L’Union européenne s’apprête à réaffecter les financements initialement prévus pour les six pays des Balkans occidentaux, au profit des trois nations les plus avancées dans leur processus d’adhésion. Selon Euronews FR, la Commission européenne va procéder à une redistribution des fonds non utilisés de la Facilité pour la réforme et la croissance, un mécanisme lancé en 2024 pour soutenir les réformes structurelles exigées par Bruxelles.

Ce qu'il faut retenir

  • Seuls **673 millions d’euros** ont été déboursés sur les **6 milliards** prévus pour la période 2024-2027.
  • Le Monténégro, l’Albanie et la Macédoine du Nord sont les principaux bénéficiaires, recevant la quasi-totalité des fonds.
  • La Bosnie-Herzégovine n’a encore perçu aucun financement, faute de réformes réalisées.
  • Les fonds non utilisés pourront être réaffectés aux pays « en tête de course » après évaluation des retards.
  • Une première échéance pour le respect des réformes a expiré le 30 juin 2026.

La Facilité pour la réforme et la croissance, mise en place en 2024, vise à accompagner les pays candidats des Balkans occidentaux dans la mise en œuvre des réformes nécessaires à leur adhésion à l’UE. Cet instrument, doté de **6 milliards d’euros** pour la période 2024-2027, a pour objectif de doubler la taille des économies de la région d’ici la prochaine décennie. Pourtant, selon les données officielles de la Commission européenne, seulement **673 millions d’euros** ont été effectivement versés à ce jour, soit un peu plus de **10 %** des fonds disponibles.

Cette situation s’explique en grande partie par le non-respect des échéances fixées pour les réformes. Les fonds sont en effet conditionnés à la réalisation des réformes dans les délais impartis. Passé un délai de grâce d’un an (deux ans pour la première année), les sommes non engagées peuvent être réaffectées aux autres pays bénéficiaires. Une première échéance majeure est intervenue le 30 juin 2026, date butoir pour le respect de certaines étapes de réforme.

Parmi les six pays candidats – l’Albanie, la Bosnie-Herzégovine, le Kosovo, la Macédoine du Nord, le Monténégro et la Serbie –, seuls trois se distinguent par leur avancée dans le processus. Le Monténégro, l’Albanie et la Macédoine du Nord concentrent l’écrasante majorité des financements déboursés à ce jour. À l’inverse, la Bosnie-Herzégovine, le Kosovo et la Serbie, souvent pointés du doigt pour leurs retards dans les réformes, risquent de perdre une partie des fonds initialement prévus pour eux.

Un porte-parole de la Commission européenne a précisé à Euronews FR : « Comme le souligne le règlement, lorsque des étapes de réforme ne sont pas respectées et que le délai de grâce est expiré, les fonds correspondants peuvent être redistribués entre les autres bénéficiaires. » Il a ajouté : « S’agissant des étapes qui arrivaient à échéance le 30 juin 2026, la Commission va désormais procéder à une évaluation globale et objective pour l’ensemble des bénéficiaires. »

Des fonds conditionnés à la réalisation des réformes

La logique derrière cette réaffectation est claire : inciter les pays à accélérer leurs réformes en liant les financements à leur mise en œuvre. Comme l’a expliqué un responsable européen sous couvert d’anonymat à Euronews FR, « c’est comme être payé à l’heure : on est rémunéré uniquement pour le travail que l’on accomplit réellement. » La Commission insiste sur le caractère incitatif de ces fonds, rappelant qu’aucun pays ne pouvait prétendre à ces financements sans avoir mené à bien les réformes exigées.

Cette approche a déjà été actée en avril dernier, lorsque la commissaire européenne à l’Élargissement, **Marta Kos**, a adressé une lettre aux six pays des Balkans occidentaux pour les mettre en demeure d’accélérer leurs réformes. Dans ce courrier, elle a clairement indiqué que le non-respect des échéances pourrait entraîner la perte des fonds prévus dans le cadre de la facilité. « Les réformes doivent rester une priorité pour les bénéficiaires, afin qu’ils tirent pleinement parti de ce que propose le plan de croissance », a rappelé le porte-parole de la Commission.

La Bosnie-Herzégovine en première ligne des perdants potentiels

La situation de la Bosnie-Herzégovine illustre les difficultés rencontrées par certains pays de la région. À ce jour, le pays n’a reçu aucun financement au titre de la Facilité pour la réforme et la croissance, principalement en raison de la complexité de son architecture institutionnelle et de l’absence de réformes structurelles significatives. Le Kosovo et la Serbie, bien que légèrement mieux lotis, pourraient également être pénalisés si leurs retards persistent.

Cette redistribution des fonds s’inscrit dans une dynamique plus large de pression accrue sur les pays des Balkans occidentaux pour qu’ils accélèrent leur processus d’adhésion. L’objectif affiché par Bruxelles reste inchangé : préparer l’élargissement de l’UE à cette région stratégique. Pour autant, les résultats concrets tardent à se matérialiser, et les retards accumulés pourraient avoir des conséquences durables sur les économies locales.

Et maintenant ?

La Commission européenne devrait préciser dans les prochains jours le montant exact des fonds qui seront réaffectés, ainsi que les pays bénéficiaires concernés. Une nouvelle évaluation des réformes est attendue d’ici la fin du mois, avant une possible annonce officielle. Pour les pays en difficulté, la fenêtre pour se rattraper reste étroite : les prochaines échéances, notamment pour les réformes judiciaires et anti-corruption, pourraient être déterminantes pour leur accès aux financements européens.

Reste à savoir si cette pression accrue suffira à débloquer les situations les plus critiques. Les prochains mois s’annoncent décisifs pour la crédibilité de l’instrument, alors que l’UE maintient son cap sur l’élargissement, malgré les retards persistants.

Les fonds peuvent être réaffectés si un pays ne respecte pas les échéances fixées pour les réformes exigées par l’UE. Après un délai de grâce d’un an (deux ans pour la première année), les sommes non engagées sont redistribuées aux autres bénéficiaires, selon les données de la Commission européenne.