Une étude de l’Institut national de la santé et de la recherche médicale (Inserm) révèle un lien entre la qualité thermique des logements et la fréquence des hospitalisations non programmées. Selon les travaux publiés, les occupants de « passoires thermiques » – ces logements mal isolés et énergivores – présentent un risque significativement plus élevé d’être admis à l’hôpital en urgence.
Ce qu'il faut retenir
- Les passoires thermiques sont définies comme des logements classés F ou G au diagnostic de performance énergétique (DPE).
- L’étude de l’Inserm montre une hausse de 15 % à 20 % des hospitalisations non programmées chez les résidents de ces logements.
- Les principales causes identifiées concernent les problèmes respiratoires et les maladies cardiovasculaires, liés à l’exposition au froid ou aux moisissures.
- Les données couvrent plusieurs régions françaises et s’appuient sur des données sanitaires collectées entre 2018 et 2023.
- La précarité énergétique touche aujourd’hui plus de 3,8 millions de ménages en France, selon l’Ademe.
- Les auteurs de l’étude appellent à une politique publique renforcée pour accélérer la rénovation thermique des logements.
Une corrélation entre santé et qualité du logement
Les chercheurs de l’Inserm ont analysé les données de près de 50 000 patients résidant dans des logements aux caractéristiques thermiques variées. Les résultats, publiés dans la revue « Santé Publique », mettent en évidence une différence marquée entre les occupants de logements bien isolés et ceux vivant dans des passoires thermiques. Chez ces derniers, le taux d’hospitalisation pour causes évitables a progressé de 18 % en moyenne, avec des pics observés chez les personnes âgées et les enfants en bas âge.
Les mécanismes en jeu sont multiples. L’exposition prolongée au froid favorise les crises d’asthme, les infections respiratoires aiguës et l’aggravation de pathologies chroniques comme l’insuffisance cardiaque. Les logements mal isolés sont également plus exposés à l’humidité, un facteur de risque supplémentaire pour les maladies pulmonaires.
Des disparités territoriales marquées
Les données de l’Inserm révèlent aussi des disparités régionales. Les régions Hauts-de-France, Grand Est et Normandie concentrent les taux les plus élevés de logements énergivores, ainsi que des taux d’hospitalisation plus importants. À l’inverse, des départements comme ceux de la Bretagne ou des Pays de la Loire, où les normes thermiques sont mieux respectées, enregistrent des résultats plus favorables.
Ces écarts s’expliquent en partie par le vieillissement du parc immobilier et l’absence de rénovations massives dans certaines zones. Seulement 20 % des logements classés F ou G ont bénéficié de travaux de rénovation énergétique depuis 2020, selon les chiffres du ministère de la Transition écologique.
« Cette étude confirme que la qualité du logement n’est pas un luxe, mais un déterminant majeur de la santé publique. Les passoires thermiques ne sont pas seulement un enjeu économique ou écologique : elles ont un coût humain et sanitaire que la société ne peut plus ignorer. »
— Pr Sophie Lechat, épidémiologiste à l’Inserm et co-autrice de l’étude
Un appel à l’action pour les pouvoirs publics
Face à ces constats, les auteurs de l’étude plaident pour une stratégie nationale ambitieuse. Ils recommandent notamment d’accélérer le déploiement des aides publiques pour la rénovation, comme MaPrimeRénov’, et d’élargir leur accessibilité aux ménages les plus modestes. Depuis 2020, le dispositif a permis la rénovation de 500 000 logements, mais des retards persistent dans certaines zones rurales et périurbaines.
Les collectivités locales sont aussi invitées à jouer un rôle clé, notamment via la création de plateformes locales d’information sur les aides disponibles et les bonnes pratiques pour limiter la précarité énergétique. Une circulaire du ministère de la Santé, datée de mai 2026, a d’ailleurs intégré ces recommandations dans ses orientations prioritaires.
Reste à voir si ces initiatives suffiront à inverser la tendance. Avec plus de 7 millions de logements classés F ou G encore en France, le chemin à parcourir reste long.
Plusieurs dispositifs existent, dont MaPrimeRénov’, les certificats d’économie d’énergie (CEE) et des aides locales. Le montant des subventions varie selon les revenus et la localisation. Pour en bénéficier, il faut faire appel à un professionnel certifié RGE (Reconnu Garant de l’Environnement).