Le lundi 22 juin 2026, Antoine Denoix, PDG d’AXA Climate, était l’invité de l’émission « Le monde qui bouge – L’Interview » sur BFM Business, présentée par Laure Closier. Au cœur des échanges : la publication d’un nouveau rapport mettant en lumière les coûts astronomiques liés à l’absence de mesures d’adaptation face au changement climatique, ainsi que les opportunités financières offertes par une politique proactive d’investissement dans ces domaines.

Selon BFM Business, cette étude souligne que l’inaction climatique pourrait coûter plusieurs points de PIB à moyen terme, tandis que les solutions d’adaptation – infrastructures résilientes, technologies vertes ou encore gestion des risques naturels – s’avèrent de plus en plus rentables sur le plan économique. « Les chiffres sont clairs : chaque euro investi dans l’adaptation évite des pertes bien plus lourdes », a déclaré Antoine Denoix lors de l’interview.

Ce qu’il faut retenir

  • Un nouveau rapport commandé par AXA Climate révèle que l’inaction climatique coûterait plusieurs points de PIB mondial dans les décennies à venir, selon des projections détaillées.
  • Les mesures d’adaptation – comme la rénovation des infrastructures ou le développement de solutions fondées sur la nature – présentent un retour sur investissement élevé, avec des bénéfices estimés à plusieurs fois les coûts initiaux.
  • Le PDG d’AXA Climate, Antoine Denoix, a insisté sur la nécessité d’une mobilisation rapide des acteurs publics et privés pour éviter une aggravation des pertes économiques.
  • L’émission « Le monde qui bouge – L’Interview » est diffusée chaque jour de la semaine sur BFM Business et disponible en podcast.

Un rapport accablant sur les conséquences de l’immobilisme

Le document, rendu public ce lundi, s’appuie sur des modélisations économiques complexes pour quantifier l’impact de l’inaction climatique. Selon les scénarios retenus, les pertes annuelles pourraient atteindre 5 à 10 % du PIB mondial d’ici 2050 si aucune mesure structurelle n’est prise. « Les secteurs les plus exposés – agriculture, tourisme, assurance – paieraient le prix fort, mais aucun domaine ne serait épargné », a expliqué Antoine Denoix. Le rapport insiste également sur les inégalités accrues que générerait cette absence de réaction, avec des pays en développement particulièrement vulnérables.

Parmi les exemples concrets cités : les coûts liés aux canicules extrêmes, qui pèsent déjà sur la productivité et les systèmes de santé, ou encore les perturbations des chaînes d’approvisionnement dues aux événements météorologiques violents. « On parle de centaines de milliards d’euros de pertes annuelles évitables », a souligné le PDG. Le rapport rappelle que ces chiffres ne sont pas des projections abstraites, mais des réalités déjà observables dans certaines régions du globe.

L’adaptation climatique, un levier économique sous-exploité

Contrairement aux idées reçues, les solutions d’adaptation ne relèvent pas uniquement de la dépense publique. Le rapport met en avant des modèles économiques rentables, où les investissements ciblés génèrent des bénéfices à moyen et long terme. Par exemple, la construction de digues ou la végétalisation des villes pour lutter contre les îlots de chaleur permettraient de réduire les coûts liés aux catastrophes naturelles de jusqu’à 40 % dans certaines zones, selon les estimations.

Antoine Denoix a également évoqué le rôle des acteurs financiers, comme AXA Climate, dans le financement de ces projets. « Les investisseurs privés ont un rôle clé à jouer, notamment via des fonds dédiés à l’adaptation. Ces placements ne sont pas philanthropiques : ils sont stratégiques », a-t-il précisé. Le rapport cite des cas concrets, comme la rénovation des réseaux électriques en Floride pour résister aux ouragans, ou encore l’adaptation des ports européens aux montées des eaux. « Ces exemples montrent que l’adaptation n’est pas un coût, mais une opportunité de développement durable. »

Et maintenant ?

Plusieurs échéances clés pourraient accélérer la prise de conscience et les actions. D’ici la fin de l’année 2026, la COP29, prévue en novembre à Bakou (Azerbaïdjan), doit notamment aboutir à des engagements renforcés en matière de financement de l’adaptation. Par ailleurs, l’Union européenne finalise actuellement son nouveau cadre réglementaire pour les obligations vertes, avec une attention particulière portée aux projets d’adaptation.

Du côté des entreprises, la pression des actionnaires et des régulateurs se fait de plus en plus forte pour intégrer les risques climatiques dans les stratégies de gestion. « Les retardataires pourraient subir une décote de leur valorisation boursière, tandis que les pionniers en tireront des avantages concurrentiels », a rappelé Antoine Denoix. Reste à voir si ces dynamiques suffiront à inverser la tendance avant que les coûts de l’inaction ne deviennent ingérables.

Un appel à une mobilisation globale

Le rapport d’AXA Climate s’inscrit dans un contexte où les alertes scientifiques se multiplient. Le GIEC a récemment souligné que les fenêtres d’action pour limiter le réchauffement à 1,5°C se réduisent comme peau de chagrin. Dans ce cadre, l’adaptation n’est plus une option, mais une nécessité. « On ne peut plus se contenter de parler de mitigation. Il faut agir maintenant sur les deux fronts », a insisté Antoine Denoix.

Les pouvoirs publics, les entreprises et les citoyens sont donc appelés à revoir leur copie. Les collectivités locales, par exemple, pourraient bénéficier de financements européens pour des projets comme la création de corridors écologiques ou la modernisation des réseaux de transport. Côté entreprises, les secteurs de l’énergie, de l’agroalimentaire ou de l’assurance sont particulièrement concernés, avec des risques financiers déjà évalués par les agences de notation.

« Le coût de l’inaction est une facture que nos enfants paieront à notre place. À l’inverse, l’adaptation est un investissement pour demain », a conclu Antoine Denoix. Une équation qui, selon lui, devrait faire consensus dans les années à venir. Reste à savoir si les décisions suivront les constats.

Selon le rapport d’AXA Climate, les secteurs les plus exposés incluent l’agriculture (pertes de récoltes, désertification), le tourisme (destruction d’infrastructures côtières), l’assurance (hausse des sinistres) et l’énergie (interruptions de production liées aux événements extrêmes). Les pays en développement, moins armés pour faire face, seraient les plus vulnérables, avec des pertes pouvant représenter jusqu’à 15 % de leur PIB.

Les particuliers ont un rôle à jouer en soutenant des projets locaux (végétalisation, énergies renouvelables) ou en optant pour des assurances couvrant les risques climatiques. Ils peuvent aussi faire pression sur les élus via des initiatives citoyennes ou des consultations publiques. Enfin, adopter des comportements sobres (réduction des déchets, mobilité douce) contribue indirectement à limiter les pressions sur les écosystèmes, renforçant ainsi leur résilience.