La fenêtre pour encadrer le développement de l'intelligence artificielle (IA) à l'échelle internationale se referme rapidement. Selon un rapport préliminaire publié cette semaine par le Groupe scientifique international indépendant sur l'IA, créé en 2025 par l'Assemblée générale de l'ONU, cette technologie risque d'accentuer les écarts entre pays riches et pays pauvres. Euronews FR révèle les principaux enseignements de ce document, qui servira de base aux débats du Dialogue mondial sur la gouvernance de l'IA organisé à Genève dès aujourd'hui, le 7 juillet 2026.

Ce qu'il faut retenir

  • L'IA évolue si vite que les règles actuelles risquent de devenir obsolètes avant même d'être appliquées, selon 40 experts internationaux.
  • Les États-Unis et la Chine concentrent près de 90 % des capacités de calcul des superordinateurs dédiés à l'IA, laissant les pays en développement en marge.
  • Les risques incluent des deepfakes à caractère sexuel, une désinformation plus sophistiquée, et des cybermenaces accrues.
  • L'IA offre aussi des avancées majeures : découverte de 200 millions de protéines, amélioration de l'éducation et de la santé mentale.
  • Le secrétaire général de l'ONU, António Guterres, appelle les gouvernements à agir sans délai pour éviter un déséquilibre global.

Une course contre la montre pour éviter une fracture technologique

Le rapport souligne que l'IA générative est désormais capable d'écrire des logiciels, d'analyser des masses de données ou de produire des images et vidéos quasi indétectables. Mais c'est l'émergence de l'« IA agentique » — où des systèmes exécutent des tâches complexes avec une autonomie croissante — qui inquiète particulièrement les experts. La complexité des missions qu'elle peut accomplir double tous les quelques mois, rendant son contrôle de plus en plus difficile sans cadre réglementaire strict. « Plus l'IA progresse sans règles partagées, moins les gouvernements et les populations auront leur mot à dire sur le résultat », a prévenu António Guterres lors d'une conférence de presse mercredi.

Les risques identifiés dans le document sont multiples : utilisation de l'IA pour générer des contenus d'abus sexuels ou des deepfakes explicites, ciblant particulièrement les femmes et les enfants ; amplification de la désinformation, sapant la confiance dans les institutions démocratiques ; ou encore exploitation criminelle via la fraude et l'ingénierie sociale. Sans compter l'impact environnemental des centres de données, de plus en plus gourmands en énergie et sources d'émissions de CO₂.

Une inégalité d'accès qui menace de devenir structurelle

L'innovation en matière d'IA reste concentrée entre les mains de quelques acteurs. Selon le groupe d'experts, les États-Unis détiennent environ 75 % des capacités de calcul des superordinateurs les plus performants, suivis par la Chine avec 15 %. Ensemble, ces deux pays totalisent près de 90 % de cette puissance, tandis que les modèles d'IA les plus avancés sont conçus par des entreprises basées dans ces nations. Les pays en développement, eux, ne disposent ni des talents, ni des infrastructures, ni des financements nécessaires pour concevoir ou auditer ces systèmes — un déséquilibre qui, selon le rapport, risque d'aggraver les inégalités mondiales.

Les conséquences sont déjà visibles. Les pays africains, par exemple, utilisent souvent des outils d'IA conçus ailleurs, sans pouvoir en vérifier la fiabilité ou l'équité. « Sans effort concerté pour combler ce fossé, l'IA pourrait devenir un accélérateur de disparités économiques et sociales à l'échelle planétaire », avertissent les auteurs du rapport. Pour les experts, la situation exige une réponse urgente, notamment en matière de formation des compétences locales et d'investissement dans les infrastructures technologiques.

Les obstacles à une régulation efficace

Le groupe d'experts pointe un « dilemme des preuves » : les législateurs ont besoin de données solides pour élaborer des règles adaptées, mais l'IA évolue si vite que ces données deviennent rapidement obsolètes. À cela s'ajoute un paysage réglementaire fragmenté : plus de 40 cadres juridiques existent dans le monde, mais ils sont souvent incohérents et rarement testés pour leur efficacité réelle. Une grande partie des évaluations de sécurité sont encore réalisées par les entreprises elles-mêmes, ce qui soulève des questions sur leur indépendance.

Face à ce constat, le rapport plaide pour des évaluations indépendantes par des tiers, une coordination internationale renforcée, et des normes communes. Il recommande également des investissements ciblés pour permettre aux États de développer leurs propres compétences et infrastructures, afin de ne pas dépendre exclusivement des technologies étrangères. « Nous ne pouvons plus prétendre que nous ne savons pas ce que nous faisons », a insisté António Guterres, soulignant que le temps des hésitations est révolu.

L'IA, outil à double tranchant : progrès scientifiques et risques sociétaux

Malgré ces alertes, le rapport ne fait pas l'impasse sur les bénéfices concrets de l'IA. Parmi les avancées citées, on trouve la cartographie de plus de 200 millions de protéines, accélérant la découverte de nouveaux médicaments, de vaccins ou de traitements contre la résistance aux antibiotiques. L'IA permet aussi de détecter précocement des crises alimentaires, d'améliorer l'accès à l'éducation ou à la santé mentale, et de concevoir des outils adaptés aux personnes en situation de handicap. Autant de domaines où cette technologie peut jouer un rôle transformateur.

Les auteurs rappellent cependant que ces avantages ne seront accessibles à tous que si l'IA est encadrée de manière équitable. Sans cela, elle risque de creuser les écarts entre ceux qui maîtrisent la technologie et ceux qui en sont exclus. « L'enjeu n'est pas seulement technique, mais aussi politique et social », résume un membre du groupe d'experts sous couvert d'anonymat.

Et maintenant ?

Les conclusions de ce rapport serviront de socle aux discussions du Dialogue mondial sur la gouvernance de l'IA, qui s'ouvre aujourd'hui à Genève. Cet événement réunira des représentants des États membres, des experts et des acteurs de la société civile pour tenter de dégager des pistes concrètes d'action. Parmi les sujets au programme : la mise en place de normes internationales, le partage des responsabilités entre États et entreprises, et les mécanismes de financement pour soutenir les pays en développement. Les prochains mois seront décisifs pour savoir si la communauté internationale parviendra à s'accorder sur un cadre commun avant que l'IA ne devienne ingérable.

Pour l'ONU, l'objectif est clair : éviter que l'intelligence artificielle ne devienne un multiplicateur d'inégalités. Mais entre les avancées technologiques fulgurantes et la lenteur des processus décisionnels, le défi reste de taille. Comme le résume un diplomate présent lors de la présentation du rapport : « Nous avons les outils pour agir. Reste à savoir si nous avons la volonté. »

Le rapport met en avant plusieurs menaces : l'utilisation de l'IA pour produire des deepfakes à caractère sexuel ou des contenus de désinformation, l'exploitation criminelle via la fraude ou l'ingénierie sociale, et l'impact environnemental des centres de données. Les femmes et les enfants sont particulièrement vulnérables aux abus liés à cette technologie.

Selon le rapport, ces pays manquent à la fois des talents spécialisés, des infrastructures technologiques et des financements nécessaires pour concevoir ou auditer les systèmes d'IA. Résultat : ils dépendent souvent de solutions conçues ailleurs, sans pouvoir en vérifier l'équité ou la fiabilité. Les États-Unis et la Chine, eux, contrôlent près de 90 % des capacités de calcul des superordinateurs dédiés à l'IA.