Le 28 avril dernier, l’Assemblée des représentants du peuple à Tunis a été le théâtre d’une cérémonie officielle : cinq projets de centrales solaires ont été attribués à des groupes étrangers, principalement français. Selon Reporterre, cette annonce marque une nouvelle étape dans la stratégie énergétique tunisienne, mais elle soulève également des questions sur la souveraineté industrielle et les retombées économiques locales.

Ce qu'il faut retenir

  • Cinq projets solaires en Tunisie ont été attribués à des multinationales, dont des groupes français, en avril 2026.
  • Ces attributions ont été réalisées sans participation significative des capitaux locaux.
  • Le chercheur Saber Ammar, spécialiste des questions énergétiques en Afrique du Nord, dénonce une politique qualifiée de « néocoloniale » sous couvert de transition verte.
  • Ces projets s’inscrivent dans le cadre d’un appel d’offres lancé pour développer le solaire en Tunisie.

Des attributions controversées pour une transition énergétique

Comme le rapporte Reporterre, les cinq projets solaires attribués le 28 avril dernier concernent des sites répartis dans différentes régions de Tunisie. Les entreprises bénéficiaires sont pour la plupart des multinationales, avec une prédominance de capitaux français. « Ces attributions illustrent une tendance persistante : la transition énergétique, en Tunisie comme ailleurs, est souvent pilotée par des acteurs étrangers, au détriment des acteurs locaux », analyse Saber Ammar, chercheur au Transnational Institute (TNI) et spécialiste des politiques énergétiques en Afrique du Nord.

Les termes des contrats, non rendus publics dans leur intégralité, restent flous sur les modalités de partage des bénéfices et de transfert de technologies. Pour les observateurs, cette configuration rappelle les mécanismes historiques de dépendance économique, désormais masqués sous un discours écologiste.

Une transition verte sous influence étrangère

Saber Ammar, dont les travaux portent sur les politiques industrielles et énergétiques en Afrique du Nord, dénonce dans une tribune publiée par Reporterre une « poursuite des logiques néocoloniales » sous couvert de transition verte. « On nous vend une révolution écologique, mais les profits et les décisions restent entre les mains d’entreprises étrangères », explique-t-il. Selon lui, cette approche risque de reproduire les schémas du passé, où les ressources naturelles des pays du Sud sont exploitées par des acteurs du Nord, avec peu de retombées pour les populations locales.

Le chercheur rappelle que la Tunisie, malgré ses ressources solaires abondantes, pourrait jouer un rôle clé dans la transition énergétique africaine. Pourtant, les projets attribués en avril confirment une dépendance persistante envers les investisseurs étrangers. « Autant dire que la souveraineté énergétique tunisienne est encore un horizon lointain », souligne-t-il.

« Ces attributions illustrent une tendance persistante : la transition énergétique, en Tunisie comme ailleurs, est souvent pilotée par des acteurs étrangers, au détriment des acteurs locaux. » — Saber Ammar, chercheur au Transnational Institute (TNI)

Quels enjeux pour l’économie tunisienne ?

Les cinq projets solaires attribués représentent une capacité totale de production estimée à plusieurs centaines de mégawatts, selon les chiffres communiqués lors de l’annonce. Pourtant, leur impact sur l’emploi local et le développement industriel reste incertain. « Les contrats signés prévoient-ils des clauses de formation des travailleurs tunisiens ou de transfert de compétences ? Rien n’est moins sûr », s’interroge Saber Ammar.

Pour les autorités tunisiennes, ces projets s’inscrivent dans une stratégie nationale visant à diversifier le mix énergétique et à réduire la dépendance aux énergies fossiles. « La Tunisie mise sur le solaire pour atteindre ses objectifs climatiques, mais elle doit veiller à ce que ces investissements profitent aussi à son économie », commente un analyste du secteur énergétique.

Et maintenant ?

Les prochaines étapes dépendront des modalités d’exécution des projets. Une première échéance pourrait survenir d’ici la fin de l’année 2026, avec le début des travaux sur certains sites. Les observateurs attendent notamment des précisions sur les engagements des entreprises lauréates en matière de partenariats locaux et de partage des bénéfices. Reste à voir si la Tunisie parviendra à concilier transition énergétique et souveraineté économique.

Cette affaire illustre plus largement les défis auxquels sont confrontés les pays du Sud dans leur quête d’autonomie énergétique. À l’heure où l’urgence climatique impose des transitions rapides, la question de la justice économique et sociale reste entière. Pour Saber Ammar, « la transition verte ne doit pas devenir un nouveau prétexte pour perpétuer les déséquilibres Nord-Sud ».