Instauré en 2021, le dispositif imposant à la Banque mondiale de consacrer au moins 45 % de ses financements à des projets bénéficiant au climat arrive à échéance ce mardi 30 juin, sans garantie de reconduction. Selon RFI, cette initiative, conçue pour accélérer la transition écologique dans les pays en développement, pourrait ne pas être prolongée en raison des pressions exercées par l’administration Trump. Cette dernière souhaite en effet assouplir les critères financiers de l’institution, afin de lui permettre de financer des projets liés aux énergies fossiles au nom de la lutte contre la pauvreté.

Ce qu’il faut retenir

  • Le plan climat de la Banque mondiale, en vigueur depuis 2021, expire le 30 juin 2026 sans garantie de renouvellement.
  • Il imposait à l’institution de destiner au moins 45 % de ses financements à des projets climatiques.
  • L’administration Trump pousse pour une levée des restrictions, afin d’autoriser des financements liés aux énergies fossiles.
  • Cette réorientation pourrait affaiblir les engagements climatiques de la Banque mondiale dans les pays en développement.

Un dispositif ambitieux, mais contesté

Le plan climat de la Banque mondiale, mis en place en 2021, avait pour objectif de renforcer l’impact environnemental de ses investissements. Concrètement, il contraignait l’institution à orienter au moins 45 % de ses fonds vers des projets alignés sur les objectifs de l’Accord de Paris, comme les énergies renouvelables ou l’efficacité énergétique. Ce cadre strict visait à accélérer la transition écologique dans les pays les plus vulnérables, souvent dépendants des énergies fossiles pour leur développement.

Cependant, cette approche a rapidement suscité des critiques, notamment aux États-Unis. Sous l’impulsion de l’administration Trump, des voix s’élèvent pour dénoncer une rigidité excessive. Pour ses détracteurs, cette politique limiterait la capacité de la Banque mondiale à financer des projets d’infrastructures essentielles, notamment dans les régions où l’accès à l’électricité repose encore largement sur le charbon ou le gaz.

Les énergies fossiles au cœur du débat

La principale pomme de discorde porte sur la possibilité, pour la Banque mondiale, de financer des projets liés aux énergies fossiles. Selon RFI, l’administration américaine argue que de telles restrictions pénalisent les pays pauvres, où l’accès à une énergie abordable reste un enjeu majeur. « Il est crucial de permettre aux pays en développement de choisir leur mix énergétique en fonction de leurs besoins et de leurs ressources », a déclaré un haut responsable américain sous couvert d’anonymat, rappelant que la lutte contre la pauvreté primait sur les objectifs climatiques.

Cette position s’inscrit dans la continuité de la stratégie énergétique américaine, qui a récemment relancé des projets d’extraction d’hydrocarbures et soutenu le développement du gaz naturel liquéfié (GNL) comme « transition énergétique ». Pour la Banque mondiale, une telle évolution signifierait un retour en arrière, voire un affaiblissement de ses engagements climatiques. Selon des observateurs, cette remise en cause pourrait fragiliser la crédibilité de l’institution sur la scène internationale, alors que les pays en développement réclament un soutien accru pour leur transition verte.

Les conséquences d’un non-renouvellement

Si le plan climat n’est pas reconduit, la Banque mondiale retrouverait sa liberté d’action initiale, sans contrainte sur la répartition de ses financements. Une telle décision aurait des répercussions directes sur les pays les plus exposés au changement climatique. En Afrique subsaharienne ou en Asie du Sud, où les projets d’énergies renouvelables peinent encore à décoller faute de fonds, l’absence de cette obligation pourrait ralentir les investissements verts.

D’après des sources proches du dossier, la Banque mondiale évalue actuellement deux scénarios. Le premier consisterait à maintenir une partie des critères climatiques, mais avec une flexibilité accrue. Le second, plus radical, reviendrait à abandonner toute contrainte, au risque de diluer ses engagements environnementaux. « La décision finale dépendra des négociations en cours, mais une chose est sûre : l’équilibre entre climat et développement sera au cœur des débats », a indiqué un diplomate européen impliqué dans les discussions.

Et maintenant ?

Les prochaines semaines s’annoncent décisives. Une réunion du conseil d’administration de la Banque mondiale est prévue début juillet pour trancher sur le renouvellement du plan climat. Si l’administration Trump maintient sa pression, une solution intermédiaire pourrait émerger, combinant des objectifs climatiques moins stricts et des dérogations pour les projets prioritaires. Dans tous les cas, les pays en développement, déjà fragilisés par les impacts du réchauffement, attendent avec impatience une réponse claire. Autant dire que l’enjeu dépasse le cadre financier : il engage l’avenir même de la coopération internationale sur le climat.

Reste à savoir si la Banque mondiale parviendra à concilier les exigences environnementales et les impératifs de développement, ou si elle devra choisir l’un au détriment de l’autre.

Selon les informations rapportées par RFI, des infrastructures liées au gaz naturel liquéfié (GNL) ou à la modernisation de centrales à charbon pourraient être éligibles, notamment dans les pays où l’accès à l’électricité reste limité. Ces projets seraient justifiés au nom de la lutte contre la pauvreté, mais leur impact environnemental serait significativement plus élevé que celui des énergies renouvelables.