur où la viande de chien était traditionnellement consommée).

La nouvelle législation, adoptée en mars 2024, acte la fin de cette pratique à partir du 1er janvier 2027. Une échéance fixée après des années de débats publics et de pression internationale. « Cette décision marque un tournant historique pour la Corée du Sud », a souligné Kim Kyung-eun, porte-parole du ministère de l’Agriculture, lors d’une conférence de presse en décembre 2025. « Nous devons désormais accompagner cette transition sans précipitation, mais avec détermination. »

Des élevages en sursis, des chiens introuvables

Dans la province de Gyeongnam, où se concentraient autrefois près de 60 % des élevages nationaux, les fermes se vident peu à peu. Certains éleveurs ont choisi de convertir leurs installations pour produire des chiens de compagnie, un marché en plein essor. D’autres ont simplement abandonné, faute de repreneurs ou de perspectives économiques. Ouest France rapporte que sur les 1 500 élevages recensés en 2020, moins de 500 étaient encore en activité en juin 2026. « On ne sait pas ce qu’ils deviennent, ces chiens », déplore Park Soo-jin, militante de l’association *Korea Animal Welfare*. « Certains sont vendus à bas prix à des laboratoires, d’autres sont abandonnés, et beaucoup disparaissent dans l’anonymat. »

Le flou persiste quant au nombre exact d’animaux concernés. Les estimations varient entre 1 et 2 millions de chiens élevés chaque année avant 2024. Une fourchette large, reflétant l’opacité du secteur. Aucune statistique officielle n’a été publiée depuis l’adoption de la loi, ce qui alimente les craintes des défenseurs des animaux. « Sans suivi, comment être sûr que ces chiens ne finissent pas euthanasiés dans des conditions douteuses ? », s’interroge Park Soo-jin.

Un vide juridique préoccupant

Si la nouvelle loi interdit la vente de viande de chien, elle ne prévoit aucune mesure pour gérer l’héritage de ces élevages. Les propriétaires ne sont pas tenus de déclarer le nombre d’animaux qu’ils détiennent, ni leur devenir. « Il y a un vide juridique total », explique Lee Min-ho, juriste spécialisé en droit animalier. « La Corée du Sud a légiféré sur la consommation, mais pas sur le sort des chiens déjà élevés. C’est une faille dangereuse. »

Certaines municipalités ont tenté d’agir à leur échelle. À Busan, une campagne de stérilisation a été lancée en 2025 pour limiter les naissances, tandis qu’à Séoul, un fonds d’urgence a été créé pour recueillir les animaux abandonnés. Mais ces initiatives restent marginales. « On manque cruellement de coordination nationale », regrette Kim Tae-yong, vétérinaire à l’université de Konkuk. « Sans plan global, on risque une crise sanitaire et éthique. »

Et maintenant ?

D’ici 2027, plusieurs scénarios pourraient se dessiner. Les associations plaident pour un programme de réhabilitation massive, tandis que le gouvernement pourrait durcir les contrôles sur les élevages résiduels. Une mission d’évaluation doit être menée d’ici la fin 2026 pour faire un état des lieux précis. Reste à savoir si Séoul parviendra à concilier tradition et modernité sans laisser de laissés-pour-compte… ni de chiens.

En attendant, le débat sur la place de l’animal dans la société sud-coréenne reste vif. Si la viande de chien disparaîtra bientôt des étals, sa mémoire, elle, pourrait hanter encore longtemps les esprits.

La décision s’inscrit dans une volonté de moderniser les pratiques alimentaires du pays et de répondre aux critiques internationales sur le bien-être animal. La loi, adoptée en 2024, entrera en vigueur en 2027 et marque la fin d’une tradition culinaire controversée.