Alors que la France affiche une dette publique à 117,5 % du PIB au premier trimestre 2026, selon les dernières données disponibles, les signaux d’alerte s’accumulent. Le gouvernement a convoqué un comité d’alerte des finances publiques le 7 juillet, tandis que la Cour des comptes publie un rapport indiquant que « tous les signaux des finances publiques sont au rouge ». Dans ce contexte, le prix Nobel d’économie Philippe Aghion, invité de France Inter le 30 juin dernier, pointe du doigt la gestion du « quoi qu’il en coûte », une politique lancée par Emmanuel Macron en 2020 pour soutenir l’économie face à la pandémie de Covid-19. Selon Capital, l’économiste estime que cette mesure aurait dû être arrêtée dès 2021, et non prolongée, en raison notamment de l’élection présidentielle de 2022.

Ce qu’il faut retenir

  • La dette publique française atteint 117,5 % du PIB en mars 2026, un niveau supérieur à celui enregistré lors de la crise sanitaire du Covid-19.
  • Le gouvernement a convoqué un comité d’alerte des finances publiques le 7 juillet 2026 pour évaluer la situation.
  • La Cour des comptes alerte sur le fait que « tous les signaux des finances publiques sont au rouge ».
  • Philippe Aghion, prix Nobel d’économie, critique le maintien du « quoi qu’il en coûte » au-delà de 2021, en raison des contraintes électorales de 2022.
  • L’économiste souligne que l’absence de mesures de réduction des dépenses a fortement contribué à l’augmentation de la dette.
  • Pour inverser la tendance, Aghion propose des solutions axées sur l’emploi, l’innovation et la maîtrise des dépenses publiques.

Un niveau de dette record, un signal d’alerte immédiat

Avec une dette publique s’élevant à 117,5 % du PIB en mars 2026, la France se distingue dans la zone euro. Selon les données de l’Institut national de la statistique et des études économiques (Insee), ce niveau dépasse celui enregistré lors du pic de la crise sanitaire liée au Covid-19. Ce constat inquiète les autorités : la Cour des comptes, dans son dernier rapport, estime que « tous les signaux des finances publiques sont au rouge ». Une formulation rare, qui reflète l’urgence de la situation. Face à ce constat, le ministre des Comptes publics, David Amiel, a décidé de réunir un comité d’alerte des finances publiques dès le 7 juillet 2026. Ce comité, prévu par la loi, a pour mission d’évaluer les risques pour les finances de l’État et de proposer des mesures correctives si nécessaire.

Cette réunion s’inscrit dans un contexte où la France reste le seul pays de la zone euro à afficher une dette supérieure à celle enregistrée pendant la crise sanitaire. Un paradoxe alors que la plupart des économies européennes ont entamé un processus de désendettement progressif. Les experts s’interrogent : comment expliquer cette situation ? Pour Philippe Aghion, la réponse est claire. Selon lui, le maintien du « quoi qu’il en coûte » bien au-delà de 2021 a joué un rôle central dans cette dégradation.

Le « quoi qu’il en coûte », une politique coûteuse et mal calibrée ?

Lorsqu’Emmanuel Macron lance le « quoi qu’il en coûte » en 2020, l’objectif est simple : protéger l’économie française du choc provoqué par les confinements successifs et l’arrêt brutal d’une grande partie de l’activité. Le dispositif, qui inclut des aides aux entreprises et aux ménages, ainsi que des reports de charges, permet alors d’éviter un effondrement de l’économie. Mais pour Philippe Aghion, ce soutien massif aurait dû être temporaire. Dans un entretien accordé à France Inter le 30 juin 2026, il déclare : « On aurait dû stopper le « quoi qu’il en coûte » en 2021 et on l’a stoppé trop tard ». Selon lui, la prolongation de cette politique au-delà de 2021 s’explique en partie par des raisons électorales : l’élection présidentielle de 2022 aurait incité le gouvernement à éviter toute mesure d’austérité susceptible de peser sur la croissance et, in fine, sur les perspectives de réélection.

Pour l’économiste, cette décision a eu des conséquences lourdes. « On n’a pas fait les mesures, c’est vraiment ça qui a fait augmenter beaucoup notre dette », explique-t-il. En d’autres termes, l’absence de plan de retour à l’équilibre budgétaire a creusé le déficit structurel de la France. Aujourd’hui, alors que la dette frôle les 120 % du PIB, la marge de manœuvre se réduit. David Amiel, ministre des Comptes publics, a d’ailleurs qualifié la situation de « baril de poudre », une métaphore qui illustre les risques encourus si aucune correction n’est engagée rapidement.

Des pistes pour réduire la dette, mais à quel rythme ?

Face à cette situation, Philippe Aghion propose une feuille de route pour inverser la tendance. Son approche repose sur trois axes : le court terme, le moyen terme et le long terme. À court terme, il plaide pour une maîtrise stricte des dépenses publiques, afin que celles-ci n’augmentent pas plus vite que le PIB. « On espère pouvoir faire augmenter les dépenses publiques moins vite que le PIB », indique-t-il. Cette condition est essentielle pour stabiliser la dette à moyen terme. À plus long terme, l’économiste mise sur deux leviers : l’emploi et l’innovation. Selon lui, une politique active de plein emploi permettrait de réduire les dépenses sociales et d’augmenter les recettes fiscales, tandis que l’innovation stimulerait la croissance et donc les ressources de l’État.

Ces propositions s’inscrivent dans un débat plus large sur la soutenabilité de la dette française. Alors que certains économistes appellent à des mesures d’austérité immédiates, d’autres, comme Aghion, privilégient une approche progressive, combinant réduction des dépenses et investissements productifs. Reste à savoir si le gouvernement, déjà sous pression, sera en mesure de concilier ces impératifs avec les attentes sociales et économiques d’un pays encore marqué par les séquelles de la crise sanitaire et les tensions inflationnistes récentes.

Et maintenant ?

Le comité d’alerte des finances publiques, réuni le 7 juillet 2026, devrait rendre ses conclusions dans les prochaines semaines. Ces recommandations pourraient servir de base à un plan de redressement budgétaire, qui serait présenté lors de la préparation du budget 2027. Dans l’immédiat, le gouvernement pourrait être tenté de reporter certaines dépenses ou d’augmenter les recettes fiscales, mais toute décision sera scrutée à l’aune de son impact sur la croissance et l’emploi. Une chose est sûre : l’urgence est là, et les marges de manœuvre se réduisent.

En attendant, la question de la soutenabilité de la dette française reste au cœur des débats économiques. Si le « quoi qu’il en coûte » a permis d’éviter une crise sociale majeure en 2020 et 2021, son coût à long terme interroge. Pour Philippe Aghion, une chose est certaine : « On n’a pas fait les mesures ». La balle est désormais dans le camp des décideurs politiques, qui devront arbitrer entre rigueur et relance dans un contexte économique toujours fragile.

Le « quoi qu’il en coûte » est un ensemble de mesures économiques mises en place par le gouvernement français en 2020 pour faire face à la crise du Covid-19. Ces mesures incluaient des aides aux entreprises, des reports de charges et des dispositifs de chômage partiel. Aujourd’hui, il est critiqué car son maintien prolongé au-delà de 2021 aurait contribué à creuser la dette publique, aujourd’hui à 117,5 % du PIB, selon les dernières données disponibles.

Une dette publique élevée peut limiter la capacité de l’État à investir, augmenter le coût du remboursement de la dette (via les intérêts) et réduire la confiance des marchés financiers. Selon la Cour des comptes, « tous les signaux des finances publiques sont au rouge », ce qui signifie que la situation est jugée préoccupante par les experts.