La Cour des comptes a examiné, mardi 8 juillet 2026, la responsabilité de six agents publics dans l’échec du projet « Scribe », un logiciel destiné à moderniser la rédaction des procédures pénales au sein de la police nationale. Malgré un investissement de plusieurs dizaines de millions d’euros, le projet a accumulé les dysfonctionnements, selon Le Monde, qui révèle les graves dérives ayant conduit à son abandon.
Depuis plusieurs années, les forces de l’ordre utilisaient des outils obsolètes pour rédiger les comptes-rendus judiciaires. En 2018, le ministère de l’Intérieur lançait le projet Scribe, porté par la police nationale et la gendarmerie, avec l’ambition de remplacer ces systèmes par une solution numérique unifiée. Pourtant, dès 2022, les premiers retards et surcoûts apparaissent. Aujourd’hui, c’est devant la juridiction financière que les responsabilités sont pointées du doigt.
Ce qu'il faut retenir
- Six agents publics ont été convoqués devant la Cour des comptes pour répondre de leur rôle dans l’échec du projet Scribe, un logiciel de rédaction de procédures pénales.
- Le projet, lancé en 2018, visait à moderniser les outils utilisés par la police et la gendarmerie, avec un budget de plusieurs dizaines de millions d’euros.
- Dès 2022, des dérives graves et des retards significatifs ont été constatés, entraînant l’abandon du projet en 2025.
- La Cour des comptes doit déterminer les responsabilités individuelles et collectives dans cet échec, selon les documents consultés par Le Monde.
Un projet ambitieux devenu un gouffre financier
Initialement présenté comme une révolution pour les enquêteurs, le logiciel Scribe devait permettre une rédaction plus rapide et standardisée des procédures pénales. Pourtant, dès les premières phases de test, les problèmes se sont multipliés. « Les retards se sont accumulés, les coûts ont explosé, et la qualité du produit final était loin des attentes », a déclaré un haut fonctionnaire sous couvert d’anonymat. Selon les documents internes consultés par Le Monde, le budget alloué au projet aurait été dépassé de plus de 50 %, atteignant près de 80 millions d’euros.
Les dysfonctionnements techniques n’ont pas été les seuls en cause. Des sources proches du dossier évoquent également des problèmes de gouvernance, avec des responsabilités diluées entre plusieurs administrations. « Personne n’a pris la mesure des risques ni assuré un pilotage rigoureux », a souligné un expert en gestion de projets publics. L’abandon définitif du projet en 2025 a laissé la police et la gendarmerie sans solution alternative, malgré les sommes engagées.
Des dérives organisationnelles et humaines pointées du doigt
Parmi les six agents publics mis en cause, certains occupaient des postes clés dans la supervision du projet. Selon les auditions menées par la Cour des comptes, des défauts de management et des conflits d’intérêts auraient favorisé l’émergence de ces dérives. « Il y a eu un manque criant de transparence dans la sélection des prestataires », a indiqué une source judiciaire. Plusieurs contrats passés avec des entreprises privées auraient été attribués sans appel d’offres transparent, ce qui aurait contribué à gonfler les coûts.
Par ailleurs, des témoignages recueillis par Le Monde révèlent que des fonctionnaires avaient alerté dès 2020 sur les risques encourus. « Nos avertissements sont restés lettre morte », a confié un ancien membre de l’équipe projet. La Cour des comptes doit désormais établir si ces manquements relèvent de simples erreurs de gestion ou de négligences plus graves, pouvant engager la responsabilité pénale des mis en cause.
Pour les agents directement concernés, la journée d’audience du 8 juillet marque un tournant. Leur avenir professionnel pourrait être remis en question, alors que les critiques sur la gestion publique des grands projets numériques ne cessent de croître. Reste à voir si cette affaire servira d’exemple ou si, au contraire, elle passera inaperçue dans le paysage déjà chaotique des réformes numériques de l’État.
Le logiciel Scribe devait remplacer les outils papier et informatiques obsolètes utilisés par la police et la gendarmerie pour rédiger les procédures pénales. L’objectif était d’automatiser et de standardiser la rédaction des comptes-rendus judiciaires, tout en réduisant les délais de traitement et les coûts de gestion.