Le distributeur indépendant Neon a racheté « Artificial », le drame controversé de Luca Guadagnino sur Sam Altman et OpenAI, après qu’Amazon MGM Studios a annoncé son retrait du projet début juillet 2026. Selon Euronews FR, cette décision fait suite à la conclusion d’un partenariat de 50 milliards de dollars entre Amazon et OpenAI, finalisé fin février dernier.

Ce qu'il faut retenir

  • « Artificial », réalisé par Luca Guadagnino avec Andrew Garfield dans le rôle de Sam Altman, a été abandonné par Amazon MGM Studios malgré son achèvement quasi total.
  • Le partenariat Amazon-OpenAI, évalué à 50 milliards de dollars (46 milliards d’euros), inclut une participation de 15 milliards immédiate et 35 milliards conditionnels, ainsi qu’un contrat cloud estimé à 138 milliards de dollars.
  • Le film retrace le limogeage éclair de Sam Altman par le conseil d’OpenAI en novembre 2023, avant sa réintégration quelques jours plus tard.
  • Plusieurs studios, dont Netflix, Focus Features et A24, ont décliné le projet, jugée trop sensible politiquement et économiquement.
  • Neon, spécialiste des films primés, prendra en charge la sortie du film et vise une sélection en festivals pour la course aux récompenses 2026.

Un projet devenu « patate chaude » à Hollywood

Le retrait d’Amazon MGM Studios, annoncé peu après la signature du partenariat historique avec OpenAI, a transformé « Artificial » en un projet évité par les grands studios. Euronews FR indique que Netflix, Focus Features et même A24 – pourtant soutenu par Thrive Capital, un fonds lié à OpenAI – ont préféré décliner. Le label Clockwork de Warner Bros. s’est également retiré, laissant Neon et Mubi en lice pour le rachat.

Ce revirement s’explique en partie par la tonalité du film. D’après des projections tests évoquées par Euronews FR, le public aurait trouvé Sam Altman et Elon Musk – interprétés respectivement par Andrew Garfield et Ike Barinholtz – comme les personnages les moins sympathiques. Un acheteur cité par le podcasteur Matt Belloni a qualifié l’œuvre de « sombre » et « sinistre », laissant une impression d’inconfort quant à l’avenir de l’humanité.

Un contexte technologique et financier explosif

Le calendrier du retrait d’Amazon ne doit rien au hasard. Le groupe a finalisé en février 2026 un accord colossal avec OpenAI, structuré en deux phases : 15 milliards de dollars versés immédiatement sous forme d’actions préférentielles, suivis de 35 milliards conditionnés à des objectifs techniques ou à une introduction en Bourse d’OpenAI. Ce partenariat inclut également l’extension du contrat cloud entre OpenAI et Amazon Web Services (AWS) à hauteur de 138 milliards de dollars, ainsi que l’engagement d’OpenAI à utiliser les puces Trainium d’Amazon pour ses charges de calcul.

Amazon a justifié sa décision en déclarant qu’« Artificial » serait « mieux servi s’il sortait via un autre studio », tout en saluant le réalisateur Luca Guadagnino comme un « cinéaste multi-récompensé ». Pour autant, cette explication peine à convaincre l’industrie. Comme le souligne Euronews FR, les liens financiers entre les acteurs de la tech et les studios rendent ce projet particulièrement délicat à porter.

Un réalisateur engagé face à une « oligarchie technologique »

Luca Guadagnino a brisé le silence dans l’émission italienne « Otto e Mezzo », présentant « Artificial » comme une critique plus large des dérives du pouvoir technologique. Selon lui, une « oligarchie technologique » exerce désormais un contrôle « radical » sur des pays comme les États-Unis, illustré par les inégalités observées à San Francisco, aux portes de la Silicon Valley. Le cinéaste y voit le symptôme d’un système où quelques acteurs dictent les règles du jeu, aussi bien dans la tech que dans le cinéma.

« Ce film parle de qui contrôle les technologies qui façonnent notre avenir. Son parcours chaotique jusqu’à l’écran reflète étrangement son sujet », a-t-il déclaré.

Un film dans la course aux récompenses, mais sous haute tension

Avec le rachat du projet, Neon s’engage à propulser « Artificial » dans la course aux récompenses de la saison 2026. Le studio, qui a accompagné les sept derniers lauréats de la Palme d’or à Cannes – de « Parasite » en 2019 à « Fjord » cette année – mise sur une première en festival pour relancer l’intérêt médiatique. Deux de ses films ont déjà remporté l’Oscar du meilleur film, renforçant sa crédibilité dans l’accompagnement de projets ambitieux.

Pourtant, le contexte reste instable. OpenAI a déposé confidentiellement les documents en vue d’une introduction en Bourse évaluée à plus de 850 milliards de dollars – l’une des plus importantes IPO technologiques jamais tentées. La tranche finale des 35 milliards de dollars investis par Amazon dépend en partie du succès de cette opération, ce qui ajoute une pression supplémentaire sur l’équilibre déjà fragile du projet.

Et maintenant ?

Le film « Artificial » devrait connaître une première en festival d’ici la fin de l’année 2026, même si aucune date n’a encore été officialisée. D’ici là, les regards se tourneront vers l’introduction en Bourse d’OpenAI, prévue pour fin 2026 ou début 2027, qui conditionnera en partie le versement de la seconde tranche des fonds d’Amazon. La stratégie de Neon consistera à distancier le film de son contexte politique pour en faire une œuvre centrée sur les tensions humaines au cœur d’OpenAI.

Reste à voir si le public et les critiques adhéreront à cette lecture, alors que le secteur technologique reste sous haute surveillance médiatique et réglementaire.

Amazon a invoqué des raisons stratégiques, affirmant qu’« Artificial » serait « mieux servi s’il sortait via un autre studio ». Cependant, cette décision intervient quelques semaines seulement après la signature d’un partenariat de 50 milliards de dollars avec OpenAI, laissant planer des soupçons de conflits d’intérêts selon Euronews FR.