Depuis plus de quatre ans, la guerre en Ukraine impose des besoins logistiques et militaires constants aux forces ukrainiennes. Parmi ces exigences figure la fabrication de drones et de filets de camouflage, deux équipements devenus indispensables pour contrer les attaques russes. Une initiative menée par des bénévoles ukrainiens exilés en Pologne tente de répondre à ces besoins, malgré un contexte politique et social de plus en plus défavorable dans le pays d’accueil. Selon Euronews FR, l’association « Courage Knows No Borders », basée à Varsovie, s’est spécialisée dans cette mission humanitaire et militaire.

Ce qu'il faut retenir

  • L’association « Courage Knows No Borders » fabrique des filets de camouflage et des drones FPV à Varsovie depuis février 2023.
  • Près de 35 000 mètres carrés de filets ont été produits, couvrant une surface équivalente à cinq terrains de football.
  • Le groupe peine désormais à recruter des bénévoles et à obtenir des dons en raison d’une lassitude croissante face à la guerre.
  • Une enquête de décembre 2025 révèle que 48 % des Polonais soutiennent encore l’accueil des réfugiés ukrainiens, un chiffre en baisse depuis 2022.
  • Les tensions politiques entre Varsovie et Kyiv se sont intensifiées après l’élection du nationaliste Karol Nawrocki en 2025.
  • Les nouvelles réglementations polonaises sur le transport compliquent l’acheminement de l’aide humanitaire vers l’Ukraine.

Une association née de l’urgence militaire

L’association « Courage Knows No Borders » a été créée en février 2023 pour répondre à un besoin urgent : produire des filets de camouflage et des drones FPV (First-Person View) destinés aux soldats ukrainiens. Ces équipements permettent de dissimuler les véhicules, les équipements et les positions face aux drones de reconnaissance et d’attaque russes, de plus en plus présents sur le front. Selon Ruslana Poplawska, coordinatrice du projet interrogée par l’AFP et citée par Euronews FR, « les besoins en filets de camouflage sont énormes. Nous avons des listes d’attente. Bien qu’ils soient aussi fabriqués en Ukraine, nous recevons un nombre considérable de demandes ».

Chaque samedi, les bénévoles se réunissent dans un local situé à proximité de l’ambassade de Russie à Varsovie. Leur travail alterne entre l’assemblage de drones et le tissage de filets à partir de bandelettes de tissu vert foncé. Sur les murs, des drapeaux signés par des bataillons ukrainiens qu’ils ont soutenus rappellent l’objectif de leur engagement. Depuis son lancement, l’association a produit quelque 35 000 mètres carrés de filets, une surface suffisante pour couvrir cinq terrains de football.

Un engagement mis à mal par la fatigue et l’hostilité grandissante

Malgré ces résultats, l’association fait face à des difficultés croissantes. La lassitude de la guerre, désormais entrée dans sa cinquième année, a réduit le nombre de bénévoles disponibles. « Le bénévolat est devenu plus compliqué. Beaucoup de gens ont arrêté. Les dons sont plus difficiles à obtenir et il y a de la fatigue », explique Ruslana Poplawska. « Au début de l’invasion à grande échelle, de nombreux Polonais venaient nous aider. Malheureusement, aujourd’hui, ils ont presque tous disparu ».

Ce déclin du soutien s’inscrit dans un climat politique tendu. L’élection présidentielle polonaise de 2025, remportée par le nationaliste Karol Nawrocki, a marqué un tournant dans les relations entre Varsovie et Kyiv. Les discours hostiles aux Ukrainiens se sont multipliés, tandis que les tensions mémorielles autour de la Seconde Guerre mondiale ont refait surface en juin 2026. Par ailleurs, les nouvelles règles de transport entrées en vigueur en mars 2026 imposent une bureaucratie accrue pour les camions transportant de l’aide vers l’Ukraine, dissuadant de nombreux transporteurs.

Une solidarité ukrainienne à Varsovie

Malgré ces obstacles, une trentaine de bénévoles, pour la plupart des Ukrainiens exilés, maintiennent l’activité du groupe. Parmi eux, Olga, originaire de Kremenchuk, consacre son unique jour de repos hebdomadaire à l’association. Coiffeuse à temps plein, elle tresse des filets le samedi et propose des coupes de cheveux gratuites aux compatriotes, à condition que les recettes soient reversées au projet. « La fatigue ? Nos gars là-bas sont encore plus épuisés, mais ils tiennent la ligne de front. Quand on pense à ça, on vient ici et on travaille », confie-t-elle.

L’association fonctionne comme un véritable réseau de solidarité. Tetiana, une retraitée originaire de Sloviansk, une ville du Donbass sous pression depuis plus de dix ans, décrit le groupe comme « une petite Ukraine au cœur de la Pologne ». « Ici, personne ne se sent seul », ajoute Natalia Kulbatska, une autre coordinatrice, pour qui cette initiative est « une vraie psychothérapie ».

Les drones, entre nécessité et dilemme éthique

À côté des filets, l’assemblage de drones FPV représente une autre facette du travail mené par les bénévoles. Wladyslaw Jentz, organisateur d’un projet parallèle ayant formé près de quarante personnes à la fabrication de ces engins, souligne leur importance : « Les drones sont nécessaires en permanence ». Autour d’une table encombrée de composants électroniques et de tasses de thé, une dizaine de bénévoles s’activent à assembler les pièces, guidés par des instructions en ukrainien. Sur l’une d’elles, une inscription manuscrite rappelle : « Ne pas vendre ».

Pour l’instant, l’association a produit une centaine de drones, un chiffre modeste comparé aux milliers utilisés quotidiennement sur le front. Pourtant, chaque engin compte. « C’est ma sécurité et celle de mes enfants », explique un père de trois enfants vivant en Pologne depuis quinze ans. « Si l’Ukraine ne tient pas, il y aura des conséquences ici ». Humaniste, il avoue cependant la difficulté à accepter le rôle joué par ces drones dans des opérations militaires : « C’est difficile à accepter… Mais nous vivons à une époque où stopper l’occupant est devenu une nécessité pour protéger des vies ».

Et maintenant ?

L’association « Courage Knows No Borders » devra composer avec un environnement de plus en plus hostile en Pologne. Si la détermination des bénévoles reste intacte, la pérennité du projet dépendra de sa capacité à recruter de nouveaux membres et à trouver des sources de financement stables. D’ici la fin de l’année 2026, une évaluation de l’impact des nouvelles réglementations polonaises sur l’acheminement de l’aide humanitaire pourrait révéler l’étendue des difficultés logistiques rencontrées par les organisations ukrainiennes en exil. Par ailleurs, les prochaines élections locales en Pologne, prévues pour 2027, pourraient redéfinir le climat politique autour de la question ukrainienne.

En Ukraine, la dépendance aux drones et aux filets de camouflage ne faiblira pas, tant que le conflit se poursuivra. À Varsovie, les bénévoles d’ « Courage Knows No Borders » continueront de tisser leur toile, entre solidarité et résilience, malgré les vents contraires.

L’association produit principalement deux types d’équipements : des filets de camouflage pour dissimuler véhicules et équipements face aux drones russes, et des drones FPV (First-Person View) utilisés pour des missions de reconnaissance et d’attaque. Selon ses coordinateurs, les demandes en filets restent très élevées, avec des listes d’attente persistantes.