Selon Euronews FR, une vaste étude menée par quatre universités britanniques révèle que les enfants de moins de deux ans ne devraient jamais être exposés aux écrans. Cette analyse, publiée en 2026, souligne que l’usage précoce des médias numériques — télévision, smartphones ou tablettes — pourrait compromettre leur développement physique et mental à long terme. Les chercheurs mettent en garde contre des conséquences durables sur la qualité de vie des jeunes enfants, alors que la quasi-totalité des bambins de deux ans utilisent quotidiennement ces outils, souvent bien au-delà des limites recommandées.

Ce qu'il faut retenir

  • Les enfants de moins de deux ans devraient éviter tout temps d’écran intentionnel et régulier, selon une revue systématique menée par quatre universités britanniques.
  • L’exposition précoce réduit les interactions sociales, freine le développement du langage et augmente le risque de surstimulation.
  • À deux ans, près de 100 % des enfants utilisent quotidiennement des écrans, un phénomène largement sous-estimé par les recommandations actuelles.
  • Les chercheurs appellent à revoir les directives qui encouragent le partage d’écrans avec les tout-petits ou présentent les outils numériques comme adaptés « à tous les âges ».
  • Les parents, souvent contraints par leur charge de travail, s’appuient sur les écrans comme solution de garde, sans disposer du soutien nécessaire.
  • Les entreprises technologiques sont invitées à assumer leur part de responsabilité en cessant de proposer des contenus présentés comme adaptés aux bébés.

Des preuves scientifiques convergentes

L’étude, fruit d’une collaboration entre l’université de Leeds, Leeds Trinity University, Aston University et Loughborough University, s’appuie sur une revue systématique des données disponibles. Elle conclut que les deux premières années de vie sont déterminantes pour la santé physique et mentale d’un enfant. Or, l’exposition aux écrans durant cette période critique pourrait avoir des « implications pour toute une génération », comme l’explique Rafe Clayton, maître de conférences à Leeds. « Nous avons constaté que l’usage des écrans chez les moins de deux ans est un sujet de préoccupation mondiale qui, en 2026, n’est pas traité de façon adéquate », déclare-t-il.

Les chercheurs détaillent les mécanismes par lesquels les écrans perturbent le développement. Le temps passé devant un écran réduit les interactions avec les adultes — essentieles pour l’attachement sécurisant — et limite les jeux entre pairs, cruciaux pour l’acquisition de compétences sociales. Par ailleurs, la surstimulation visuelle et auditive peut altérer la capacité des tout-petits à se concentrer et à réguler leurs émotions. « Le développement du langage est particulièrement vulnérable », souligne Clayton.

Un phénomène massif et sous-estimé

Les données recueillies par les chercheurs montrent que, dès l’âge de deux ans, la quasi-totalité des enfants sont exposés aux écrans au quotidien. Ce chiffre, qui dépasse largement les recommandations des pédiatres, reflète une réalité où les outils numériques sont souvent utilisés comme « baby-sitter numérique » par des parents débordés. « Les familles doivent faire face à ce défi sans disposer des informations ni du soutien dont elles ont besoin », déplore Andrea Leadsom, fondatrice de la 1001 Critical Days Foundation, qui a piloté cette étude.

Un facteur clé expliquant cette exposition précoce est la charge de travail des parents. Dans un contexte où les rythmes professionnels s’intensifient, les écrans deviennent une solution de facilité pour occuper les enfants. « On ne peut pas faire peser toute la responsabilité sur leurs épaules », ajoute Leadsom. Elle insiste également sur le rôle des entreprises technologiques, qu’elle accuse de promouvoir des contenus présentés comme adaptés aux bébés, alors que la science démontre le contraire.

Des recommandations pour une génération

Face à ces constats, les chercheurs formulent plusieurs recommandations fortes. Ils plaident pour l’absence totale de temps d’écran intentionnel et régulier avant l’âge de deux ans. Ils appellent aussi à une révision en profondeur des directives existantes, notamment celles qui encouragent le partage d’écrans avec les tout-petits ou qui suggèrent que les outils numériques conviennent « à tous les âges ». « Les parents apprennent involontairement aux enfants à développer des habitudes malsaines », explique Richard James, spécialiste des comportements addictifs à Loughborough University.

Pour James, l’absence de repères clairs pousse les familles à adopter des pratiques non optimales. Il espère que ces conclusions permettront d’éclairer les parents, mais aussi les professionnels de santé et les décideurs politiques. L’objectif ? Promouvoir un usage plus durable des technologies et élaborer des recommandations mieux adaptées aux besoins des jeunes enfants. « Nous voulons guider l’élaboration de politiques publiques qui protègent le développement des enfants », précise-t-il.

Et maintenant ?

Les auteurs de l’étude appellent à une mobilisation rapide des pouvoirs publics et des acteurs du numérique. Une conférence internationale sur les politiques de protection de la petite enfance est prévue pour novembre 2026. Elle devrait rassembler experts, parents et représentants des grandes plateformes. Par ailleurs, plusieurs associations de pédiatrie ont déjà annoncé qu’elles réviseraient leurs recommandations d’ici la fin de l’année. Reste à voir si ces initiatives suffiront à inverser la tendance, alors que l’exposition aux écrans chez les tout-petits reste un phénomène en forte croissance.

En attendant, les chercheurs insistent sur l’urgence de sensibiliser les parents aux alternatives. Jeux libres, lectures à voix haute ou interactions verbales simples figurent parmi les activités recommandées pour stimuler le développement des enfants. « Ce n’est pas une question de technologie, mais de temps de qualité », rappelle Clayton.

Selon l’étude, une exposition avant deux ans peut entraîner des retards dans l’acquisition du langage, des difficultés de concentration, une surstimulation et une réduction des interactions sociales. Ces effets peuvent avoir des répercussions durables sur la scolarité et la santé mentale à l’âge adulte.

Les chercheurs recommandent une absence totale de temps d’écran intentionnel et régulier avant cet âge. En revanche, un usage ponctuel — comme un appel vidéo avec un proche — n’est pas explicitement condamné, à condition qu’il reste exceptionnel et accompagné.