Le gouvernement danois a annoncé, ce lundi 29 juin 2026, un plan visant à établir un ordre de priorité strict pour l’accès aux capacités disponibles du réseau électrique, désormais soumis à une pression sans précédent. Selon Le Figaro, les projets de centres de données, considérés comme particulièrement énergivores, seront placés tout en bas de cette hiérarchie, une décision qui reflète l’urgence à laquelle le pays fait face pour garantir l’approvisionnement des secteurs essentiels.
Dans un communiqué, le ministère du Climat et de l’Énergie a rappelé que « historiquement, le Danemark disposait d’un réseau électrique suffisant. Ce n’est plus le cas aujourd’hui ». Une situation qui s’explique par une demande en forte hausse, dépassant largement les capacités disponibles à court terme. Cette annonce intervient alors que le gestionnaire public de réseau Energinet avait déjà suspendu, en mars 2026, tout nouveau raccordement pendant trois mois, en raison d’une demande estimée à 60 gigawatts, contre une capacité maximale de 7 gigawatts lors des pics de consommation.
Ce qu'il faut retenir
- Le Danemark va mettre en place un ordre de priorité pour l’accès à l’électricité, avec les centres de données en dernière position.
- Le pays fait face à une demande record de 60 GW, alors que son réseau ne peut fournir que 7 GW en pic.
- Un projet de loi sera présenté à la rentrée parlementaire pour classer les accès en quatre catégories, incluant les « besoins protégés » et les « grands consommateurs d’énergie ».
- La ministre du Climat, Samira Nawa, a souligné l’importance de garantir l’électricité aux ménages, santé, défense et transports, au détriment des projets peu flexibles.
- La part des énergies renouvelables dans la production électrique danoise atteignait 90 % en 2025.
La ministre du Climat, Samira Nawa, a justifié cette décision en insistant sur la nécessité de préserver les fonctions vitales du pays. « Il existe un large soutien en faveur d’un plan d’urgence qui garantisse que la capacité disponible soit utilisée pour ce qui est le plus important pour le Danemark », a-t-elle déclaré dans le communiqué. « Les ménages, le secteur de la santé, la défense, les transports, le chauffage urbain, les entreprises et les énergies renouvelables ne doivent pas être relégués au second plan, tandis que des projets de très grande envergure et peu flexibles accaparent la capacité limitée. »
Pour répondre à cette crise structurelle, le gouvernement danois propose de classer les accès à l’électricité en quatre catégories distinctes. La première regroupera « les besoins protégés et fonctions essentielles pour la société », tandis que la quatrième, la moins prioritaire, concernera « certains grands consommateurs d’énergie ». Plusieurs dirigeants de la majorité de centre gauche, au pouvoir depuis les dernières élections, ont explicitement désigné les centres de données comme faisant partie de cette catégorie. Un projet de loi sera soumis au parlement à la rentrée politique, probablement dès septembre 2026.
Une réforme pour un réseau électrique sous tension
Le Danemark, pionnier en matière d’énergies renouvelables — avec une production électrique à 90 % verte en 2025 — se trouve aujourd’hui confronté à un paradoxe : disposer d’une électricité majoritairement décarbonée, mais en quantité insuffisante pour répondre à la demande croissante. Le pays mise depuis des années sur l’éolien et le solaire, mais les infrastructures de transport et de distribution peinent à suivre le rythme. Selon Energinet, les projets en attente de raccordement représentent désormais une capacité équivalente à huit fois la demande maximale actuelle du réseau.
Cette situation a poussé les autorités à accélérer la mise en place d’un « plan d’urgence », dont l’objectif est d’appliquer les nouvelles règles « dès le prochain traitement des demandes de raccordement au réseau de grande envergure, prévu à l’automne 2026 ». Parallèlement, des négociations sont en cours pour développer plus rapidement le réseau électrique et élaborer un plan global d’infrastructures énergétiques à horizon 2035. Cependant, la confédération de l’industrie danoise, Dansk Industri, a tempéré cet optimisme dans un communiqué : « Ce plan d’urgence répond à un défi immédiat, mais n’aborde pas suffisamment la manière dont le problème de capacité sera résolu à plus long terme. »
Les centres de données, symboles d’une transition énergétique en tension
L’essor des data centers au Danemark illustre les tensions croissantes entre la transition numérique et la transition énergétique. Ces infrastructures, souvent accueillies avec enthousiasme pour leur potentiel économique, sont désormais perçues comme un fardeau pour le réseau électrique. Leur consommation massive et leur faible flexibilité en font des cibles privilégiées pour les restrictions, alors qu’ils représentaient jusqu’ici un argument de poids pour attirer les investisseurs étrangers.
Cette décision s’inscrit dans un contexte plus large de remise en question de l’attractivité des pays européens pour les géants du numérique. En France, par exemple, des obstacles persistent pour attirer de nouveaux centres de données, alors que les factures d’électricité explosent et que les débats sur la sobriété énergétique gagnent en intensité. Aux États-Unis, la multiplication de ces infrastructures est devenue un sujet politique majeur, notamment en raison de leur impact sur les coûts et la disponibilité de l’électricité pour les ménages.
Cette réorganisation du réseau électrique danois soulève une question centrale : jusqu’où un pays peut-il concilier transition numérique et transition énergétique sans sacrifier ni l’une ni l’autre ? Les prochains mois seront déterminants pour évaluer l’efficacité de ce « plan d’urgence » et son impact sur l’attractivité économique du Danemark.
Les centres de données sont particulièrement énergivores et peu flexibles dans leur consommation. Avec une demande estimée à 60 GW pour seulement 7 GW de capacité disponible en pic, le gouvernement danois a choisi de protéger en priorité les secteurs essentiels comme les ménages, la santé ou les transports. Ces infrastructures, bien que stratégiques pour l’économie, accaparen une part disproportionnée de l’électricité disponible, selon les autorités.
Le projet de loi classe les accès en quatre catégories. La première inclut « les besoins protégés et fonctions essentielles pour la société » (santé, défense, transports, etc.). La deuxième et la troisième concernent les entreprises et les énergies renouvelables. Enfin, la quatrième catégorie, la moins prioritaire, regroupe « certains grands consommateurs d’énergie », identifiés comme les centres de données.