Le Rassemblement National (RN) multiplie les contacts avec les dirigeants du MEDEF, les patrons du CAC 40 et des diplomates étrangers pour préparer la prochaine échéance électorale. Une stratégie visant à briser l’image d’un parti « infréquentable » dans les milieux économiques et à gagner en crédibilité sur la scène internationale. Selon Franceinfo – Politique, cette offensive s’appuie sur un réseau de conseillers spécialisés, souvent issus de milieux variés, pour établir des passerelles entre le parti d’extrême droite et les acteurs clés du pouvoir économique et diplomatique.

Ce qu'il faut retenir

  • Marine Le Pen et Jordan Bardella ont tissé des liens avec des dirigeants du MEDEF et du CAC 40, notamment lors d’un dîner secret en avril 2026.
  • Deux conseillers, François Durvye et Ambroise de Rancourt, jouent un rôle central dans cette stratégie de réseautage.
  • Le RN a rencontré des ambassadeurs des États-Unis, des Émirats arabes unis, du Liban, d’Allemagne et d’Israël, malgré des positions passées controversées.
  • Patrick Martin, président du MEDEF, a souligné en avril 2026 que l’important n’était pas l’affinité politique, mais la capacité à porter des convictions.

Un réseau de conseillers pour séduire les patrons

Paris, 19 juin 2026. Marine Le Pen se rend pour la première fois au salon Viva Technology, l’un des plus grands rendez-vous des entrepreneurs et innovateurs en Europe. Accompagnée des nouvelles têtes montantes du RN, elle cherche à s’imposer dans un milieu où son parti était jusqu’alors persona non grata. Parmi ses accompagnateurs, François Durvye, ancien collaborateur du milliardaire ultraconservateur Pierre-Édouard Stérin, désormais conseiller spécial de Jordan Bardella. « Je travaille avec les autres pour la victoire de ce parti l’année prochaine », résume-t-il sobrement. Son rôle ? Faciliter les contacts et rassurer les milieux économiques sur les ambitions du RN.

Autre figure clé de cette stratégie, Ambroise de Rancourt, ex-mélenchoniste reconverti en directeur de cabinet de Marine Le Pen. Ce dernier, proche de la présidente du RN qu’il appelle « la patronne », agit comme un guide discret mais efficace pour introduire Le Pen auprès des dirigeants d’entreprise. « Là, c’est le patron qui va te recevoir, qui est un mec hyper malin », glisse-t-il lors de ces rencontres. Ces conseillers, souvent discrets, permettent au RN de combler un vide : celui d’une méconnaissance des réalités économiques de la part de ses dirigeants.

Des dîners secrets et des rencontres avec le CAC 40

Cette offensive dans le monde de l’entreprise a pris une dimension concrète en avril 2026, lorsque Marine Le Pen a participé à un dîner secret avec plusieurs dirigeants du CAC 40. Un événement rare, qui a marqué une rupture avec l’image d’un parti jusqu’alors perçu comme hostile aux milieux économiques. Jordan Bardella, lui, a multiplié les rencontres avec les responsables du MEDEF, malgré un programme économique jugé radical par de nombreux patrons. « Pour nous, la question ce n’est pas de savoir qui nous va bien, c’est de savoir qui épousera de manière convaincante nos convictions », déclarait Patrick Martin, président du MEDEF, le 15 avril 2026. Une déclaration qui résume l’approche pragmatique des milieux économiques face au RN : la crédibilité prime sur l’idéologie.

Parmi les participants à ces échanges, on retrouve des figures comme François Durvye et Ambroise de Rancourt, dont les profils atypiques – ancien collaborateur d’un milliardaire ultraconservateur pour le premier, ex-mélenchoniste pour le second – permettent de brouiller les cartes. Leur mission ? Rassurer les dirigeants sur la capacité du RN à gouverner et à dialoguer avec les acteurs économiques. « Ils viennent participer à une aventure qui est l’aventure du redressement du pays », a commenté Marine Le Pen lors de ces rencontres.

Le RN s’invite dans le jeu diplomatique

Outre les milieux économiques, le Rassemblement National cherche aussi à s’imposer sur la scène diplomatique. Grâce à l’entremise d’Ambroise de Rancourt, dont le curriculum vitae mentionne trois années passées au ministère des Armées, Marine Le Pen et Jordan Bardella ont rencontré plusieurs ambassadeurs étrangers. Parmi eux, Charles Kushner, émissaire des États-Unis et proche de Donald Trump, l’ambassadeur des Émirats arabes unis ou encore le représentant du Liban. Des rencontres qui, selon les observateurs, visent à normaliser l’image internationale du parti et à préparer d’éventuels changements de alliances.

D’autres entretiens, plus discrets, ont été révélés a posteriori, comme la rencontre entre Jordan Bardella et l’ambassadeur d’Allemagne, ou celle entre Marine Le Pen et Joshua Zarka, ambassadeur d’Israël en France. Ce dernier, malgré les positions passées du FN sur l’antisémitisme, a adopté une posture pragmatique : « Ça ne veut pas dire que nous soutenons la politique du Rassemblement National, ça veut dire que nous parlons à tout le monde. (...) Ça ne se faisait pas auparavant, effectivement », a-t-il déclaré. Une ouverture qui illustre la volonté du RN de s’affranchir de son passé et de se présenter comme un interlocuteur crédible.

Un réseau d’informateurs au Quai d’Orsay ?

Si la plupart de ces rencontres sont initiées par les ambassades, le RN semble aussi disposer de relais au sein même du ministère des Affaires étrangères. « Il y a dans l’entourage de Marine et de Jordan des gens qui, par leur expérience, par leur connaissance, sont des facilitateurs. Certains diraient des sherpas, mais qui partagent finalement leurs connaissances », analyse Laurent Jacobelli, député RN de la Moselle. Une présence discrète, mais potentiellement stratégique, qui pourrait faciliter l’accès à des informations sensibles ou à des contacts clés en amont des négociations diplomatiques.

Interrogé sur l’hypothèse d’informateurs au sein du Quai d’Orsay, Laurent Jacobelli reste évasif : « Si c’était vrai, je ne vous le dirais pas. Il y a des mystères aussi en politique parfois, et ce n’est pas plus mal. » Une réponse qui en dit long sur la discrétion de cette stratégie, mais aussi sur la prudence du RN à afficher ouvertement ses alliances dans les cercles diplomatiques. Selon les informations de Franceinfo, Jordan Bardella aurait rencontré trois ambassadeurs supplémentaires ces dernières semaines, sans pour autant dévoiler leur identité.

Et maintenant ?

Ce réseau de contacts, encore en construction, devrait s’intensifier d’ici 2027, année de la prochaine présidentielle. L’objectif ? Poursuivre la normalisation du RN auprès des élites économiques et diplomatiques, tout en préparant un programme susceptible de rassurer les investisseurs et les partenaires internationaux. Reste à savoir si cette stratégie portera ses fruits, ou si les réticences des milieux économiques et des chancelleries étrangères l’emporteront. Une chose est sûre : le RN a désormais un pied dans la porte des cercles du pouvoir, un positionnement inédit pour un parti longtemps marginalisé.

En attendant, le parti d’extrême droite continue de jouer la carte de la discrétion, tout en multipliant les signes d’ouverture. Qu’il s’agisse de dîners avec des patrons du CAC 40 ou de rencontres avec des ambassadeurs, chaque contact compte pour briser l’image d’un parti figé dans son opposition au système. Autant dire que la bataille pour la crédibilité est loin d’être gagnée, mais elle a désormais commencé.

Selon les observateurs, ces rencontres s’expliquent par un pragmatisme croissant des milieux économiques face à la montée des extrêmes en Europe. « Pour nous, la question ce n’est pas de savoir qui nous va bien, c’est de savoir qui épousera de manière convaincante nos convictions », a déclaré Patrick Martin, président du MEDEF, en avril 2026. Autrement dit, les patrons cherchent avant tout des interlocuteurs capables de porter des projets économiques stables, quel que soit leur bord politique.