Une découverte archéologique majeure a été réalisée en Espagne, dans le sud-ouest de la péninsule Ibérique. Selon Euronews FR, des archéologues ont mis au jour un char en bronze exceptionnel, datant de près de 2 500 ans, au sein du tumulus de Casas del Turuñuelo. Ce site, situé dans la région d’Estrémadure, est au cœur du projet Construyendo Tarteso, qui vise à percer les mystères de la civilisation tartessienne. L’objet, unique en son genre dans la péninsule Ibérique, offre un éclairage inédit sur les réseaux commerciaux et culturels qui reliaient Tartessos à la Méditerranée orientale il y a plus de deux millénaires.
Ce qu'il faut retenir
- Découverte d’un char en bronze décoré, vieux de 2 500 ans, dans le tumulus de Casas del Turuñuelo (Estrémadure, Espagne).
- L’objet présente des décors uniques : une divinité fluviale (Achéloos), deux griffons et des figures humaines soutenant la structure.
- Les seuls parallèles connus proviennent de la civilisation étrusque (Italie centrale, VIIIe-Ve siècle av. J.-C.), suggérant des échanges méditerranéens.
- La pièce a été exhumée dans un secteur lié à des rituels de banquet, peu avant la fermeture volontaire du bâtiment vers 450 av. J.-C.
- D’autres artefacts importés (céramique grecque, vase égyptien, ivoires) confirment l’ampleur des échanges entre Tartessos et l’Orient.
Un char en bronze aux décors mythologiques
La pièce, mise au jour lors de la huitième campagne de fouilles du projet Construyendo Tarteso, se distingue par son décor soigné. Sa caisse en bronze est ornée de figures en relief : à l’avant, Achéloos, divinité fluviale associée au monde souterrain ; sur les côtés, deux griffons à tête d’aigle et corps de lion ; enfin, aux extrémités, deux personnages humains aux bras levés, soutenant l’ensemble. Les roues, également ornées, complètent ce travail d’artisanat d’exception.
« C’est l’une des découvertes les plus importantes réalisées à ce jour sur ce site tartessien », a déclaré Esther Rodríguez, co-directrice des fouilles. Selon elle, ce char n’a aucun équivalent connu dans la péninsule Ibérique. Son style évoque cependant les productions étrusques, suggérant une origine méditerranéenne et des échanges lointains.
Un objet lié à des rituels de banquet
Le char a été découvert dans le secteur sud du bâtiment principal de Casas del Turuñuelo, dont les fouilles ont débuté en 2015. Les archéologues estiment que l’objet pourrait avoir servi lors de cérémonies collectives. Sebastián Celestino, co-directeur du projet, avance l’hypothèse d’un lien avec des rituels de banquet. Le char aurait été placé près de la pièce où la communauté locale a célébré un dernier agape — un repas rituel — avant de sceller délibérément le bâtiment à la fin du Ve siècle av. J.-C.
Des artefacts importés révélant un réseau commercial étendu
Cette découverte s’inscrit dans un ensemble plus large d’objets importés, qui redessine la carte des échanges de Tartessos avec le monde méditerranéen. Parmi les pièces exhumées figurent de la céramique attique grecque, un vase en albâtre égyptien et plusieurs ivoires décorés représentant des guerriers, des animaux et des motifs végétaux. Ces artefacts proviennent d’ateliers de la Méditerranée orientale.
« Ces matériaux nous apportent des informations exceptionnelles pour comprendre les relations commerciales entre l’Orient et la péninsule Ibérique. Nous documentons des importations et des pièces uniques qui aident à reconstituer ces réseaux d’échange », a expliqué Esther Rodríguez.
Un tumulus de 90 mètres de diamètre sous investigation
La campagne de fouilles 2026, menée entre avril et mai, a également permis d’en apprendre davantage sur l’architecture du site. Le tumulus de Casas del Turuñuelo, d’un diamètre de 90 mètres et d’une hauteur de 6 mètres, a révélé de nouvelles pièces et espaces de circulation, tant dans le secteur nord que sud. Dans le nord, deux braseros et un chaudron en bronze ont été découverts, tandis que le volume de céramiques s’est avéré inférieur aux années précédentes — une particularité attribuée à la nature des espaces explorés, dont la fonction reste indéterminée.
Dix ans de fouilles pour réécrire l’histoire de Tartessos
Casas del Turuñuelo est un site archéologique clé pour comprendre la civilisation tartessienne. Depuis 2015, les fouilles successives ont livré des découvertes majeures : en 2017, les vestiges du plus grand sacrifice animal connu en Méditerranée occidentale ; en 2023, les premières représentations humaines de cette culture ; en 2024, une plaque d’ardoise ornée de scènes de guerriers et d’un abécédaire en écriture paléohispanique ; enfin, en 2025, l’autel en marbre grec le plus ancien de Méditerranée occidentale.
Un projet collaboratif soutenu par des institutions majeures
Le projet Construyendo Tarteso rassemble près d’une trentaine d’institutions et une centaine de chercheurs, nationaux et internationaux. Il bénéficie du soutien de la députation de Badajoz, de la mairie de Guareña, ainsi que de l’appui institutionnel du CSIC (Conseil supérieur de la recherche scientifique) et de la Junta d’Estrémadure. Ces collaborations illustrent l’importance accordée à la préservation et à l’étude du patrimoine archéologique de la région.
Les prochaines étapes consisteront à approfondir l’analyse des artefacts et à publier les résultats des fouilles. Les chercheurs espèrent notamment confirmer l’hypothèse d’un lien entre le char et les rituels de banquet, ainsi que préciser l’origine exacte des objets importés. Une publication scientifique est attendue d’ici 2027, selon les premières estimations.
Le char en bronze date de la fin du Ve siècle avant notre ère, soit environ 2 500 ans. Il a été retrouvé dans un bâtiment scellé vers 450 av. J.-C.