Pour la première fois depuis deux décennies, une majorité écrasante de Russes considère que la situation économique du pays se dégrade. Selon une enquête publiée mardi 8 juillet 2026 par l’institut Gallup et relayée par BFM Business, 60 % des personnes interrogées estiment que les conditions économiques se détériorent, un niveau de pessimisme inédit depuis au moins vingt ans.
Ce qu'il faut retenir
- 60 % des Russes jugent que leur économie se dégrade, un niveau record depuis 20 ans.
- La croissance attendue pour 2026 a été révisée à la baisse, passant de 1,2 % à seulement 0,4 %.
- 56 % des Russes déclarent que leur niveau de vie se détériore, tandis que 29 % seulement y voient une amélioration.
- Les pénuries de carburant, aggravées par les frappes ukrainiennes sur les raffineries russes, ont précipité cette crise de confiance.
- La confiance dans l’armée russe chute à 66 % (contre 80 % en 2022) et celle dans le gouvernement à 53 %.
Cette étude, réalisée entre le 14 mars et le 6 mai 2026 auprès d’un échantillon de 1 000 personnes, reflète un climat de morosité qui s’est encore renforcé ce mois-ci avec l’aggravation des pénuries d’essence. Dans de nombreuses régions russes, les stations-service peinent à répondre à la demande saisonnière, une situation que les autorités attribuent aux frappes ukrainiennes contre les infrastructures pétrolières.
Une croissance atone et des perspectives économiques désastreuses
L’enquête de Gallup intervient alors que les prévisions de croissance pour la Russie ont été drastiquement revues à la baisse. Après une estimation initiale de 1,2 % pour 2026, le gouvernement russe a finalement réduit ses attentes à 0,4 %, un chiffre qui illustre l’essoufflement de l’économie sous le poids des sanctions internationales et de la guerre en Ukraine. Seuls 27 % des Russes estiment que la situation économique s’améliore, tandis que 9 % la jugent stable. Côté niveau de vie, les résultats sont encore plus préoccupants : 56 % des sondés déclarent que leur situation personnelle se dégrade, contre 29 % qui y voient une amélioration.
Ce pessimisme s’inscrit dans un contexte de tensions persistantes sur les prix, notamment ceux des carburants. Depuis le début du mois de juillet, des files d’attente interminables se forment devant les stations-service dans plusieurs régions, comme dans l’oblast de Rostov ou en Sibérie. Les autorités russes accusent l’Ukraine d’avoir intensifié ses attaques contre les raffineries, réduisant ainsi les capacités de production et d’exportation de produits pétroliers. Une crise qui touche aussi bien les ménages que les entreprises, déjà fragilisées par des années de sanctions.
Une défiance croissante envers les institutions
Au-delà de l’économie, la confiance des Russes dans leurs institutions s’effrite. Selon Gallup, 66 % des personnes interrogées font encore confiance à l’armée russe, un chiffre en net recul par rapport aux 80 % enregistrés en 2022, lors de l’invasion à grande échelle de l’Ukraine. Cette baisse reflète probablement le mécontentement face à l’enlisement du conflit et à l’absence de victoire militaire décisive. Côté gouvernement, la défiance est encore plus marquée : seuls 53 % des Russes accordent leur confiance à l’exécutif, contre 66 % il y a quatre ans.
Cette perte de crédibilité touche aussi les alliés traditionnels de la Russie. En Ukraine, une autre enquête menée par Gallup en avril 2026 révèle que 79 % des Ukrainiens désapprouvent l’action des dirigeants américains, contre seulement 7 % qui l’approuvent. Une inversion spectaculaire des perceptions, alors que les États-Unis figuraient autrefois parmi les partenaires les plus populaires en Ukraine. Parallèlement, 66 % des Ukrainiens estiment que leur pays devrait chercher à négocier une fin à la guerre dès que possible, tandis que 24 % prônent la poursuite des combats jusqu’à une victoire militaire.
Quant à l’administration Trump, elle adopte une posture plus ferme envers le président ukrainien Volodymyr Zelensky, poussant à un accord de paix que Kyiv juge inacceptable. Cette stratégie, perçue comme un manque de soutien tangible, contribue à alimenter la défiance envers Washington dans la région.
Un contexte géopolitique qui aggrave la crise
Les tensions en Ukraine ne sont pas le seul facteur de dégradation économique en Russie. Les sanctions internationales, notamment celles imposées par l’Union européenne et les États-Unis, continuent de peser sur les échanges commerciaux et les investissements. Le rouble reste instable, et les importations de technologies ou de biens de consommation sont régulièrement perturbées. Dans ce contexte, les pénuries de carburant agissent comme un révélateur des faiblesses structurelles du pays.
Les frappes ukrainiennes sur les raffineries russes, bien que limitées en nombre, ont un impact disproportionné sur un marché déjà tendu. Selon des analystes cités par BFM Business, ces attaques pourraient réduire la capacité de raffinage du pays de 10 à 15 % d’ici la fin de l’été, aggravant encore les risques de pénuries. Les autorités russes tentent de minimiser l’ampleur de la crise, mais les mesures d’urgence – comme la réquisition de stocks stratégiques ou la limitation des exportations – ne suffisent pas à rassurer la population.
Des leçons pour l’Ukraine et ses alliés
En Ukraine, où la guerre fait rage depuis plus de deux ans, l’enquête de Gallup montre une population profondément divisée sur la stratégie à adopter. Si une majorité des Ukrainiens (66 %) privilégient les négociations pour mettre fin au conflit, une minorité significative (24 %) refuse toute concession et souhaite poursuivre les combats. Ces chiffres, stables depuis un an, illustrent les difficultés à trouver un consensus national dans un pays en guerre.
Pour les États-Unis et l’Europe, cette défiance ukrainienne envers l’action américaine pose question. Washington, sous l’administration Trump, semble privilégier une approche pragmatique, quitte à froisser ses alliés. Pourtant, avec seulement 7 % d’approbation pour sa politique en Ukraine, les États-Unis peinent à se positionner comme un partenaire fiable. Une situation qui pourrait affaiblir la coalition occidentale face à Moscou.
Alors que la Russie entre dans une période de turbulence économique et sociale, l’Ukraine, elle, tente de résister malgré des divisions internes persistantes. Deux pays aux destins opposés, mais liés par un conflit qui, plus de deux ans après son déclenchement, continue de façonner – et de fragiliser – l’équilibre géopolitique de la région.
Les pénuries s’expliquent principalement par l’intensification des frappes ukrainiennes contre les raffineries russes, qui ont réduit les capacités de production. Selon BFM Business, ces attaques pourraient faire baisser la capacité de raffinage du pays de 10 à 15 % d’ici la fin de l’été, aggravant une situation déjà tendue en raison des sanctions internationales et de la demande saisonnière accrue.